SWANS - Soundtracks for the Blind - 2001 ( Young God Records/Atavistic ) + long détour par tous leurs disques !

Tracklisting :

Silver disc:
1. Red Velvet Corridor
2. I Was A Prisonner In Your Skull
3.Helpless Child
4. Live Through Me
5.Yum-Yab Killers
6. The Beautiful Days
7. Volcano
8. Mellothumb
9. All Lined Up
10. Surrogate
11. How They Suffer
12. Animus

Copper Disc:
1.Red Velvet Wound
2.The Sound
3. Her Mouth Is Filled With Honey
4. Blood Section
5. Hypogirl
6.Minus Something
7.Empathy
8. I Love You This Much
9. YRP
10.Fan’s Lament
11. Secret Friends
12. The Final Sacrifice
13.YRP 2
14. Surrogate Drone

C’est avec humilité que je m’attaque à cette chronique des Swans, une quasi institution pour ceux qui connaissent, quant à moi je dirais un groupe qui fait un peu plus que de la musique, n’ayant pas non plus envie de rentrer dans un débat dans lequel je n’ai pas ma place vue ma faible culture. En tout cas, sans se tromper, on peut parler de ce groupe comme sous estimé quant on compare son succès, à sa qualité et à la masse de groupes qu’ils ont influencés. Culte donc, mais pas au sens archéologique du terme : leur musique n’est pas datée surtout qu’elle touche parfois l’intemporel. Pour revenir à la notion de succès, la dureté des compositions des Swans et les feelings qu’elles dégagent ne sont de toute façon pas accessibles à la masse, et je dis cela sans élitisme, mais bien parce que leur musique est difficile d’accès et ne constitue en rien de « l’entertainment » cassant donc radicalement, tout comme l’industriel, par rapport à la musique populaire, rock, punk, etc trop souvent devenues de purs produits de consommation dénués de toutes émotions réelles ou capacités à éveiller des idées. Bref les Swans date de l’age d’or où certains avaient décidé d’éclater la musique de manière profonde

Initialement créature de Michael Gira, maintenant derrière le label Young Gods (http://www.younggodrecords.com/), les Swans sont nés en 1981 à New York des suites de ses pérégrinations de jeunesse peu recommandables. Un peu en loose, notre homme a été à l’époque fortement influencé par l’esprit du punk et des pionniers de l’industriel tels que Throbbing Gristle et SPK montrant que la violence n’était pas l’apanage du punk en mettant en musique un peu de situationnisme, de chocs culturels, beaucoup d’ironies, de cynisme et énormément de tabous. M. Gira fut ensuite rejoint par l’inquiétante Jarboe, qui devint par la suite sa compagne et un des moteurs des Swans, qui reste quand même sa créature. Créature constamment habitée par Norman Westberg (jouant aussi pour Fœtus à l’époque) à la basse et à la guitare, et aussi Ted Parsons ou plus tardivement Bill Rieflin.

Les premiers releases des Swans, (principalement « Swans, » « Filth », « Cop » et « Young God »), rentraient dans ce que l’on appelait du noise (on rangeait aussi Sonic Youth dedans, groupe crée à la même époque) sauf que les Swans pratiquait un style ultra lourd, zéro concession, larsen, rythmique mécanique froide aussi fine qu’une enclume et dérangeante, son de basse omniprésent et très métallique, chant bien déjanté, touches de samples et boucles (tout nouveau alors et le tout sur cassette) le tout avec cynisme (l’homme écrasé par le poids de l’argent et autres thèmes joyeux et désabusés argent/pouvoir/sexe/travail puis religion par la suite), n’hésitant pas à flirter avec l’extrême longueur et pratiquant des concerts très physiques qui étaient de grandes messes du chaos professé par un mur de son...Pour être très clair, si on prend par exemple, l’album Cop sorti en 1984, on voit que les Swans sont par exemple les pères de Godflesh. Godflesh n’a absolument rien inventé, à la limite on peut se demander si les morceaux « Half Life » et « Your Property » n’ont pas été directement repompés par Godflesh. Bref Godflesh a resservi le style quant les esprits étaient plus prêts (et encore). Cela donne une idée du style novateur et nihiliste pratiqué au début des années 80 par le groupe. Bref les avec les Swans exit le punk style surfait, mou, devenu mainstream et conventionnel 3 ans après son apparition…avec les Swans on touche au crade au pas beau…aux concerts qui vous marquaient les oreilles au fer rouge, au zéro concession…Après, la contrepartie prévisible d’une telle approche est un coté monolithique/monotone rendant le tout difficile à ingérer. Mais je me remets des titres dans les esgourdes de temps en temps avec plaisir et passant outre le son, bon mais surpassé pour un style lourdingue comme ça, restent des compositions de qualité. Et plus j’y pense en fait, plus le son « vintage » contribue au feeling cradingue du groupe.

