Yattering - Murder's concept - 2000 (Pologne)

Tracklisting:
1. The Art Of 20th Century
2. The Murderer
3. The Species
4. Life For Life
5. Exterminate
6. An Inanimate
7. Pleasure
8. Anal Narcotic
9. Damaged
10. Rescue

16/20

Bien que le combo polonais semble avoir aujourd’hui disparu de la circulation, il n’est pas trop tard pour (re)découvrir l’album qui leur avait permis de se faire un nom dans le microcosme du death européen au début de cette décennie. Un succès d’estime qui fit bien malheureusement figure de feu de paille tant le groupe a joué de malchance, entre ses galères de label et l’arnaque de leur manager. On peut aussi dire que leur attitude authentique leur a valu pas mal d’emmerdes avec la scène tant locale qu’internationale. Dans un milieu metal extrême de plus en plus pourri par le copinage, pour pas dire la corruption, inutile de faire un dessin : les Yattering étaient vite devenus une bande de lépreux, seuls contre tous, qui parvenaient à tourner avec des bouts de ficelle et l’aide de quelques purs fans passionnés mais dans des conditions carrément misérables, quand les Behemoth et autres Vader occupaient le haut de l’affiche et les couvertures des mags torche cul bien connus et déjà dénoncés dans nos pages (un peu d’autosatisfaction ne fait jamais de mal).

Un destin déjà bien injuste au regard de l’attitude garantie 0% compromis de Yattering et encore plus à la réécoute de ce Murder’s Concept en tous points remarquable, quoi qu’on pense de la réputation sulfureuse du groupe. Car derrière l’imagerie dans la tradition death metal, on peut sentir sans effort l’énorme rage qui les habite, la faim en filigrane de cette production certes un peu bordélique mais tellement plus brute et sincère que toutes les sous merdes pasteurisées UHT qu’on a pu entendre depuis. Et malgré le timbre sur-épais des vocaux, il n’y a aucun gras superflu ici. Les grattes ne sont pas trop downtunées et avec un peu d’habitude on comprend tout ce qui se passe sans problème. Si certains riffs et gimmicks rappellent de loin Cannibal Corpse, tout le matériel proposé ici peut être qualifié de vraiment original tout en restant 100% death metal. Et non pas technico-jazz-avantgarde-mékouilles comme on a pu lire dans la presse de l’époque. Ces microcéphales ont la tête enfoncée tellement profond dans leurs colostomies que dès qu’ils entendent un groupe qui sort un peu des sentiers battus de leurs daubes labellisées Nuclear Flasque ou Century Merdia, ça rate pas, faut le qualifier d’avant gardiste ! Un peu comme tous ces gros cons de métalleux qui entendent un truc qu’ils comprennent pas, 'woah t’as vu c’est du jazz’ !! Bon je m’égare, mais ça me fout vraiment les boules, je ne peux m’empêcher à la réécoute de cet album de repenser à la façon dont tout est parti en sucette à cause des GROS BEAUFS du genre décrit ci-dessus. Au fait pas la peine de continuer à lire si vous vous êtes reconnus dedans !

Rarement un album de death était allé aussi loin dans l’intensité sans jamais perdre une once de sa musicalité. Chaque morceau a sa dynamique propre, agrémenté ça et là de petits gimmicks qui relèvent la sauce sans jamais prendre le dessus sur l’essentiel, la structure du morceau. Il est d’ailleurs difficile de relever un titre parmi d’autres tant l’album est homogène, tant au niveau du contenu que de la qualité, et tout ça sans jamais lasser ou ennuyer. Tout est à la fois frais et d’une redoutable efficacité. Je donnerais cher pour réentendre du death metal comme ça de nos jours... Le tempo est (évidemment) élevé mais ça n’a rien d’un impératif. Comme le reste il est entièrement au service du feeling, de préférence psychotique, mais sans le côté branlette pseudo-progressive dans lequel se sont vautrés des groupes comme Cryptopsy. Yattering ne se contente pas de pousser plus loin le concept du space-cake death metal, mais y va aussi d’ambitions « orchestrales » comme le témoigne l’outro du skeud, qui est un passage de musique de film (Alien II) réarrangé pour guitares, basse et batterie metal. En plus d’être bons dans ce qu’ils font, les Yattering ne sont pas un groupe unidimensionnel, mais des purs passionnés de musique. De passion, il n’est d’ailleurs question que de ça sur ce skeud, au cas je ne l’aurais pas déjà dit.