Possessed - Beyond the gates - 1986 (USA)

Tracklisting:
1. Intro
2. Heretic
3. Tribulation
4. March to Die
5. Phantasm
6. No Will To Live
7. Beyond the Gates
8. The Beasts of the Apocalypse
9. Seance
10. Restless Dead
11. Dog Fight

16/20

Pour beaucoup, Possessed reste le groupe d’un seul album, le toujours fameux et vénéré 'Seven Churches’. Que faire quand on déjà changé la face du metal pour toujours, en l’espace d’un seul 1er album ? Réponse : prendre son temps pour peaufiner une suite plus chiadée, ou battre le fer tant qu’il est encore chaud. Possessed pioche un peu dans les 2 solutions puisque 'Beyond The Gates’ ne sort qu’un an après son sulfureux prédécesseur, ce qui n’empêche pas le groupe de modifier sa formule, mais pas sans y laisser des plumes comme on va le voir plus bas. Les progrès en termes de composition et d’instrumentation sont en effet évidents, la paire Torrao/LaLonde s’en donne à coeur joie en concoctant des riffs finement ciselés et arrangés, qui confinent au grandiose sur 'March To Die’, 'The Heretic’ ou encore 'Beyond The Gates’. Les mélodies s’y affirment sauvagement, et conjuguées à des constructions toujours plus ambitieuses, elles nous entraînent dans un monde malsain toujours aussi à part, constellé de solos aussi nombreux qu’inventifs et des hurlements d’un Jeff Becerra qui se prend toujours autant pour Regan Teresa MacNeil. La section rythmique n’est pas en reste et bénéficie d’une prise de son plus propre et d’un mixage épuré (exit cette fois la grosse réverbe sur la batterie de Mike Sus). Le tableau est il donc idyllique ? Possessed reformate un peu son style, met un peu d’eau dans son sang noir. Un positionnement intelligent qui permet au groupe de ne pas se retrouver en concurrence avec son propre back catalogue. Ok, mais ce positionnement aurait gagné à être mûri un peu plus. Si la plus grande place accordée aux mélodies est payante, le groupe s’enlise parfois dans des riffs mid tempo assez bateaux qui alourdissent inutilement certaines compos, au lieu de les aérer. Le son des guitares est aussi pas franchement bandant, il est plus sec mais très terne, 'délavé’. On dira que c’est plus compréhensible que le mur de distorsion de 'Seven Churches’, mais on perd en bestialité et en sauvagerie pour rien : je ne pense vraiment pas que les subtilités de BTG auraient été noyées avec un son de gratte, disons plus 'saignant’ tellement les qualités du groupe sont évidentes.


Possessed - The eyes of horror - 1988 (USA)

Tracklisting:
1. Confessions
2. My Belief
3. The Eyes of Horror
4. Swing of the Axe
5. Storm In My Mind

14/20

Le EP suivant et ultime oeuvre de Possessed continue le virage death/thrash initié sur BTG, dans le sens où les morceaux ont encore gagné en sophistication, au détriment de la folie. Les vocaux de Becerra ont sensiblement perdu de leur intensité, la musique est plus contrôlée et moins sauvage. Ce n’est quand même pas la débandade, loin s’en faut, mais c’est en quelque sorte leur chant du cygne. Une nouvelle ère se profilait en cette fin des années 80 : Possessed avait initié tout un mouvement, avait joué son rôle de pionnier, défriché des territoires inconnus. Des nouveaux groupes de death metal émergeaient un peu partout, morts de faim et prêts à prendre la relève, après avoir bien assimilé les leçons du maître. Sentant se rapprocher de la fin de son rôle dans la scène, Possessed tire donc sa révérence, et d’une bien belle façon, avec cet EP qui s’il n’a pas l’intensité de ses prédécesseurs, montre quand même une dernière fois la voie. Ce sera celle d’une forme libre de musique, qui n’a pas peur de se débarrasser de ses clichés, qui évolue constamment, et mine de rien s’intellectualise avec le temps. La génération suivante concrétisera ces idéaux avec brio. Et rien que pour avoir initié tout ça, Possessed mérite le respect éternel. Thank you for the music...