Bref avec « Greed » et « Holy Money » en 1986, si on reste toujours dans le douloureux, la musique prend un tour un peu différent avec plus de boucles, samples et une autre façon d’être négatif et effrayant comme sur « Fool »…plus un coté morose et déclamatoire, Gira arrêtant un peu de hurler nous permettant de découvrir sa voix profonde, élément phare du groupe, le tout plus posé. Cette étape, nécessaire, sonne malheureusement datée; on sent un gros coté 80’s parfois un peu comme Alien Sex Fiend (j’aime bien Acid Bath mais bon c’est quand même gavant comme groupe) sur certains titres (A Screw) de « Holy Money » pour le coté primitif des boites à rythmes et des samples….pour tout dire « Holy Money » est un peu soporifique et moins bon que « Greed ». Bref, étape nécessaire argueront les puristes, certes répondrais-je, mais bon la musique ç’est fait pour s’écouter et là pour ne pas faire dans la dentelle c’est chiant. En tout cas, vous vous en doutez vu la petite place qu’occupent les premiers releases du groupe, quelles que soient leurs qualités, ce n’est pas sur cette époque que j’accroche le plus…mais je me répète, il y a vraiment de bons trucs dans cette période du groupe mais la sélectivité vous sauvera de ce qui a mal vieilli.

Une caractéristique des Swans est de ne pas stagner trop longtemps dans les mêmes eaux, contrairement à beaucoup. Ecoutez donc par exemple le live « Swans Are Dead » et comparez les interprétations aux originaux (« I Crawled » est pour moi encore plus terrassant) prouvant la volonté de ne pas se redire. Même les rééditions des premiers releases différent légèrement des originaux. Bref, alors que le style froid et mécanique pouvait mieux passer une fois les années 80 plus avancé, le groupe a un peu pris tout le monde à contre-pied, avec l’album « Children Of God », malgré déjà quelques incursions sur l’album « Greed/Holy Money » (je pense au titre « Fool » et à d’autres apparitions du piano), montrant qu’ils étaient capables de composer des titres avec des mélodies et sans instruments électriques le tout d’une façon très personnelle. Les Swans évolue vers une sorte de folk noir ou le chaos des débuts du groupe se transforme en quelques chose de plus feutré mais toujours aussi noir, effrayant mais entêtant (vraiment…si si). L’autre spécialité des Swans c’est la lente et lancinante montée en puissance, les passages très calmes, prémonitoires d’explosions parfois grandioses…en ce sens les Swans sont les pères de Neurosis, eux même le disent, et affiliés. Ne connaissant pas beaucoup la scène dark folk/cold wave etc je n’extrapolerai pas trop mais l’influence des Swans ne se limite pas qu’à des groupes metal/punk loin, très loin de là. La force de Swans est vraiment l’occupation de l’espace, pas tant pas des compositions riches en éléments ou en explosions sonores mais plutôt en composant des titres simples dégageant une aura et en posant des voix, surtout celle de Gira, commandant l’attention.

