Soldnergeist - (nearly) full discography review - 1994 / 2006 (Art Konkret)

Track listing :
Spur 2 (1994)
Global Media Control (1996)
Terror (1997)
Split with Drape Excrement (2006)

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Ce groupe est le projet principal du boss du label Art Konkret, responsable de quelques sorties assez fatales (Megaptera ‘disease’, la compil «heavy electronics», un album de PPF...) officiant au service d’un industriel sombre depuis 1992 (soit quelques années après Tesco et CMI)...et inactif depuis plusieurs années. Söldnergeist officie dans un registre qu’on pourrait qualifier de death industriel. Les boucles sont répétitives, plutôt lourdes...quelques incursions dans le bruit...tout est dans l'atmosphère ici-bas. L’angoisse s’installe lentement, et un "confortable inconfort" fini par vous gagner...Bref leur présence en 92 sur des compil live avec Con-Dom, Anenzephalia et Brighter Death Now ne paraissent pas déplacées loin de là !

«Spur 2» est une suite de morceaux monolithiques donc, malgré quelques samples ou légères variations dans le fonds. Le propos reste avant tout d’oppresser jusqu’au renoncement en posant des sons inhumains en mode vagues répétitives visant à éroder l’auditeur. Tout industriel et agressif que soit le propos, le son donc n’est jamais aussi extrême ou abrasif que du power electronics («arsenvergiftung» s’en rapprochant tout de même), y compris au niveau de la production. Chaque morceau garde un coté pulsation de bon aloi, et ne verse jamais dans le déferlement de bruit. En ce sens, et malgré un sample d’instruments à corde intervenant vers la fin et s’avérant un peu maladroit, Stossgebet» est une très bonne introduction, écrasante, répétitive, froide. Söldnergesit nous refera ce coup, dans un registre un peu plus apaisé, avec le très réussi «Asepsis Neurosis». La variété, tout relative étant donné le style, est là, notamment avec un «Selektion» plus rapide, basé sur une pulsation de basse et son d’ouverture sonnant ambiant. «Arsenvergiftung», comme discuté, donne donc dans l’offensif évoquant le power electronics de par certains cotés. Un titre comme «Fahrt nach osten» permet quant à lui de gouter à une petite ambiance façon menace stagnante grâce à un coté vibrant dans les infra basses et à de subtiles variations de volume. «Bis Zur Grenze...», gros pavé de 20 minutes, est dans ses prémices quasi mélodique...pour le genre j’entends. Les vagues successives, au bord de la saturation sonore, montant en volume donnent un coté mantra à ce titre illustrant bien le coté hypnotique de ce type de musique.

Pour être transparent avec vous, et au risque de paraitre bizarre, c’est le genre de disque que j’écoute quand je somnole...voir fais une sieste. Non que ce soit emmerdant loin de là, mais cela se prête d’une certaine façon pas mal à la relaxation, selon moi. En ce sens la fin «lointaine» et le début tout aussi «lointain» de «perfecte kunst» sont 100% ambiant. Ce dernier titre, tape toujours dans un registre hypnotique mais cette fois ci sans basse ou son épais pendant les 1eres minutes. Le son clé est une sorte de larsen tournoyant, comme s’il se déplaçait dans l’espace avant de laisser place à l’infra basse 100% death industriel, façon paysage morne, fournaise métallique. Pas de sortie, pas d’entrée, pas de sens...juste du bruit...morne...devenant petit à petit écrasant...afin de nous laisser avec un sample de chant lointain.

Sans être daté, Söldernergeist a ce sublime parfum d’analogique que laptop et autres softwares ne pourront jamais reproduire. Ca crépite, ça sature, bref ça accroche l’oreille comme il faut mais pas trop comparé aux chantres du power electronics. Brighter Death Now, pour se référer à quelques chose de plus connu, est une comparaison, dans sa période Great Death, mais pas que. Söldernergeist est plus froid là où BDN cherche à évoquer le malaise. J’y trouve un peu plus de variété tant dans les sons que dans les ambiances et à chaque nouvelle écoute cette impression est renforcée.

