Skin Area - Journal Noir/Lithium Path - 2006 (Cold Meat Industry)

Track listing :
double cd: 8 + 9 titres

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Duo suédois froid et clinique, avec un membre d’IRM, Skin Area a enregistré ce double album il y a maintenant une dizaine d’année de cela pour une sortie en 2006. Procédons «face par face»:

Journal Noir (60 min) démarre sur un titre sombre, basé sur un ronflement agressif de basse, doté du verbe, finissant sur une fournaise purificatrice. Certes le final est noise mais s’inscrit bien dans la trame narratrice de ce morceau de plus de 15 minutes. Suit un mantra vocale se transformant en un schéma, presque un riff, noise mais accrocheur de par son intelligibilité. Le tout restant mécanique et froid. Le 3eme titre, «borderline» est bien nommé: du pur noise douloureux...sans grand intérêt. «A childish confession», est une sorte de poème façon rêve freudien dérangé, lu de façon monotone par une voix masculine, sur fond de drone légèrement oscillant. Le contenu verbal fait l'intérêt du morceau. Le début de «blut...» me fait toucher du doigt une comparaison qui était venu chatouiller mon subconscient à quelques reprises: le Swans de «soundtrack for the blind» pour certains drones et ambiances. Le morceau devient par contre rapidement sombre et, à l’instar de pas mal de leurs compos, empile les sons de manière à saturer l’espace. On notera aussi cet élément plus présent sur ce release: des instruments physiques (cymbales, guitares) certes employés pour générer des sons et pas des riffs. Et puis retour du drone...et puis retour de la tension, cris perdus façon bienvenu en HP. L'arrêt, abrupt comme sur quasi chaque plage, nous fait passer sur un titre plus expérimentales, qu’on dirait basé sur des bruits de pas et des sons de machines à écrire puis enchainant sur un texte lu en suédois sur fonds d’un pseudo riff de basse déglingué et autres samples. Peut être le titre le plus intéressant de par son ambition. «Dolls at play» est un intermède qui voit quelques notes de piano qui finiront par interagir avec un son plus synthétique. «Spiral Nerve» est tout comme «borderline» bien nommé: sorte de beat horripilant et dur, il voit Skin Area confirmer son amour de la bidouille avant de s’adoucir. Cette partie de l’album s'achève presque humainement ou du moins calmement avec un «choose art not life» assez mantrique du fait de la fréquence ronflante. Le titre est une lente montée en puissance et démontre la capacité de Skin Area à créer la tension pour exploser "discrètement".

Lithium Path (46 min) démarre lui sur un drone délavé et doux, façon « Swans/soundtrack… » lumineux, avant de s’achever longuement sur un riff de gratte énervant avec des cris continus tout aussi énervants...là pour le coup je n’ai saisi ni l’intention ni l'intérêt. «Elvira» est une de ces plages lancinantes, où la menace s’ourdit derrière un texte en allemand lu par un type ayant probablement besoin de valium. «The vivan girl» est carrément «organique» du fait du riff de gratte façon Cocteau Twins/cold wave soutenu par une basse et une batterie, on ajoute une voix féminine entre chant et lecture...apaisement. «Nostalgia» achève de nous plonger dans une ambiance ouateuse et les invectives de «The Room» détonnent en replongeant l’auditeur dans l’urgence. Retour ensuite à la ouate avec un long et paisible «lithium path part 1». «The 3rd junction» reste dans le même ton, rassurant du fait de la voix, de quelques notes de xylophone donnant une touche de comptine à ce titre. Lithium Path est donc la plus contemplative des 2 parties, parfois apaisante, aussi peut être un peu moins intéressante, ou du moins plus lisse mais agréable. Plus organique aussi du fait de guitares, basse etc, assez présentes. Ces instrumentations donnent une petite touche cold wave, flagrante sur le «lithium path part 2» cloturant ce disque assez homogène, surtout comparé à Journal Noir.

Sur Journal Noir, le duo suédois reste avant tout axé sur un style abstrait et parfois dur car n’hésitant pas à recourir à de temps à autre à du noise ou au moins à jouer avec vos nerfs. De même il n’y a pas vraiment toujours des boucles mais parfois plus des successions de vagues. Pour autant les passages plus calmes sont de mises et Skin Area est sur ce release plutôt basé sur ces plans «contemplatifs» plus ou moins oppressants. Skin Area utilise aussi une palette de son assez étendu et on pourrait qualifier le groupe d'expérimental sans pour autant être hermétique. Bref en écrivant ces lignes je me rends compte que malgré un sentiment d’unité dégagé par la froideur de ces disques, Skin Area n’est pas simple à décrire de par un caractère résolument protéiforme et un coté soigné dans sa conception sonore (tant au niveau du son mais aussi de l’agencement). L’unité de style est plus prononcé sur Lithium Path tout comme le coté organique du fait d’une présence accru d’instruments « standards » (guitare…). Mais plus important que ces considérations : Skin Area est très souvent évocateur dans sa musique…voir « interroge » l’auditeur.

Pas entrainant pour un sou, ces albums déploient un style tantôt clinique tantôt «délavé», varié et dérangeant quoique un peu abscons et je comprendrais qu’on y trouve un petit coté arty. Sa force pour les uns sera donc un point faible pour les autres. Bref si vous vous sentez l’envie d’écouter «autre chose», Skin Area a pondu là un album intéressant qui satisfera les curieux amateurs de dureté et de douceur à la fois...mais aussi dans une moindre mesure de texture et de sons. En tout cas pas le truc qu’on écoute au réveil ou même des 10aines de fois dans sa vie autant du fait de la structure de la musique que de l’ambiance dégagée (les amateurs de drone pas joisse à la « soundtrack of the blind » y trouveront leur compte). Mais cela n’est pas le but, je pense, de ce release qui a une petite touche «performance/experience».