Le groupe a donc à partir de « Children Of God », en 1987, à peine un an après « Holy Money », commencé à développer un style, impossible à définir vraiment, mais s’approchant d’un folk expérimental très sombre, parfois enlevé, parfois heavy…

Donc, avec “Children Of God” les Swans pousse le délire de « Holy Money » vraiment loin, larguant le coté rock industriel aussi léger qu’une enclume et intègrant un coté folk bizarroïde. Le groupe déjante sévèrement sur cet album assez diversifié dirons les fans, fourre tout les autres. Le démarrage avec « New Mind » reste pourtant classique au regard des releases précédents, mais certes en moins heavy. Le choc arrive avec « In My Garden », basé sur un piano dépouillé et une Jarboe assez céleste. Sur « Blood And Honey » elle apporte avec un style narratif un coté inquiétant qui sied très bien aux Swans. Avec cet album, notamment sur « You’re Not Real Girl », apparaît enfin l’aspect folk dépressif et le timbre désabusé de M. Gira, un coté que j’adore chez les Swans. Vous l’aurez compris, « Children Of God » est donc l’album un peu fou de la 2eme naissance des Swans, avec soyons clair tout ce que cela implique de tentatives pas toujours fructueuses mais aussi de véritables moments forts…

Le summun du coté folk est atteint sur « The Burning World », album sorti sur une major (qui a refusé des titres et a eu la main sur la production faite par Bill Laswell qui tiens aussi la basse), que M. Gira, très amer sur cette expérience, défini lui-même comme un pas de trop dans le conventionnel (ils n’y seront pas resté longtemps dans le conventionnel). Ce « Burning World » s’il est réussi d’un point de vue « technique », bonnes compos, bon son, maturité bla bla bla, me laisse de marbre, je le trouve stérile. Peu de moment vraiment sombre…le seul bon point reste les interventions de Jarboe, moins sanguine qu’elle est maintenant. Mais allez savoir, peut être, surtout devant la discographie des Swans, que je n’ai pas laissé assez de chance à cet album. A noter qu’entre cet album et le précédent, M. Gira et Jarboe ont sorti 2 albums sous le nom de Skin beaucoup plus sombres et aventureux que « Burning World ». A savoir « Blood, Women, Roses » et « Shame, Humility, Revenge » plus conceptuels. Deux albums compilés sur le recommandable double cd World Of Skin (réédité avec « Children Of God »). Le premier plus basé sur la voix de Jarboe et le second plus agressif et sombre. Deux albums dans lesquels je n’ai malheureusement encore pu pleinement me plonger par manque de temps et par embarras du choix dans la discographie des Swans et projets annexes (je pense, n’étant pas grand fan de ce que fait Jarboe seul, mais n’ayant jamais vraiment tenté, aux projets Drainland et à Body Lovers, énigmatique collaboration des Swans avec entre autres Bill Rieflin, James Plotkin et Kris Force…).

Donc, c’est après un « Children Of God », tournant la page industriel/rock très dur, porteur de renouveau et un « Burning World », très folk, en demi-teinte, et surtout 2 releases de Skin, que les Swans attaquent ce qui pour beaucoup va être sa période phare avec ces trois albums : « White Light From The Mouth Of Infinity », « Love Of Life » et « The Great Annihilator ».

