SUFFOCATION - Souls To Deny - 2004 ( Relapse )

Tracklisting:

1. Deceit
2. To Weep Once More
3. Souls To Deny
4. Surgery Of Impalement
5. Demise Of The Clone
6. Subconsciously Enslaved
7. Immortally Condemned
8. Tomes Of Acrimont

13/20

Dire que cet album était attendu est un doux euphémisme. Récapitulons. Après un début de décennie marqué par un retour fracassant du death metal, le souffle créatif est hélas retombé aussi vite qu’il était apparu, nous laissant à nouveau sur les bras une horde substantielle mais dépourvue de substance de fans qui se sont empressés d’acheter des grattes et des batteries et de monter un groupe de brutal death metal pour prendre le train en marche. 2003 : le mouvement est clairement à bout de souffle, mort né. Dans ce contexte morose, Morbid Angel n’avait pas le droit de faillir. Pourtant, après des écoutes répétées, des réflexions et détours à n’en plus finir visant à ménager un groupe si respecté et respectable, le constat est sans appel : Heretic est une putain de déception. Sur la liste des grosses attentes de cette année, il y avait aussi Suffocation, dont les rumeurs de retour se faisaient de plus en plus persistantes depuis des mois. Et les attentes sont forcément énormes. Suffocation, le groupe cultissime des années 90, pionnier parmi les pionniers du death le plus brutal et le plus sophistiqué, sans conteste l’un des groupes les plus influents, originaux et authentiques de toute l’histoire de l’underground. Après quelques spéculations sur le line up et des concerts prometteurs, Suffocation est finalement revenu à la vie après 6 années de silence, un retour qui s’appelle ‘Souls To Deny’. Après plusieurs mois, je suis enfin en mesure de donner un avis qui se veut objectif sur ce retour tant espéré, et tellement important pour tout un courant musical.

On a souvent dit que ce skeud était un mélange entre ‘Effigy Of The Forgotten’ et ‘Pierced From Within’, théoriquement le meilleur du groupe. Je suis d’accord : ‘Souls To Deny’ fait fortement penser à ces deux chef d’œuvres, sauf qu’il ne possède ni l’énergie du premier ni l’aboutissement du second…explications.

Contrairement au dernier Morbid Angel, la production est excellente et fait honneur à l’intelligence du groupe, qui a eu le bon goût de conserver un son aussi naturel et authentique que possible. Les basses sont moins présentes que sur les deux dernières réalisations du groupe et ce n’est pas forcément une mauvaise chose, le son est tout de même très plein et riche. Les guitares sont un peu plus grasses qu’à l’accoutumée. Seuls bémols, la basse trop grave qui manque de définition et le chant trop en avant. Mais on s’y fait à la longue. Le confort de l’oreille étant donc maintenant assuré, le groupe peut la pilonner pour le plus grand plaisir du fan que je suis.
Le premier riff, qui est aussi le dernier, est apocalyptique. On reconnaît dès les premières notes le style et la griffe Suffocation, comme si le groupe n’avait jamais splitté, comme si ses nombreux clones n’avait jamais existé. Puis le premier titre déboule, et là surprise, c’est très mélodique. Ce sera une tendance non négligeable de l’album, bien qu’évidemment la signature harmonique faite de chromatismes et d’atonalités caractéristique reste prédominante. Le groupe joue de façon très ‘posée’ et pousse plus loin la tendance mélodique qu’il ne l’avait fait sur Pierced…, mais ce n’est pas toujours réussi. Si ‘Deceit’ est un excellent titre, ‘Tomes Of Acrimony’ est en revanche faiblard. Sur ce titre Suffocation se prend pour le Slayer de ‘South Of Heaven’ mais ça ne fonctionne pas. On attendait de la violence intelligente de la part du groupe, pas cette espèce de régression quasi adolescente. A côté de ce faux pas, des titres comme ‘Souls To Deny’ et ‘Immortally Condemned’ sont mille fois plus efficaces. ‘To Weep Once More’ fait un bref clin d’œil au passé tandis que ‘Demise Of The Clone’ préfigure peut être une nouvelle direction pour le groupe. Et comme toujours, la maîtrise instrumentale est impressionnante, pas par leur capacité à en mettre partout, mais par leur sobriété qui est l’apanage des grands : la variété est bien présente et on peut saluer la volonté du groupe d’aller à contre courant de la tendance ultra-brutale/technique qu’il a lui-même engendrée.

Mais de la part d’un groupe comme Suffocation, on pouvait attendre plus, surtout après des années d’absence. Le groupe a conservé ses instincts d’excellents riffeurs/arrangeurs, mais on sent que certains titres ont été composés un peu à la va-vite car il est évident que les structures n’atteignent pas le degré de perfection voire de génie des réalisations précédentes, c’est tout juste si on ne s’ennuie pas un peu sur certaines longueurs jusqu’ici absentes d’un répertoire totalement axé sur l’efficacité. L’inspiration n’est pas tarie, cet album le montre bien dans l’ensemble, c’est juste que certains passages sont mal dégrossis, le groupe a voulu montrer une approche plus sobre et mesurée, ok, mais dans ce cas il faut savoir prendre son temps et peaufiner son truc.
Ca fait quand même chier de devoir reporter tous ses espoirs de masterpiece sur le prochain disque qui sortira on ne sait quand. Car si ‘Souls To Deny’ reste malgré tout un très bon album de vrai bon metal, voire un excellent disque de death au regard du contexte actuel, il ne peut être considéré que comme un disque de transition pour le groupe et ne saurait en aucun cas égaler ses précédents chefs-d’œuvre. On peut raisonnablement espérer que le groupe saura s’en rendre compte et en tirer des leçons pour le prochain disque qu’on attend déjà avec impatience, à l’instar d’un Destruction qui a su revenir durablement tout en conservant la quintessence et le caractère unique de son style.