Graphiquement classique dans ses références aux joies de la nature humaine, on trouve un point de comparaison avec la «musique» s’avérant bien faite mais restant orthodoxe. En bref un disque d’ambiance généralement menaçant voir oppressant, mais pas sans longueur il est vrai, que je range dans la case des releases solides dans le style...nécessitant un certain état d’esprit.

Sans rentrer dans toute la discographie de Soldnergeist, «Spur 2» est au même titre que «global media control» recommandable. Sans être mauvais, je déconseillerais un «Terror», certes plus diversifié, mais injectant des morceaux me laissant plus dubitatif. Par exemple «magick weapon fight» plus dans un registre rappelant les début de Imminent Starvation (que j’aime certes bien). «Terror» s'avère en général plus «rapide» en terme de tempo («flesh and blood»)....en tout cas moins marquant et angoissant (la sonorité recherché sur un truc comme «body collapse» étant mieux maitrisé par Brighter Death Now). Bref je n’ai pas trouvé de fonds derrière la forme, un «german assault troops 2» me semblant gratuit malgré quelques sonorités intéressantes voir impressionnantes. Les 2 studio bonus tracks pas trop mals, permettent de rééquilibrer un peu le tout...restant globalement inégal....façon cul entre 2 chaises. Et cela me semble totalement expliqué par le fait que c’est un live post «global media control» qui combine donc de nouvelles sonorités, allant plus loin que celle de «Global Media Control», avec des choses plus anciennes.

«Global Media Control» s'avère de prime abord plus riche en sonorité que «Spur 2» et montre parfois une nouvelle facette de Soldnergeist: plus rapide dans le tempo, moins analogique et angoissant comme sur «Fraktal Analyze» rappelant un peu un titre comme Requiem de Merzbow (trop feignant pour vous trouver l’album je vous colle du son http://www.youtube.com/watch?v=FgOg6aYqASY), bref un truc de «tough guy» façon Antzen records (j’me comprends). Ces nappes abrasives imprimant une pulsation, presque rythmique, donne une touche plus «rapide» que les sons déployés sur «Spur 2». Avec «Global Media Control», Soldnergeist devient donc plus froid, hypnotique et «ancré dans l’actualité» que sur «Spur2». Et ce notamment de par l’apparente thématique sous-jacente presque palpable sur la 3eme plage, «great amerika» ou «realities of war». On notera la présence de pas mal de samples assez intelligibles d’ailleurs (déclaration aux congrés US, conclusion d’étude sur les effets de la télévision...). Bref, plus urbain, ce release montre un autre visage moins death industrial, mais toujours lourd, et moins dédié à la part obscure de l’âme...bref «heavy electronics» est un adjectif qui sied bien à ce release, restant tout de même un peu moins prenant que «Spur 2» du fait de sa froideur et de son coté plus monodimensionnel.

Je finirais en touchant un mot sur le split avec Drape Excrement qui permet de réentendre parler de Soldnergeist apres une longue absence. Drape Excrement est l'autre groupe de Markus. Drape Excrement est parfois à ranger dans la case death ambiant, façon début de CMI (grattement de tombes et infra basses comme sur «four dead people», «ordinary bones», «glaube» ou «other voices»)...mais pas que. Lent et hypnotique, Drape Excrement n’est pas abrasif mais tape parfois dans le death un peu industriel («control and power», «eighty percent»). Pas désagréable, sans être transcendant, Drape Excrement reste sombre (en dehors des 2 titres sur nappes d’orgue hammond) et sait poser une ambiance. Coté Soldnergeist, c’est assez limité puisque son intervention consiste à avoir terminer les morceaux 1 à 6 démarrés par Drape Excrement (ajout de son, mixage etc). Du coup la déception est présente car il s’agit bien d’un retour qui n’en est pas un. En résumé un sentiment mi-figue mi-raisin: déçu de ne voir plus de Soldnergeist, mais le release est sympa, même si certains titres sont un peu courts, et les 2 derniers titres sont très bons. «Eco-nomie» n’aurait pas juré sur «Global Media Control» (nappe saturée, basse lente et triste, samples saturés de voix de journalistes US parlant de marché, de PIB et de rendement...). «Black Rider» hyper old school dans ses sons, offre une rythmique froide avec quelques éclats de messe noire.