De retour après le passage major, les Swans servent un disque, plus accessible qu’avant (et surtout mature dans leur nouvel peau selon moi), hors « Burning World » évidemment, avec « White Light From The Mouth Of Infinity » (1991) vraiment basé guitare et enrichi de pas mal d’éléments cassant avec le dépouillement de « Burning World ». L’ingrédient acoustique est définitivement incorporé au style mais moins prédominant, le coté rock/cavalcade étant privilégié dés les explosions sonores parsemant « Better Than You » titre qu’on pourrait qualifier de lumineux. Le timbre profond et morose de Gira posé sur des parties montant vers la lumière (je sais, je suis faible pour les descriptions) est du meilleur effet. Après, l’album reste « accessible » dans ses sons ou structures et, vu froidement, propose surtout des titres folk/rock plus standard. Après on trouve ça efficace et prenant ou pas mais moi la sobriété de « Miracle Of Love », le coté enlevé, surprenant pour le groupe, de « Why Are We Alive » et surtout le blues moderne déprimant de « Failure » j’en redemande…accessible oui, faudrez-vous faire une raison depuis l’époque Cop, mais avec classe et toujours un coté parfois inquiétant, triste et mélancolique. Après, chacun place son curseur ou il le sent, pour moi quasi tout est bon aussi, sauf peut être le trop radio « Love Will Save You » heureusement suivi de l’excellent « Failure », perle de négativité et de simplicité porté par le timbre profond et austère de M. Gira. Enfin, si les Swans sont plutôt partis des tréfonds de la noirceur, et si j’aime surtout leurs cotés sombres, le groupe a su développer de petites bulles de lumières, comme sur « Song For Dead Time », tout simplement belle et apaisante grâce aux mélodies chantées par Jarboe ou alors « Song For The Sun ». Un bon travail de voix en effet, chœurs doublés, parties superposées, bref les parties vocales ne sont pas là que pour déclamer un texte mais pour servir de trame à des titres, comme « When She breathes », apportant l’élément mélodique. Un album réussi, donc, et pas que dans les moments négatifs mais aussi dans les titres plus enlevés et positifs que les Swans ont découvert et ne lâcheront plus.

Un an plus tard, pour « Love Of Life », le lapin ornant la couverture de « White Light… » s’est dédoublé et se fait exploser la tête. Parsemés d’intermèdes, cet album est peut être ce que les Swans ont fait de plus « endiablé » et cela s’entend dès « Love Of Life » sorte de ballade rock. Ils ne démordront pas de cette approche sur quasi tout l’album, le rapprochant à mon sens des débuts ou d’un « Burning World » de par son manque de variété. Je pousserais même le sacrilège, en vous expliquant que pour moi, l’amour de la vie qu’ont trouvé les Swans si on en croit le titre de l’album, les a rendu un peu guimauves sur des titres comme « The Other Side Of The World ». Cet écueil était pourtant brillamment évité sur les releases précédents. Pour le coup, avec « Burning World », cet album est pour moi ce que le groupe a fait de plus accessible, j’ai vraiment du mal à accrocher sur ce release bien « joyeux ».

Suit le « The Great Annihilator » en 1995, album plus direct et rentre dedans renouant avec un peu d’agressivité, et une rythmique presque cold wave/pop (à la sauce Swans). Et pas que sur la rythmique en fait, notamment avec « Celebrity Lifestyle ». On retrouve les cavalcades hypnotiques du groupe en général précédées de moment plus calmes (je pense à « She Lives »). On ajoute une Jarboe, tout en douceur, portant un titre comme le contemplatif « Mother’s Milk » et des chœurs féminins et on arrive à un album décidément rock/folk cold, « péchu » mais toujours entêtant avec quelques retours à la déjante comme sur « Alcohol The Seed ». Le tout, avec, c’est maintenant une habitude, des moments plus lumineux, ici notamment sur « Warm ». Le summun pour moi de cet album est la love song, à l’intro orageuse, à la sauce Swans « Killing For Sympathy », austère sobre, efficace, mélodique et tout en retenue. Ce genre de titre a tout du format grand public mais le feeling Swans ôte toute velléité de succès. Le disque reste parfois quand même assez froid je trouve, et austérité peut rimer avec sécheresse (et ennui pour être franc) sur un titre, un seul ça va, comme «Mind/Body/Light/Sound ». Passé le cap de ce titre on part dans une succession de sans faute, outre les titres cités ci-dessus avec un entêtant (toujours) « Where Does A Body End ? » enfonçant le clou dans un style propre, disons un peu majestueux, à cet album et décliné sur « Telepathy ». L’album s’achève sur un « Out » excellent faisant appelle à la contrebasse donnant un coté feutré à ce titre rehaussé d’une flûte traversière (je crois) discrète et de quelques sons de cloches toile de fonds à des vocalises apaisantes de Jarboe, un titre étonnant pour le groupe, un joli pied de nez !

