Slaughter - Strappado - 1986 (Fringe / Diabolic force)

Tracklisting:
1. Disintegrator/Incinerator
2. Nocturnal Hell
3. F.O.D.(Fuck Of Death)
4. Tortured Souls
5. Parasites
6. The Curse
7. Strappado
8. Maim To Please
9. One Foot In The Grave
10. Tyrant Of Hell
11. Death Dealer
12. Tales Of The Macabre

16/20

RRrrrrrAAAAAAAAAaaaAAAAAAhhhHH ! METAAAAAAAAAAAAL ! Slaughter est un putain de groupe de METAAAAAAAAAAAAL et Strappado est un putain d'album de METAAAAAAAAAAAAL !!! Un album courte durée certes. Sur cette réédition, les douze titres du track listing ci-contre totalisent moins de trente deux minutes. Mais ne nous plaignons pas car le vinyle d'origine comportait encore moins de titres, et même pas dans le même ordre. Le vinyle commençait par "Strappado", petite bombe qui a du atomiser les oreilles des curieux. Il n'y a que deux instruments dans ce titre : un chant des plus énergiques et un truc vague à base de guitares et de batterie que je qualifierais de gros vacarme infame (GVI)
Le GVI : "vron vron vrromblvromblromblmblblblbl... ioonnnnngrrrrrrr, vron vron vrromblvromblromblmblblblbl... ioonnnnngrrrrrrr, etc."
La voix : "......gnignidzouingbeuharrblabladoing... Strappaaaaadooo!, ......gnignidzouingbeuharrblabladoing... Strappaaaaadooo!, etc."
Vous vous marrez ? Mais attendez, quand le GVI sort son "ioonnnnngrrrrrr" en même temps que la voix hûûûûûrle "Strappaaaaadooo!", ça sonne ultime, genre Repulsion en plus thrash pour le côté crade, ou encore Motörhead en plus grind pour la conviction. Vous voyez le truc ? Non ? Bah franchement les lecteurs les plus avisés ont déjà arrêté de lire cette chronique pour courrir acheter l'album. Vous êtes toujours là ? Alors laissez-moi éclairer votre lanterne.

Slaughter est bon car Slaughter sait composer de bons riffs metal : énergiques, incisifs, directs, saignants, entêtants, mémorables, et bien sûr exempts de toute velléité masturbatoire. Si celui de "Fuck of death" ne vous fait aucun effet, c'est qu'on ne peut plus rien pour vous. Slaughter est bon car Slaughter sait faire bourdonner son speed-thrash-death avec une telle frénésie qu'on peut avec le recul se demander comment des conneries comme le black metal dépressif (bâillements) ont pu apparaître et se réclamer des mêmes origines. Slaughter est bon car Slaughter sait enregistrer douze titres différents et reconnaissables, exploitant chacun une poignée d'idées bien mises en scène (ou en son) grâce à une interprétation parfaite. L'interprétation se montre détendue, positive, vivante, sonnant live même en studio, et pourtant grouillante et pataugeant dans le core et le gore. Slaughter assène ainsi dans la meilleure humeur possible une violence musicale qui n'a finalement pas grand chose à envier aux groupes ternes, surboostés et sans imagination de la génération suivante ! Slaughter est bon car la demi-heure que dure ce disque propose une bonne dizaine de moments d'anthologie, et même deux titres incroyables : "F.O.D" déjà cité et l'étrange "Nocturnal hell". Pour "F.O.D", d'ailleurs, sachez que Mortician en a fait une reprise jusqu'au-boutiste sur Zombie Apocalypse, mais si vous n'entrez pas dans le trip de Mortician vous n'avez aucune chance de comprendre pourquoi cette chanson est terrible. A moins d'écouter l'originale qui est de toute façon encore meilleure tant elle a du goût. "Nocturnal hell", elle, est un vrai petit bijou. Elle commence comme du thrash rampant avec une voix sépulchrale, légèrement boosté façon Motörhead. Tout d'un coup la voix se tait et les guitares se mettent à jouer comme autour de l'auditeur, un truc répétitif et inquiétant. On ne sait plus trop où on est puis, quand la nébuleuse stoppe, c'est un jeu très appuyé et, lui, parfaitement net, qui fait office de refrain. Des riffs inoubliables, une batterie inoubliable, viennent d'apparaître comme la faucheuse au milieu de la nuit. Certains musiciens de Black Metal paieraient très cher pour obtenir une fois un tel effet dans une de leurs compos !

Mais musicalement tout ceci est d'une simplicité à tomber. Les partitions ne font pas office de miracle technique, tout se retient facilement. C'est du thrash death des années 80, basique, à la croisée d'un bon millier de chemins (de la NWOBHM au death metal en passant par le crossover), qui n'a rien inventé et qui a du rester dans l'ombre de quelques groupes qui préfiguraient déjà, pour le meilleur et pour le pire, du tournant radical des années 90. Par exemple Slayer, son Hell Awaits et son Reign in blood, sonnent déjà comme l'an 2000 à côté de Strappado qui est pourtant sorti la même année que l'album phare de Slayer. D'ailleurs quand Slaughter reprend "Black magic" en titre caché à la fin de la réédition que j'ai, ça ne sonne vraiment pas comme du Slayer. Slaughter représente aujourd'hui une vision du metal qui n'a plus cours selon certains, la plus belle selon moi, la plus simple peut-être, la plus inimitable sûrement. Strappado est un album trop honnête pour être pompé correctement. Infalsifiable. IN-FAL-SI-FIABLE vous dis-je. Si vous vous procurez la réédition, je vous suggère d'écouter les douze (oui, douze) bonus live qui portent la durée totale du disque à plus de soixante-dix minutes. En plus de la reprise de Slayer, vous avez "Witching Hour" de qui vous savez et "Massacra" de qui vous savez, ainsi qu'un paquet de titres de Slaughter. Vu qu'en studio, ils sonnent déjà très live, en live ils sonnent... METAAAAAAAAAAAAL !