VEHEMENCE - God Was Created - 2002 ( Metal Blade )

Tracklisting :

1.Made For Her Jesus
2. She Never Noticed Me
3. Fantasy From Pain
4. Christ I Fucking Hate You
5. Lusting For Affection
6.The Last Fantasy Of Christ
7.I Didn't Kill Her
8. God Was Created
9. I Must Not Live
10.The Lords Work

6/20

Fort d’un intérieur payant un tribu à la tradition dessin gore à 2 balles, on est surpris lorsque résonnent les 1eres notes doucereuses de guitare sèche de cette galette des Suédois…oups Américains pardon. La voix, légèrement gargouillante, reste à peu près dans la lignée de la pochette intérieure. On sent pourtant le groupe loin d’un death gore mais plus proche d’un death « viril » et symphonique.

On sent toute la rage de l’adolescence bourgeoise gothifiée quand éclatent des powers chords « rehaussé » de chorus, qui illustreraient bien les moments les plus déchirant de sitcoms à la « Buffy et les tueurs de vampires », « accompagnée » de cris de rage du chanteur crachant sa haine de Dieu et ses préoccupations à propos de la gente féminine. Il est vrai que l’adolescence est un cap parfois difficile et la communication peut être assez dur avec le beau sexe mais de là à « inspirer » une « œuvre » de « death metal », j’en reste coi !

On sent aussi la « résignation majestueuse » lorsque résonne des arpèges, qui ne dépareilleraient pas en séance drague guitare sur la plage de Palavas Les Flots, le tout « agrémenté » de quelques notes de Bontempi illustrant la maîtrise du solfège, niveau maternelle première année, et le goût pour les sons en plastique de, nommons le, Jason Keesecker. L’utilisation du piano est parfaitement en ligne avec les compositions laborieuses et stérile du groupe.

Parlons des paroles, oui, expression d’un refoulement quasi freudien, ah, c’est beau un homme quand ça ouvre son cœur, c’est viril et touchant à la fois. Par exemple, sur le titre « She never noticed me », qu’on pourrait traduire par « elle ne m’a jamais remarqué », parle de ce qui est arrivé à nombre d’entre nous quand nous avions 12 ans : le chanteur est croque d’une nana qui est dans sa classe, et qui est accessoirement première de la classe, mais elle ne le regarde pas. C’est avec ce genre de détail que le chanteur se distingue de ses confrères boutonneux ne pensant qu’aux bonnasses ; non lui en plus il flashe sur une meuf intelligente (puisqu’elle est première de la classe forcément). C’est un romantique et c’est sûrement pour ça qu’il a monté ce groupe, car il a une vraie source d’inspiration, c’est un artiste, un poète, un amoureux esseulé, à la voix de stentor sur les passages en voix claires. Mais revenons à notre histoire car ce n’est pas tout, il lui en arrive des choses : La nana, elle est tellement belle qu’il est sur, avec le manque caractéristique de confiance de la puberté, qu’elle ne l’aimera jamais. En plus elle parle à personne, la petite mystérieuse, personne ne la remarque d’ailleurs, elle est vraiment la créature du chanteur, son obsession, mais le truc c’est que elle porte une croix et qu’elle est croyante. Mais lui comme il hait Dieu, y a même un titre qui s’appelle « Christ I Fucking Hate You », il ne pourra jamais l’aimer, son cœur est déchiré et il la regarde prier à la fin du titre de 7 minutes….dans une débauche de chorus tellement « majestueux de tristesse ».

Bref tourmenté le gars, inspiré quoi…il est habité par la douleur nécessaire à la création d’un disque de death tendance mélodique/symphonique. Et je copie colle les paroles histoire qu’on voit bien que je ne suis pas de mauvaise foi :

"Sitting alone, staring blankly at the floor, my thoughts turn to her...."

What to say? (she is so beautiful, she'd never want me)
Who is she? (she says nothing to no one perpetually)

-Back of the room, her face in a book, her skirt riding high on her thigh
Number one student, top of the class, she exists to no one but me....

What to say? (she is so beautiful, she'd never want me)
Who is she? (she says nothing to no one perpetually)
What to say? (she is so beautiful, she'd never want me)
Who is she? (she says nothing to no one perpetually)

I sometimes notice the bruise on her face, or the swollen lip
And most often I gaze at the cross which hangs between her breasts....