Les amateurs m’en voudront de ne pas avoir touché mot de Jarboe (et des textes des Swans mea culpa) dont la présence prend, pour moi, tout son sens sur cette seconde période des Swans faisant clairement des vocaux un élément fort et une marque de fabrique Swans. Si elle apporte une touche mélodique sur certains titres elle verse aussi dans les ambiances plus glauques, ou plus le temps passant, et à l’inverse de M. Gira devenant lui très posé, sorte de crooner sombre, dans le coté sanglant (je pense à sa prestation sur « Soundtracks for the blind » sur « Yum Yab Killer » par exemple). Bref Jarboe est une véritable performeuse, insufflant de la conviction et le la vie/mort/âme à ses parties, ayant éclot sur le premier release de Skin.

Les Swans sont un des rares groupes dont je flippe parfois d’écouter certains titres voir album (« Soundtracks… » par exemple); sincèrement ils peuvent vous détruire une bonne humeur ou porter au désespoir un petit passage dépressif (sauf sur « Burning World » et « Love Of Life » je trouve)…l’ultime récompense étant quand vous transcendez tout ça pour vous sentir dans l’état d’esprit qui devait être celui des membres lors de leurs performances, et le mot est choisi…surnageant au-dessus du chaos…l’adjectif effrayant est vraiment adapté, certains titres, plus dans la seconde période du groupe (par exemple « Failure » sur l’album « White Light From The Mouth Of Infinity »), plombant vraiment l’atmosphère. Les Swans c’est un état d’esprit un truc qu’on écoute par période, dans lequel on s’immerge. Même sur leur titre joyeux les Swans ne dispensent en fait qu’une douce amertume ou une ambiance désabusée mais détachée, avec moins de gravité…même leurs chansons d’amour, oui, oui, peuvent vous laisser calmé. Les Swans ont aussi, à mon avis, à travers la phase de dépouillement et en se mettant à composer des titres sans se cacher derrières cris et fracas, à trouver une sincérité simple réelle et salvatrice donnant une vraie substance à leur musique.

Pour finir en apogée M.Gira ayant décidé d’arrêter le groupe après 15 ans, les Swans s’affranchissent de toutes structures classiques de composition avec le double album « Soundtracks For The Blind ». Au lieu de continuer dans la même direction après 3 albums (« White… », « Love of.. ; » et « The Great… »), M. Gira décide de montrer avec force qu’il n’aime pas la redite avec le final des Swans. Quasi seul pour ce disque, il nous propose un voyage ambient titanesque de 2h30 dans les limbes d’un rêve tantôt enveloppé d’une brume « dronesque » poisseuse et épaisse tantôt plus enlevé ou traversé par une longue complainte guitare/vocaux de M. Gira désespérante, ou alors un souvenir emprunt de nostalgie voir l’intrusion d’un titre live. Le groupe retrouve goût à l’expérimentation, M. Gira ayant en effet exhumé de nombreux enregistrements cassette divers servant de toile à ce double album très contemplatif avec un coté collage prononcé. Le groupe se paie même le luxe de remaquiller « Your Property » de l’album « Cop » en le rendant méconnaissable. Cet album, comme pas mal d’autres constitue toujours une sorte de coup d’œil sans fard à la vie mais, là, je trouve que c’est d’une force et d’une tristesse assez impressionnante. C’est typiquement le disque des Swans qui me fait peur à écouter, vraiment !

