Witchrist - The Grand Tormentor - 2012 (Osmose)

Track listing :
9 titres qui font froid dans le dos et plein de references à des mythes hindous

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Auteur de quelques démos forts convaincantes, réunies sur le cd curse of annihilation, Witchrist avait a mon sens marqué le pas assez rapidement par la suite. Un premier album reprenant les démos plus un ou 2 titres, le tout équipé d’un son caverneux ôtant de la puissance à la chose. Ce son evidement voulu pour souligner la noirceur primitive du style de Witchrist allait de pair avec un superbe artwork, lui aussi déliberement dur à distinguer.

Avait suivi un split avec les chicanos de Morbosidad...et là...mouais...disons que Witchrist ne semblait pas s’être foulé en pondant vite fait 2 titres hautains et rituels façon uberkult. Les quelques déclarations menaçantes concernant la brutalité et la lourdeur du prochain release, déclarations quoique classiques et rarement suivies d’effet, m’avaient pourtant alléchées. Il faut dire qu’une partie de ce petit monde officie chez Diocletian (et Heresiarch) rendant du coup ce type de propos tout de suite plus crédibles (je rappelle que je voue secrètement un culte à Diocletian).

Avant d’attaquer l’engin, on remarquera déjà l’artwork sublime de A.Brown qui apporte clairement une aura bien spéciale. Je m'arrête rarement sur les artwork mais avec Ketola, le sieur Brown est un maitre. Une fois le bouton play poussé, on se dit qu’effectivement, dés les premiers accords Witchrist tape très très fort. Le son massif sert des riffs monolithiques plaqués sur des grattes très grassement downtunées. Voici donc mis en application les dites menaces: un style ultra lourd, disons death primitif/doom, un tempo souvent lent, du gras du gras du gras. Les accélérations, du fait du gros downtuning ne dépareille pas coté rouleau compresseur. Visant clairement à plonger l’auditeur dans une ambiance monumentale, Witchrist ne s’embarrasse pas avec l’originalité. N’hésitant pas à égrener les mêmes riffs telluriques de nombreuses fois, Witchrist se pique de 2 titres dépassant les 9 minutes (et plutôt réussis). Les amateurs de doom seront servis, et je dois avouer que ces touches parfois finlandaise ou doom à l’ancienne ne sont pas pour me déplaire («funeral lotus» jubilatoire).

Witchrist donc, si il reste barbare, prend une nouvelle tournure, heavy, ici bas. Après, la nouveauté n’est que relative à Witchrist: l’originalité est totalement absente et l’on rétorquera que ce n’est pas le propos, qu’un rituel est un rituel: un chalice, une dague et basta...Mais pour être honnête on est parfois sur des riffs plus que rebattus (voir 2 pris de chez Diocletian et bien d’autres ailleurs). Certains argueront donc que tout ceci ne doit être vu que sous la forme d’un rituel à quelques dieux de la destructions (c’est d’ailleurs le concept/raison d’être de cet album). Il n'empêche que devant certains poncifs, on ne peut s'empêcher de penser que Witchrist se planque derrière un mur de son, des deltoïdes bandés fièrement et un regard hautain émergent de derrière leurs capuches. Pas étranger à ce sentiment est là voix. Que dire ? Un growl monotone, monocorde, du tréfonds du bas ventre qui, heureusement mixé en arrière, fini par me gonfler si je bloque dessus. La voix illustre bien la difficulté de ces choix ultimes à double tranchant. Les prestations plus bestiales à la façon de celles de «curse of annihilation» auraient été plus flatteuses selon moi.

J’illustrerais mon propos en reprenant les derniers mots des paroles du titre «grand tormentor»: «arrogance and total domination». Ces lignes illustrent bien cet album qui se partage entre broyage dantesque et arrogance, parfois bien placée mais aussi malheureusement ennuyante et creuse. Bref cette attitude peut être salvatrice (‘tandava’ par exemple) pour apprécier sans arrière pensée une musique n’apportant rien de neuf mais bigrement bien délivrée, puissante, habitée d’un esprit morbide et guerrier. Mais elle peut aussi donner envie de bailler («wasteland of thataka» ne semblant être là que pour coller un titre blitz rapide, «Exile», «The Tomb»)...ou de filer des claques..enfin...pas en vrai parce que bon..ils ont de gros deltoides chez Witchrist...

Il manque de morceaux de la trempe d’un «Deathbitch» ou d’un «judgment and torment» et la référence reste pour moi la compil demo «curse of annihilation». Witchrist s’offre par contre un album plus clair, véritablement hyper lourd, plus intéressant que prévu et se démarquant de beaucoup de ses camarades de la «scene» bestal/war/e ne sais quoi, de par par une réelle puissance. Mais bon, on coupait de moitié et on collait ça sur un split avec je ne sais pas moi..Grave Upheaval par exemple...et on avait un truc culte...là ça reste longuet et la réelle brutalité obscène déployée ici bas perd de son coté jubilatoire pour s’étioler. N’en reste pas moins un album que je conseille car il y a à boire et à manger. Disons juste que Witchrist est en deçà des prétentions qu’ils ont...et aussi, c’est ce qui m'embête, des moyens qu’ils ont.