'So soft and gentle...so beautiful..."

I dream of her....Playing out scenes in my mind...
I dream of her....Kissing me gently, caressing...
I must kill her....She doesn't want me, she'll die...
I must kill her....She can have no one but me! (Here I come!!)

Venturing into the street....
I know where she lives....
I know where her bedroom is....
I know everything about her...

She'll see- I'll show her
She'll see- I'll show her

-Her light is off, but her bedroom door is open, I can see her...
Legs spread, I can hear her moans through the window....

"But there's something wrong," ....she gazes at a picture of Jesus....
Watching her in that room, I am in love with her....

Après pas la peine de tenter de me casser en me reprochant d’attendre quelques chose de evil ou de gore, non messieurs, je suis sensible au beau textes, j’adore Jacques Brel par exemple…mais là ce coté sitcom tourmenté me fout sur le cul…après c’est sur comparé à des lyrics stupidement gore…

Musicalement, attention les mecs ne sont pas manchots, c’est assez pro et en plus y a un gros son, avec une double caisse en carton comme il se doit. On se fend à droite à gauche de petits chorus et de soli bien mielleux, de jeu entre les deux guitares, de breaks acoustiques, bref ils savent mettre l’ambiance de manière pro nos collégiens tourmentés. Je dirais même qu’ils pondent de petits titres épiques reflétant bien les différents sentiments profonds exprimés dans les textes. Je pense même qu’on a là un quasi concept album d’amoureux transi séparé de son aimé par la foi et avec une fin tragique et tout ! En effet, dans le 1er titre il parle d’une fille qui aime le Christ, c’est sûrement la même que dans le titre sur lequel je m’étends longuement à l’instar du groupe. Et c’est sûrement la même fille dont il tue le père, dans le 3eme titre, car celui-ci la bat ! Bref un véritable metal opera tendance death…se terminant en suicide, malheureusement pour nous uniquement dans les textes, du chanteur dans sa salle de bain après avoir eu la révélation que Dieu est en nous ! Nous sommes notre propre Dieu…putain c’est fort ça…merde !

Attention il faut aussi être à la hauteur la cover interieure et les photos avec bonnets et t-shirt Suffocation & Drawn And Quartered en se fendant très ponctuellement de passages plus brutaux ainsi que d’échanges plus véloces payant avec ces derniers un tribu au heavy metal mélodique à rallonge Iron Maidenesque/Göteborgien. Le tout pour illustrer les paroles les plus « rageuses », voir violentes…par exemple quand le mec tue le père de la meuf car il la violait, ça bastonne dur…et bah la musique aussi ! Et quand il a la révélation que nous sommes notre propre Dieu je vous dit pas comment ça fuse !

Bref « sentiment majestueux » du « déchirement intérieure », plages « majestueuses » de synthé ou de guitares sèches, cris « rageurs » à la face de Dieu, soli « mélodieux », « violence colérique », le tout agencé avec « personnalité et originalité », bref que du « tout bon ». Ca a beau être du death, c’est tellement « profond et tourmenté » que j’ai eu plus d’une fois envie de sortir mon briquet, de l’allumer et d’ondoyer en mesure avec le groupe, la larme à l’œil…rraaahhh la la la…qu’il est dur d’être adolescent…toutes ces frustrations…un album à la hauteur de ces dites préoccupations couchées dans de magnifiques textes sonnant si juste.

La larme à l’œil vous l’aurez sans aucun doute…en vous demandant si il faut rire ou pleurer d’un album pareil ! Une puberté difficile est prescrite pour apprécier cette demi chiure de mouche. C’est con, les mecs sont pas manchots, bosseurs, voir pro et se sont fait chié à pondre des compos fleuves et variés et y a quand même du bon riff bien senti dans le trip « déchirant » : la 1ere minute de l’album est pas mal par exemple (!). Mais c’est mou, standardisé (meloSuédifiant), en carton, sirupeux, mielleux, pleurnichard, ridicule…bref un naufrage pour moi…les morceaux sont des agglomérations de lieux communs…Par contre force est d’avouer que si vous aimez ce que la Suéde nous sort récemment, que vous appréciez les morceaux fleuves progressifs, mélodiques et surtout le metal dans ce qu’il a de plus « opérette » ce disque vaut son pesant de caouétes car c’est complet et maîtrisé.