Le Silver Disc démarre sur un morceau calme, presque mantra-esque enveloppant l’auditeur comme pour le faire entrer doucement dans l’océan de son proposé par les Swans. Le titre suivant, s’il démarre sur le même type de mood, voit l’apparition de drone grinçants, d’une batterie tribale et la première intervention d’un élément important de l’album : un enregistrement de voix, volé ou exhumé par M. Gira. C’est une des caractéristiques vitales de ce disque, l’élément apportant une touche fantomatique à tout l’album. Le père de Jarboe était agent au FBI et M. Gira a mis la main sur des archives de surveillances téléphoniques, et en utilise une sur ce « I Was A Prisonner In Your Skull ». Ils ont aussi des cassettes de Jarboe chantant quand elle était enfant, des interviews enregistrés de M. Gira et son père quand celui ci a été frappé de glaucome devenant aveugle et parlant de son état. Ou alors la mère de Jarboe pendant qu’elle déconnectait à cause de la vieillesse. Tout ces petits morceaux donne un coté humain à la musique mais dans ce qu’il y a de plus triste et dérangeant (mort/maladie).

Le second titre termine sur ce type qui parle avec une nappe en arrière plan et des tintements…ça y est…je suis plongé, bien au fond…l’ambiance est vraiment déprimante, flippante et pourrant attirante. La couleur est annoncée, morne austérité, déprime…Sur « Helpless Child », bien que démarrant par des drones, on retrouve M. Gira et sa guitare au summun du titre profond et dépressif, mais mêlé avec un coté ambient et finissant sur une lente montée en puissance guitare/basse/batterie/clavier, presque salvatrice mais tout aussi mélancolique au final de ces 15 min 47. « Live Through Me », plus enlevé, continue en fait toujours dans cette veine mélancolique…malgré une guitare acoustique assez rythmée…les claviers viennent vraiment plomber l’ambiance…De là « Yum Yab Killer », prise live d’un titre vraiment énergique avec grosse basse et Jarboe se déchirant un peu la gorge vous sauve de la déprime malgré sa violence d’ode au cannibalisme. Mais, comme dans un rêve, on passe ensuite à tout autre chose, on replonge dans les abysses dronesques chargées d’échos avec « The Beautiful Days ». Là encore, je sais que je suis répétitif, mais c’est une réalité de l’album, l’ambiance est tout sauf joyeuse, le drone se « dé densifie » pour petit à petit laisser place à une mélodie fantomatique au clavier accompagnant un de ces enregistrements cassettes: Jarboe chantant une petite comptine quand elle était enfant…et bah ça a beau être une comptine je vous assure que ce morceau je le trouve très très triste, emprunt d’une nostalgie énorme, cette partie me scotche avec un cafard géant à chaque fois…le morceau évolue ensuite avec fluidité, c’est la force de cet album, vers une sorte amas de violons résonnant pour laisser place à un deuxième enregistrement d’un type sonnant très très fatigué et surtout bizarre avec au fond des bidouilles sur des chœurs féminins devenus fantomatique…et là encore bam re effet garantie…prescription de prozac indispensable…La suite est plus dure, « Volcano » est comme un bouton sur la gueule, une sorte de truc technoide/cul cul avec une Jarboe comme je la trouve horripilante, je ne comprends pas ce morceau s’intégrant vraiment mal mais ayant l’avantage de vous faire lâcher la boite de prozac… « Mellothumb » vous reprend ensuite doucement à la gorge, plage ambient basée sur une sorte d’orgue chargé d’écho et d’une guitare sobre et austère, le tout traversé par un drone aspirant tous les sons jusqu’à les reléguer au second rang pendant une lente montée en volume. Ce titre, comme les autres à une grande qualité du son, chaque écoute de cet album révèle quelque chose de différent et les sons en eux même sont assez scotchant. « All Lined Up » est une sorte de mantra ambient, avec la voix de M. Gira sur plusieurs couches et explosant soudainement sur un riff ample et saturé guitare/basse/batterie rehaussé d’un clavier avant de retomber tout aussi soudainement. « Surrogate 2 » fait penser à un son de cythare hindoue ponctué de divers sons lumineux, quelques chose d’apaisant, nécessité avant « How They Suffer ». Démarrant sur un drone angoissant, le titre laisse place à la description du père de M. Gira de la découverte de la maladie oculaire qui allez le rendre aveugle. C’est froid, descriptif mais saisissant, et lorsque juste après le « i am what they call legally blind » prononcé par M. Gira père, résonne un clavier sobre doublé d’une flûte tout en douceur, je suis au bord de craquer, c’est tellement…triste et beau en même temps. Tout le poids du regret mais sans tristesse excessive…il se dégage une sorte de résignation majestueuse. Cet appel à un quelque chose de simple, la maladie, mais si réelle décuple l’émotion du morceau. On coupe ensuite pour entendre la mère de Jarboe expliquer qu’elle perd la perception du temps et la mémoire pour se retrouver en face de la vieillesse et donc la mort. Enfin, «Animus » qui revoit apparaître M. Gira et sa guitare sonne apaisant, tranquille…mais par dévisser sévèrement car découpé en morceau par bidouilles sonores…suivant en cela le texte bien torturé…

