Portal - Vexovoid - 2013 (Profound Lore Records)

Track listing :
7 titres

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Soyons direct: l’effet de surprise est maintenant nul, et le style figé. Portal court donc le risque de...faire du Portal. Ceux qui n’en supportent l’idée et balaient la redite d’un revers de la main peuvent déjà passer leur chemin, tant les différences minimes avec leurs opus précédent feraient l’objet du concours de détail pédant ou de classification du genre «à 62,5234% de Outre + 15,43392% de Seepia tout en ayant une touche heavy à la swarth» et bla bla. Les autres continueront la lecture.

La folie est-elle encore là ? La réponse est «plutôt oui». Le batteur, cherchant à défier le temps en pilonnant de manière pernicieuse. The Curator administre toujours des incursions lyriques cadaveréelles dans l’incongrue luminobscolence de vaisseaux xeno séculaire lobothorynthique, les «gratteux» toujours mains droites bloquées à la vitesse de la lumière gluante font danser leurs grotesques mains gauches sur leurs instruments à 72 cordes...se ratant parfois au détour de certains riffs pas folichons, heureusement encore peu fréquents...Je reprocherais à Portal, ce que je lui reprochais sur «Swarth», à savoir se reposer sur une façon de délivrer le riff assez spécifique mais parfois au détriment du riff. En effet, passé la phase de digestion des guitares à plein de cordes permettant de taper de la basse de chez basse, on distingue parfois des riffs, pas forcement mauvais mais assez plats. De même le groupe balance parfois ses breaks hermétiques en lieu et place des breaks hermétiques ET fous de ses 1ers releases (tout est dans le «et»). Bref on oscille entre bande son bien faite et véritable plongée dans le noir. Vous voyez la différence ? Il y en a une où nous sommes assis tranquillement derrière la vitre et l’autre où nous sommes dans le truc.

Tout est-il négatif ? Non, Portal exhale toujours une sacrée dose de noirceur, le groupe reste fort sur les tapis de gras avec sursaut de basse où en live The Curator doit lever les bras lentement, façon chef d’orchestre épouvantesque (cf intro de «Curtain»). Curtain qui est probablement le titre phare, s’agissant de l’ambiance horrifique, et marquant le vrai départ de l’album. L’album permet toujours de s’immerger, mais trop ponctuellement, dans une sacré ambiance. Je citerais le final de «Plasm» dans lequel on plonge littéralement par exemple et qui nous rappelle que certains riffs de Portal sont plus de la musique ambiant qu’autre chose, presque des sortes de nappes de claviers. «Awryeon» nous rejoue presque la même trame et on se rend compte que certains morceaux ne tiennent que par un ou deux riffs.

N’en reste pas moins que Portal risque maintenant de «vivre», sans doute avec quelque sincérité, grâce à une hype rétro-active: le temps que les gens s'aperçoivent du talent du groupe, ce qui est fait, puis que ça se l’arrache en festival et se la joue en disant que les albums de Portal sont géniaux (de rage de n’avoir réaliser cela plus tôt) avant de passer à autre chose....arg saleté de lucidité cynique...inexorabilité du matérialisme appliqué à la musique, la dévoyant de sa magie...tant du fait du musicien (devenu producteur d’un bien et devant reste sur le devant de la scène tout anecdotique soit-elle) que de l’auditeur, devenu consommateur en quête permanente de nouvelles sensations...je dis cela en invitant à la mesure dans l'interprétation de mes propos car de ce style de musique on ne vivra jamais...c’est ce qui fait son intégrité (ou sa perte quand c’est un hobby du dimanche pour bourgeois blasé).

Mais mon jugement final reste toujours porté par le commentaire que je me suis fait à la fin de la 1ere écoute, et que je me fais à chaque fois: déjà fini ! Théoriquement à double tranchant, car cela peut être du au fait que c’est tellement bien qu’on a pas vu le temps passé et qu’on en redemande, ce commentaire est ici peu amène car il signifie plutôt: c’est un peu court messieurs ! Un peu facile ! Vexovoid serait-il un pied de nez voulant dire un peu vide et donc vexant !

Du coup je vous pose la question, rapport à mon intro: était-ce la peine de continuer la lecture ?