SUNN O))) - ( Retrospective 1998 - ... )

Sunn O))) (il paraît qu’il faut prononcer Sunn)… Un nom qui revient fréquemment dans les milieux underground. Et qui tend à aller conquérir des sphères plus grand public. La preuve, les Inrock’ en parlent ! Bah on va en parler aussi à TSOTL.
Il m’a fallu un moment avant de me faire une idée sur ce duo et sa flopée de mercenaires. Est-ce vraiment un groupe sérieux ou est-ce plutôt une énorme blague ? Et si c’était une blague conduite depuis 8 ans de la manière la plus sérieuse du monde ? A force de gamberger, je tends plutôt vers la dernière option. Mais bon… vous vous ferez votre idée à la fin de cette chronique. Chronique qui retrace la carrière de Sunn O))) de leurs débuts en 1998 jusqu’à leur dernier album en date, Black One, sorti en 2005 chez Southern Lord.
Formé de Greg Anderson et de Stephen O’Malley, le duo à géométrie variable, au CV déjà fortement rempli – Mr Anderson a participé à Goatsnake, Thorr’s Hammer, Engine Kid, Teeth Of Lions Rule The Divine et Mr O’Malley, en plus de ses compétences de graphiste reconnu (entre autre pour Emperor), a officié ou officie toujours dans Thorr’s Hammer, Burning Witch, Teeth Of Lions Rule The Divine, Khanate, Lotus Eaters, Sarin, Ginnungagap – le groupe est un hommage à Earth, combo de Dylan Carlson qui avait sorti un album uniquement constitué de nappes de guitares, et aux amplis Sunn dont ils repompent allègrement le logo.
L’aventure commence en 1998 avec les Grimmrobe demos (clin d’œil aux robes de moines qu’il revêtent sur scène) mais elles ne sortiront qu’en 2000 sur HH Noise, la subdivision noise d’Hydra Head. Pas étonnant de voir le père Turner dans le coin, lui qui collabore en plus avec O’Malley dans Lotus Eaters. Guitares accordées ultra grave, pas de rythmique, morceaux constitués de longues nappes bruitistes et de ronflements d’ampli à la saturation poussée à fond, linéarité quasi absolue, éventuellement quelques autres sons plus synthétiques, mais très discrets. Une ambiance à la fois aquatique et poisseuse se dégage de ce disque, initialement sorti en un quadruple 7’’ si je ne m’abuse (évidemment épuisé à l’heure qu’il est). Ce sont les débuts du groupe, il y aura beaucoup d’évolution dans le futur mais les bases sont là. Les réactions quant à cette musique divergent. Foutage de gueule absolu (faire un disque de près de 70 minutes avec juste des ronflements de guitare) ou émergence d’un nouveau génie de la musique ambiante. Hmmm… difficile à dire. J’accepte de jouer le jeu et me laisse entraîner dans ces nappes à la fois inquiétantes et relaxantes.
Mais un grand problème fait son apparition. Comment appeler cette musique ? Ha, l’enfer du journaliste et du disquaire en mal d’étiquette ! Le mot ‘‘drone’’ ressort. Soufflé par les deux acolytes ? Peut être… En tout cas, ce mot sorti de nul part et oublié depuis des lustres ressort. Et correspond parfaitement au son de Sunn O))). Et ce mot devient tout d’un coup extrêmement à la mode. Le doom drone ou drone doom ou drone metal est né ! Ouais, super ! Sauf que ce mot est utilisé depuis des décennies dans les milieux musicaux autorisés pour désigner ce que Sunn O))) remet au goût du jour, à savoir les grosses nappes bruitistes ou ambiant, répétées et répétées encore et encore. Pour Pixel et son cousin qui croient tout savoir, qu’ils aillent jeter une oreille à Sonic Youth, les Swans, Tony Conrad ou encore quelques orchestres de musique traditionnelle Indienne ou de musique contemporaine et/ou psychédélique occidentale avant de balancer que Sunn O))) a inventé le drone. Fin de la parenthèse.
En 2000 sort 00 Void sur HH Noise. 00 Void est plus plombé, plus sombre. La recette est toujours la même bien que les samples se fassent plus présents (tout en restant relativement discrets). L’ambiance est plus… terrienne, volcanique… bref, beaucoup plus… solide… et certainement moins aquatique. Sunn O))) nous offre au passage une étonnante reprise des Melvins. Bien vu l’hommage aux papes de la musique lourde ! A l’écoute de cet album, pas vraiment de surprises mais plutôt une confirmation du son Sunn O))). Si O’Malley & Anderson ne se renouvellent pas, leur aventure va bientôt tourner en rond. Les mauvaises langues diront que ça fait près de 130 minutes que c’est le cas.
