SATYRICON - Volcano - 2002 ( Virgin )

Tracklisting:
1 - With Ravenous Hunger
2 - Angstridden
3 - Fuel For Hatred
4 - Suffering The Tyrants
5 - Possessed
6 - Repined Bastard Nation
7 - Mental Mercury
8 - Black Lava

18/20

2002, Satyricon est toujours actif et succite les réactions les plus extrêmes. Adulé par certains, le groupe est aujourd'hui fortement décrié par les puristes considérant que les Norvégiens ont vendu leur âme au diable (c'est un comble) en signant chez une major. S'il est vrai que le petit logo "Virgin" au dos du CD paraît un peu déplacé, l'intelligence conduit sagement à écouter l'album en question avant de prononcer un jugement crédible. C'est donc avec une certaine curiosité que débute l'écoute de cet opus qui laisse une étrange impression, l'effet n'est pas immédiat, les morceaux sont plus courts qu'avant, plus compacts, construits sur des riffs tranchants et hypnotiques laissant échapper des dissonances froides et dérangeantes. Déçu mais conscient qu'il se passe quelque chose, les écoutes s'enchainent et font augmenter un plaisir rare, déçu puis finallement happé par une ambiance poisseuse qui rampe lentement dans nos esprits pour libérer consciencieusement son venin et nous paralyser devant tant de maitrise dans l'art du renouvellement. Satyr simplifie son travail mais le paufine plus que jamais, les arrangements retrouvent la place qui est la leur, ainsi les claviers se font discrets, simples pourvoyeurs de malaises brefs et profonds, des arrangements qui intensifient encore la sensation d'étouffement quand ces impacts sonores presque "subaquatiques" viennent caresser les basses de nos enceintes. Tout est mis en oeuvre pour dépeindre un univers décadent et maladif. Le son d'abord, d'une précision redoutable malgré le grain toujours confus et agressif des guitares, et cette batterie tellement froide dont le très inventif Frost, véritable métronome martial, use les peaux de coups mécaniques incroyablement précis. S'agit il de Black Metal ? Peut être, certainement, un Black Metal different ancré au cœur de l'urbanisation sinistre dans laquelle nous survivons. Satyricon vomit la stagnation et explore les siècles depuis "Dark Medieval Times" pour arriver jusqu'à nous aujourd'hui, parfaitement adapté à l'époque, usant même de voix féminines originales, presque fantomatiques, rappellant Beth Gibbons (Portishead) ou encore Alison Goldfrapp, qui nous entrainent doucement dans le gouffre sombre, anthracite, qui s'ouvre sous nos pieds à chaque nouvelle écoute.
Là où "Rebel Extravaganza" s'étirait quelques fois péniblement en longueurs, les nouveaux titres vont à l'essentiel et contiennent tous leur part d'éléments inoubliables, qu'il s'agisse du refrain marquant de "Possessed", de l'envoutante nappe synthétique de "With Ravenous Hunger" ou encore de l'atmosphère lancinate et mélancolique qui s'échappe de "Suffering The Tyrants" ou du superbe "Black Lava".
"Volcano" n'est pas l'œuvre commerciale d'un groupe qui renie ses racines; bien au contraire, il s'agit du noble travail d'artistes désireux d'offrir à ces racines l'opportunité de s'étendre sur un domaine plus vaste, vaste mais toujours aussi sombre, beaucoup plus même, Satyricon est plus froid qu'il ne l'a jamais été, différemment évidemment, mais plus glauque, plus sournois et plus inquiétant.