TYPE O NEGATIVE - Slow, Deep and Hard - 1991 ( Roadrunner )

Tracklisting:

1 Unsuccesfully coping with the natural beauty of infidelity
2 Der untermensch
3 Xero tolerance
4 Prelude to agony
5 Glass walls of limbo (dance mix)
6 The mistinterpretation of silence and its disastrous consequences
7 Gravitational constant: G = 6.67 x 10^(-8) cm^(-3) gm^(-1) sec^(-2)

14/20

Bon je fais mon coming-out. Oui j'ai découvert Type O avec "Love you to death" et l'album October rust, le disque de "metal" préféré de ma mère. Oui j'aime October rust. Non je ne connais même pas le fameux Bloody kisses qui l'a précédé et dont il ne serait qu'une copie, présenté par beaucoup comme le chef d'oeuvre du groupe. En revanche j'ai redécouvert l'album Slow, deep and hard, après avoir fouillé dans un tiroir pour retrouver un autre CD (je sens que ma vie vous intéresse), et j'ai pris mon pied tellement ce disque fait preuve d'inventivité barrée, d'un goût pour les climats flippants et incompréhensibles, et même, metal lourdingue n'oblige pas, d'un humour décapant. J'ai explosé de rire quand j'ai entendu pour la première fois le refrain du premier titre -- ceux qui connaissent savent pourquoi et les autres auront la surprise. Il faut par ailleurs préciser qu'en terme de style, l'album a quand même nettement plus sa place sur le webzine que vous êtes en train de lire que les références musicales de ma mère.

Bien que Slow, deep and hard n'est pas un album live, on visualise facilement le groupe en train de jouer tout le long de l'écoute. Mais difficile de croire qu'il joue sur une scène devant un public habituel. Il jouerait plutôt dans un ex-chateau aux murs vert fluo au milieu duquel trône une énigmatique flaque d'eau violette, reconverti plus tard en usine maintenant désaffectée et à moitié en ruine. Et dans ce chât... dans ce lieu, il y a plein de fantômes qui tapent du pied ou headbanguent et un vilain sorcier hirsute, très méchant et lançant des éclairs avec ses doigts, qui veut la peau des musiciens. L'auteur de cette chronique lève la main droite et jure qu'il était parfaitement sobre à chaque fois qu'il a écouté ce disque et pendant la rédaction de ce paragraphe, et, pour vous en convaincre, il enchaîne sur des considérations plus terre-à-terre.

Slow, deep and hard est un mélange improbable qu'on pourrait résumer par "metal lourdingue": du doom monolithique tantôt lumineux (enfin je me comprends) tantôt chiant comme il se doit, des riffs quasi atmosphériques doux comme du verre pilé, des bidouillages sonores et des arrière-fonds semblant nés d'une pathologie mentale, et, bien loin du très féminin October rust, des passages énervés influencés thrash ou hardcore selon le type d'étiquette que vous préférez. Type O montre alors une facette de sa personnalité qu'on a un peu oubliée: les riffs, la batterie et le chant s'unissent comme une seule voix pour cracher, avec une conviction toute punk, des paroles vindicatives et/ou délirantes, des refrains pour supporters de foot imbibés, et même des parodies de chants religieux sur certains ralentissements. C'est vraiment un album dont chacun reconnaîtra la forte personnalité, qu'on y adhère ou pas. Ceux qui y adhèrent apprécient son côté défouloir et son atmosphère dérangeante, plus sombre dans le coin "Prelude to agony"/ "Glass walls of limbo", plus électrique ailleurs. Personnellement j'ai été conquis par la folie de Slow, deep and hard, à voir comme une salutaire bouffée d'air frais dans la mare du metal sérieux, tant les hurlements de certains canards nombrilistes demeurent pénibles à écouter. C'est quand même dommage que ce disque sonne un peu foutoir, un peu assemblage de gros bouts de machins et de trucs. Par exemple tout le monde ne trouvera pas forcément que "Glass walls of limbo" est un titre génial: des chants religieux cette fois assez réalistes pour agresser l'athée que je suis y baignent dans une atmosphère de mine de charbon (non je n'ai pas bu) pendant sept minutes sans variation.