THERGOTHON - Streams from the Heavens - 1993 ( AvantGarde records )

1. Everlasting
2. Let the Watchers Guard
3. The Unknown Kadath in the Cold Waste
4. Elemental
5. Who Rides the Astral Wings
6. Crying Blood + Crimson Snow

16/20

Nous avons à faire ici à un groupe culte par excellence, formé en 89 : pratique d'une musique personnelle et plutôt unique et sans concessions, loué par de nombreuses personnes mais effectivement connu par peu, cité comme influence par moults groupes depuis, reconnu après leur séparation (93), auteur d'un seul et unique album (93) et ce après une seule démo (91). Bon ce qui est clair c'est qu'étant donné leur style et leur production peu avantageuse ils n'étaient pas voués au succès commercial. Des riffs ultra lourds, lents (uuuuultra lent) et dépouillés sur des grattes accordées ultra bas avec un growl du tréfonds de la terre. Cette musique n'est pas du tout entraînante ou facile d'accès : des paysages sonores pesants et mornes, une ambiance de désolation accentuée parfois par un clavier très sobre produisant de petites "mélodies" éthérées. Ailleurs, c'est une voix claire, ou un choeur de voix claires qui viennent enrichir les morceaux. Bref, THERGOTHON a su inclure quelques éléments en plus qui s'accordent très bien avec l'approche ultra doom et permettent de capter l'attention (hum, pas trop non plus). Ultra Doom, funeral on dirait aujourd’hui: plusieurs fois, vous vous demanderez quand viendra le prochain accord…perdu ds les résonnances profondes et chargées de basses

Ce disque est le point de départ de toute la scène funeral doom en général. Ils n’ont pas uniquement posé un standard de vitesse réduite mais aussi ce dépouillement tant musical que visuel, de passage éthéré avec clavier léger qui densifie le son. C’est une pierre fondatrice incontournable du doom avec Disembowlment. A mon sens, on a pas ici un groupe jouet ou gadget en quête d’un truc pour se faire remarquer et qui aurait choisi l’extrême lenteur. Monotonie, lenteur, feeling désabusé…à l’image de ses musiciens (« la scène finlandaise c’est de la merde », « Cathedral c’est pathétique, MDB & Winter sont mauvais »).

Bon, vous l’aurez compris, ce n'est pas de l'entertainment, vous n'écouterez pas un morceau comme ça, en speed, en sortant de la douche...c'est un état d'esprit, un moment à saisir. Moi le doom c'est facile, c'est en automne ou en hiver, le dimanche après-midi alors que votre cerveau est dans le coton, le tout avec un bon bouquin. Vous n'écouterez pas non plus ce disque beaucoup de fois dans votre vie mais à mes yeux il vaut la peine de faire l'effort. Je le répète : ce n'est pas accrocheur du tout, il faudra faire un effort. De plus la prod n'est pas excellente (hum), voir maladive, et le downtuning extrême demande un jeu propre car un accord plaqué avec trop de vigueur peut "bendé" légèrement. Dommage aussi qu’il n’y ait pas de basse sur l’album, c’eut apporté un extra d’épaisseur un peu manquant. Enfin le growl extrême sonne parfois un peu mal. Mais globalement il se dégage quelque chose d'unique de ce disque et de cette approche radicale, monolithique, monotone, quasi jamais vue (n’oublions pas les passages doom de Disembowelment non plus) et donc culte.

Notez que la démo ('Fhtagn nagh Yog-Sothoth') et l'album sont réédités sur Eibon. Enfin, c'est un advance que je chronique (ha mes fameux sac poubelles remplis de vieilles cassettes !), dans mon souvenir le mix du final et à peu prés le même si ce n'est que le growl est plus en avant.

Que les fans de brutal, de complexité et de speed passent leur chemin : ils n'iront pas plus loin que le premier morceau et encore. Quoique, la monotonie étant le fort du brutal death, pourquoi ne pas essayer Thergothon messieurs ? Là au moins, la monotonie est alliée au feeling ! Quant à la note disons que c’est le genre d’album qui vaut 0 ou 20 selon l’auditeur…j’ai essayé d’avoir du recul mais pas la peine de cogiter 10 ans dessus.