Suffocation - Blood oath - 2009 (Nuclear blast)

Tracklisting:
1. Blood Oath
2. Dismal Dream
3. Pray for Forgiveness
4. Images of Purgatory
5. Cataclysmic Purification
6. Mental Hemorrhage
7. Come Hell or High Priest
8. Undeserving
9. Provoking the Disturbed
10. Marital Decimation

13.5/20

Voilà 6 ans maintenant que la nouvelle mouture de Suffocation s'efforce de perpétuer la flamme de l'ancienne, sans parvenir à faire oublier cette dernière. Le cru de cette décennie finissante n'y parviendra probablement pas non plus, mais finalement, en a t-on vraiment envie ? Cela pourrait sonner comme de la résignation, et c'est peut être le cas, mais il se trouve que cet album possède quelque chose de plus par rapport à ses deux prédécesseurs qui donne envie de regarder un peu plus vers l'avenir et un peu moins vers le passé. Mike Smith avait déclaré il y a quelque temps que son groupe écrivait désormais des morceaux "avec une direction". S'il faut comprendre "plus posé et réfléchi", on s'en était effectivement rendu compte avec l'album éponyme précédent, sauf que la recette n'a jamais pris faute d'un songwritting certes réfléchi mais dont les prouesses instrumentales de Mr Smith et consorts n'ont pas réussi à masquer la paresse, et peut être aussi faute d'un mixage maladroit.

Blood Oath est donc une bonne surprise en ce que le groupe semble enfin avoir laissé de côté sa quête improductive du compromis idéal (et on l'a compris maintenant, impossible) entre sa légende et son futur pour se concentrer sur ce dernier ("un chien vivant a plus d'avenir qu'un lion mort" comme disait l'autre). Les nouvelles compos font la part belle au mid tempo ce qui donne à la rythmique une assise bien puissante, malgré des guitares étonnamment claires pour un groupe dont les grattes surchargées en basses ont toujours été la marque de fabrique, à l'exception notable de Breeding The Spawn. Bien que Blood Oath n'atteigne pas non plus la folie de BTS, on ne peut s'empêcher de remarquer ces harmonies sophistiquées de guitares, et même quelques trouvailles guitaristiques réjouissantes sur certains passages de Dismal Dream ou Undeserving. On aurait aimé que toute cette clarté profite un peu plus à la section rythmique qui aurait pu gagner en naturel et donc en massivité pour se rapprocher d'une version propre de BTS, mais ne boudons pas trop notre plaisir d'entendre Mike Smith revenir à un son de batterie mat (en contraste de son rendu bizarrement clinquant sur le skeud précédent) et d'entendre distinctement le jeu fabuleux de Derek Boyer. Tout ceci est finalement raccord avec la nouvelle approche musicale du groupe qui me fait franchement penser à un croisement entre Deeds Of Flesh dernière période et Coroner. Le Suffo 2009 ne cherche plus à en mettre plein la vue, ni même à révolutionner le genre, et propose à la place un metal certes puissant et technique, mais qui se veut avant tout classieux : bien écrit, bien joué et bien enregistré. Une sorte de crise de maturité assumée quoi. Et il faut avouer que ça marche pas trop mal. Bien que Suffocation ait encore de la marge avant de sonner exactement comme Atheist, cette attitude "progressivisante" a donné naissance à des morceaux d'accès certes pas évident (mais ç'avait déjà été le cas avec Pierced From Within pour moi), où tout est sous contrôle et parfaitement maîtrisé, mais auxquels on ne peut cette fois pas reprocher de sonner tous pareils ou comme des chutes de studio des vieux albums. L'album n'en forme pas moins une entité en dégageant invariablement une lourdeur qui pue le malaise, la lassitude et la haine latentes d'un monde au dernier bord du naufrage... comme une chape de plomb suffocante quoi.