Le Copper Disc voit Jarboe réapparaître pour une petite ballade déjantée précédent un titre phare des Swans, « The Sound », épique dans ses 13 min 11. Langueur, longue création d’un climat…quant M. Gira intervient de sa voix profonde, pas de doute, déprime au programme, purgatoire, puis accélération progressive, batterie plus appuyée pour une longue montée haletante et hypnotique, marque de fabrique des Swans, grands maîtres quant il s’agit de poser une ambiance…on tend lentement à l’explosion, on se fait happer par le son, l’intensité petit à petit... et quand vers 7 min 28, bien installé sur les hauts plateaux, on repart encore plus haut c’est la presque rédemption qui s’annonce…mais on retombe brutalement sur le début du titre et M. Gira qui vous ramène au purgatoire et à son enchevêtrement de petites boîtes à musique.
« Her Mouth Is Filled …» et son tintement vous replonge ensuite dans un sentiment d’urgence à l’aide d’un drone crispant et de samples type extrait de radio comme bombardé en aléatoire pour stopper net sur le même son qu ‘au début du titre. « Blood Section » renoue avec la ballade rock endiablée et légère auquel les Swans nous avaient habitués. « Hypogirl » est effrayant mais dans une autre veine, c’est une ballade, oui, oui, mais malsaine et portée par une Jarboe psychotique. Assez ultime. Suit un « Minus Something » qui reprend là où « The Beautiful Days » nous avait laissé sur le Silver Disc avec toujours ce même homme qui parle de sa déchéance. Faisant un parfait prémisse à une de ces ballades dépressives, « Empathy », portée par M. Gira et n’hésitant pas à s’alourdir au milieu et à s’étirer pour finir dans une extrême douceur ; un grand morceau. Toujours dans le délire « I Love You This Much » est un voyage dronesque douloureux aux allures de bad trip sous LSD finissant par vous arracher les oreilles. On touche à la fin avec « YRP » qui est la reprise d’un titre de COP chanté par l’excellente Jarboe et tout aussi malsain mais dans un genre différent, me rappelant le superbe lifting qu’ils ont fait subir en live au titre « I Crawled » sur le double cd live « Swans Are Dead ». Un titre phare pour moi, un truc monstrueux ce « I Crawled ». Mais revenons à l’objet du délit. Suit un titre plus joyeux et un autre, doux et mélancolique, précédant un nouveau marathon, enregistré live, « The Final Sac », dur à ingérer, tant M. Gira semble régler un compte personnel. Enfin, « YRP2 » boucle sur la partie lourde de « YRP » avec une Jarboe hurlant à la mort…là encore c’est dur…et on fini sur un gros drone ressemblant à une cythare s’arrêtant abruptement tout comme ce long et mauvais rêve de 2h30…pas loin d’être un coup de génie mais finissant un peu en queue de poisson sur les 2 avant derniers titres du copper disc et avec un silver disc victime, très légère je vous rassure, de « Volcano ».