2001, Sunn O))) récidive avec Flight Of The Behemoth, cette fois sur Southern Lord, le label de Greg Anderson. Sauf que quand on regarde les crédits du disque, on s’aperçoit qu’une grande partie a été enregistrée en 1998, tout comme Grimmrobe et 00 Void. L’unité entre les trois disques devient davantage compréhensible. La différence intervient dans le mix, réalisé par Masami Akita aka Merzbow, grand pape de la Harsh Noise. La base guitares vrombissantes est toujours là mais les riffs sont plus distincts (l’un d’eux sera d’ailleurs réutilisé sur l’album de Teeth Of Lions Rule The Divine) et quelques notes de piano désaccordé et autres plages bruitistes dignes du Japonais viennent salir une musique déjà très poisseuse.
Je passerai sur The Libation Of Samhain, live enregistré à Londres en 2003, où les deux barbus sont accompagnés de Rex Ritter, Dawn Smithson et Attila Csihar, et sur les autres maxi et autres raretés pour lesquelles certains seraient prêts à vendre père, mère, enfants, frères, sœurs, poissons rouges et organes vitaux sur e-bay pour les acquérir.
En 2003 sort White 1. Malgré l’ambiance glauquissime qui se dégage de The Flight Of Behemoth, Sunn O))) doit absolument se renouveler s’il ne veut pas sombrer dans l’auto parodie. Le salut passe par les intervenants extérieurs car la base musicale reste plus ou moins la même. Sont invités ici Rex Ritter, gourou de la harsh noise, Julian Cope, journaliste illuminé qui viendra éclairer de sa prose hallucinée My Wall, le morceau d’ouverture, Runhild Gammelsæter, ex chanteuse de Thorr’s Hammer et Joe Preston (Melvins, Earth, Thrones, High On Fire et beaucoup d’autres) et sa boîte à rythme triturée. Même si ce disque est loin d’être mon préféré de Sunn O))), il faut reconnaître qu’Anderson et O’Malley ont su se tirer les doigts du cul et renouveler leur musique qui semblait figée dès le 1er morceau du 1er disque. Et les interventions de leurs invités apportent énormément à l’ensemble.
Entre temps, la hype grandit, les éditions vinyles limités à 15 exemplaires en rose fushia marbré one sided 12.5’’ se multiplient, les nerds se ruinent sur e-bay pour les acheter et engraissent au passage les poches d’O’Malley et Anderson – et Southern Lord au passage dont la productivité va croissante.
White 2, suite de White 1 (les deux disques partagent la même charte graphique) sort un an après. L’équipe est quasiment la même, Attlia Csihar remplace Runhild Gammelsæter et Dawn Smithson se joint à la fête. HELL – O))) – WEEN, le morceau d’ouverture n’apporte rien de neuf. Un drone de guitare, rien de plus. Les choses deviennent plus intéressantes sur les deux autres morceaux. Ça commence avec bassAliens, 23 minutes, une ambiance de caverne où le cliquetis incessant de l’eau vient taper sur le système nerveux, où les guitares abandonnent le drone systématique pour s’essayer à plus d’expérimentation. Il s’en dégage une certaine beauté. Le morceau devient assez facilement fascinant. Mais le meilleur reste à venir. DECAY2 (25 minutes) présente le mythique Attila Csihar dans une performance quasi chamanique où il déclame dans un crescendo réellement flippant un vieux texte du Shrimad Bhagavatam, livre Sanskrit datant d’au moins 5000 ans. L’ambiance est là, impossible de passer au travers. Certainement le meilleur morceau de Sunn O))) à mon goût.
Le groupe s’ouvre ici des portes qui leur semblaient inaccessible seulement quelques années avant.
La hype grandit encore plus et Anderson & O’Malley, grands amateurs de Black Metal, déclarent encore plus ouvertement leur amour pour cette musique. A tel point que Southern Lord sort des disques du style, qu’O’Malley cherche à louer ses services de graphiste à de plus en plus de groupes du style. Leur amour du BM est tel que le style (dans sa mouture underground) semble connaître un regain d’intérêt. En bénéficient directement les américains de Leviathan et Xasthur. Ils en bénéficient à un tel point que Wrest et Malefic, les seuls et uniques membres de ces projets, sont invités à l’enregistrement de Black One. Un Black One qui tranche radicalement avec tout ce qui a été fait auparavant par le duo. On retrouve quand même les gros drones chers à Sunn O))) mais ici, on assiste à un vibrant hommage au riffing Black Metal. Quelques arpèges, des riffs crades dans les aiguës, des vocaux d’écorchés vifs… Sunn O))) se renouvelle, propose une étrange mixture entre drone et BM. Les morceaux se font plus courts, plus directs. Toujours pas de batterie. Pas un mal. Ça confère plus de solennité à l’ambiance générale.
Mais voilà, ce disque est un hommage. Et finalement tous les disques de Sunn O))) sont des hommages. A Earth, aux Melvins, au BM… Sunn O))) est-il un vrai groupe, un projet sérieux ou une énorme cours de récréation pour deux passionnés de musique ? Ou les deux à la fois. Car une blague de 8 ans, c’est long. Mais le comique de répétition et l’humour lourd, y en a qui aime et qui le manient à merveille.
Faites-vous votre idée.