STRAPPING YOUNG LAD - City - 1997 ( Century Media )

1. Velvet Kevorkian
2. All Hail The New Flesh
3. Oh My Fucking God
4. Detox
5. Home Nucleonics
6. Aaa
7. Underneath The Waves
8. Room 429
9. Spirituality

16/20

Devin Townsend est probablement l’un des seuls musiciens appartenant à cette catégorie de metal qu’on peut appeler mainstream, à avoir apporté un peu de dignité à sa scène depuis le milieu des années 90. On peut même avancer, sans trop de risque de se tromper, que Strapping Young Lad a peut être préfiguré la scène new-school du thrash qui a pris son essor en Suède avec des groupes comme Soilwork, apparus à la fin des nineties. Il faut rappeler qu’en 97, le metal «overground » n’offrait plus que peu de place à toute alternative entre le traumatisme de l’aliénation neo-metal et la déliquescence mercantile non moins aliénante du quatuor Sepultura/Machine Head/Pantera/Slayer, juste avant les raz de marée successifs ‘true metal’, ‘scandinave’, ‘progressif’ et autres ‘extrême’ new-school et édulcoré pour métalleux hypersensibles qui ont cru pouvoir résoudre leurs problèmes d’identité par la réhabilitation des spandex moule-burne, des histoires de Might&Magic et des beaux cheveux longs bien lisses (sans dreadlocks quoi).

En parlant de sensiblerie, Devin Townsend fut également l’un des premiers dans le metal à se déclarer « mis à nu » dans ses lyrics, par contraste avec l’attitude ‘tuffguy’ il est vrai extrêmement puérile et agaçante des ténors du thrash de l’époque. En termes de lyrics seulement alors, parce qu’au niveau de la musique ce 2ème album de SYL n’est pas si révolutionnaire qu’on a bien voulu nous le faire croire avec des riffs assez traçabiles (j’aime bien appliquer ce terme logistique à la musique), dont on retrouve facilement la source du côté des thrashers cités plus haut. Allez, il y a bien quelques samples pour faire cyber/indus/mékouilles enfin moderne quoi, et quelques blast-beats courtesy of Mr Gene Hoglan (ex-qui vous savez) agrémentés de riffs se faisant rapides (quelques riffs en trémolo sur la partie chaotique de ‘Oh My Fucking God’) et de quelques cris sur-aigus.
Mais en aucun cas, cet album ne représente une quelconque synthèse de toutes les tendances extrêmes du metal telles que le death, le black ou le grind comme l’ont mentionné certains journaleux bien connus de l’époque, vous savez ces vieux de la vieille dont la culture metal s’est résumée pendant des années à AC/DC et Motley Crue ou à la rigueur, Metallica, et qui d’un seul coup se mettent à utiliser des termes tels que ‘death’ ou ‘black’ avec non moins d’approximations que ‘metal’ en parlant d’un groupe comme Motley Crue. Tout ça pour dire que toute la hype qui entourait, et qui entoure encore Devin Townsend n’a finalement rien fait d’autre que me décourager de m’intéresser à son travail. Encore plus que la modestie (hypocrite ou naïve ?) du personnage qui feint d’ignorer encore aujourd’hui qu’il a plus de 20 fans dans chaque pays civilisé de la planète.

Pourtant, à prendre cet album pour ce qu’il est, il est loin d’être inintéressant, à défaut d’être le chef d’œuvre annoncé. Le riffing n’est pas vraiment passionnant, et c’est en ce sens qu’en termes strictement métalliques ce n’est pas un grand album. Non, c’est plutôt l’album d’un chanteur fabuleux qui s’entoure de musiciens de metal. Townsend est véritablement ce qu’on peut appeler un vrai chanteur. Son registre vocal est positivement impressionnant, d’une rare polyvalence tout en restant impérial de bout en bout. Ces vocaux, hurlés mais avec des notes, sorte de mélange entre James Hetfield à ses débuts, Phil Anselmo et Rob Halford, ont quelque chose non pas du Tennessee mais de réellement pénétrant et donnent une âme et une consistance inattendue à la musique, toutes les parties instrumentales ne faisant plus office que d’accompagnement. On comprend mieux alors le mode d’emploi de cet album, et d’autant plus le fait que Strapping Young Lad est juste le nom de façade d’un projet bien plus personnel que le groupe qu’il est censé évoquer. Les textes très personnels justement, ne font que confirmer cette tendance, et bien qu’on pourrait très bien en avoir rien à foutre, le côté expressif et communicatif de l’ensemble fait qu’on adhère à cette espèce de culte égocentrique de la personnalité de Devin Townsend, qui tente par ailleurs de nous convaincre qu’il n’est qu’un homme avec ses doutes et non le demi-dieu que la presse spécialisée internationale fait de lui (ben ouais vaut mieux dire que ce mec est un génie et les autres groupes juste bons, plutôt que de dire que SYL est bon alors que les autres sont incroyablement merdiques, ça collerait pas trop avec les autres chroniques suce-boule du magazine !!! sales putes). Il n’empêche que le gars passe allègrement de registres sous-humains à des illuminations quasi christiques, dans une atmosphère urbaine sur-saturée, le tout n’étant pas sans rappeler un autre groupe encore prometteur à l’époque, Fear Factory.

En fin de compte ce City est vraiment un bon album, parfaitement metal dans ses atours mais pas vraiment dans son code génétique. Il est probablement considéré comme un classique par certains, perso je n’irai pas jusque là car je ne peux pas oublier toute la vague de groupes emo-thrash merdiques qu’il a contribué à faire émerger. Mais ce skeud est définitivement intéressant et c’est ce que je préfère en retenir avec le recul.