Un album aventureux, unique, dérangeant et sincèrement éprouvant, voir bouleversant et dur, faisant clairement regretter la fin des Swans que la carrière solo de Jarboe (j’ai vraiment du mal) et le Angel Of Light dépouillé de M. Gira (ça va mieux) n’ont pu me faire oublier. Ce dernier album est le summun des Swans pour moi. Et après avoir enfin chroniqué l’album que je voulais faire initialement, vous m’excuserez de m’être égarer en chemin, je ne parlerais pas assez du double live « Swans Are Dead » (ni des lives « Omniscience » et « Kill The Child »), pourtant excellent, en espérant réparer cela un jour mais là même si je regrette de ne le faire proprement, je n’ai plus la force…Dommage car en live les Swans se ré approprient les titres loin d’en faire une bête interprétation. En live c’est aussi la qu’on sent la maîtrise des ambiances et des montées en puissances. C’est aussi l’occasion d’entendre un titre de Drainland, 2 de Skin, deux titres de « The Great Annihilator » revisités (dont un tristissime « Blood Promise » de 15 minutes), des titres de « Soundtracks For The Blind » (dont « The Sound »), 2 inédits assez dantesque taillés pour le live etc etc. C’est surtout l’occasion de se mettre face à la violence des Swans, violence réelle même si le groupe n’a plus de guitares saturées. Les Swans ça reste une bonne claque dans la gueule et ça couche pas mal de monde de par son intensité car ne confondant pas le fond et la forme, l’intensité de l’interprétation et le volume, la sincérité et les hurlements, les Swans présentent plus des performances que des concerts…

Après je ne vais pas tomber non plus dans l’adoration bête et méchante. Les Swans, ça reste 15 albums en 15 ans, bref ils ont aussi ce coté qu’ont les groupes industriels, plus basés sur un moment, une situation que des compositions travaillés au millimètre pendant 5 ans, de sortir tout ce qu’ils ont fait…et autant cela touche parfois au génie et souvent au très bon autant cela peut être ennuyant ou vite oublié. C’est moins le cas sur les releases post 1990 quand même. Il faut donc parfois savoir butiner à droite à gauche dans la discographie du groupe et surtout vous donner du temps. Je ne saurais donc que trop vous conseiller de vous immergez dans ce groupe, grâce au rééditions sur le label de Michael Gira (http://www.younggodrecords.com/ & http://www.swans.pair.com/). J’espère avoir, outre le cd chroniqué, avoir brosser un petit tableau des Swans, forcement incomplet, trop rapide vu le nombre de releases et ma faible « maîtrise » de certains d’entre eux (ou projets genre The Body Lovers), mais assez pour que vous vous y plongiez en étant un peu averti le sujet étant…humm...disons...plutôt dense, le style difficile à définir et impossible à capturer d’un album à l’autre. Chaque album nécessite une bonne immersion, ce sont de sacrés blocs à ingérer, l’ennemi des Swans étant une écoute rapide. Je me retrouve par exemple à redécouvrir sous un autre jour avec ces lignes l’excellent « The Great Annihilator » qui m’avait moins marqué à l’époque et sur lequel je me suis longuement arrêté dans ces lignes. Les heures passées à écrire tout ça ont de plus surtout été marquées par « Cop », « Greed », « White light…», « Soundtracks… » évidemment, et du Skin en random. J’essaierai si possible de faire évoluer cette chronique mais ne garanti rien par manque de temps et envie de faire autre chose…alors à vous de vous débrouillez maintenant bande de feignasses…les Swans c’est quelque chose de vraiment personnel, ainsi si vous avez lu ce que je dit de « Soundtracks For The Blind», n’y voyez que ma perception du disque, ne vous attendez à ressentir les mêmes choses vous seriez déçus….présentez-vous vierge devant lui, sans attente, plongez-vous dedans…appropriez le vous !