PESTILENCE - Testimony of the Ancients - 1991 ( Roadrunner )

1. The secrecies of horror
2. Bitterness
3. Twisted truth
4. Darkening
5. Lost souls
6. Blood
7. Land of tears
8. Free us from temptation
9. Prophetic revelations
10. Impure
11. Testimony
12. Soulless
13. Presence of the dead
14. Mindwarp
15. Stigmatized
16. In sorrow

13/20

Après un « Consuming Impulse » monstrueux, l’atteinte du statut DU groupe death européen, une tournée avec les plus grands, Pestilence signe en 1991 son troisième album. Exit Martin Van Drunen, captant trop l’attention à désir et proche du zéro à la basse. P Mameli s’impose en leader unique du groupe et souhaite faire évoluer la bête, louable intention.

Produit à l’inévitable Morrisound par l’inévitable Scott Burns, l’album n’en a pas moins un excellent son surtout aux niveaux des guitares thrashy et tranchantes, les plans mutés sonnant mortellement bien. La basse est forcément audible, c’est le minimum quand on se paie Tony Choy de Cynic. Patrick est pour moi aussi convainquant que Mameli au chant. J’aime beaucoup, je dirais même que c’est un de mes vocalistes préférés.

Ca démarre fort avec des accords plaqués sur une ambiance horrifique suivi d’un riff tranchant typique. Baston, un petit ralentissement quand il modifie à peine un riff juste pour taper le soli. Une intermède genre pour faire jolie, ensuite le riff bateau mais si bon de « Twisted Truth » et là ça se gatte, les grattes viennent taper du soli à tout crin dans une ambiance cheveux dans le vent, pantalon de surf fluo, et visages plissés par l’émotion du guitariste en pleine inspiration/interrogation métaphysique genre « je préfère les jours de soleil aux jours de pluie ». Et ça recommence pouark..ha tiens j’avais pas entendu le beau clavier derrière avec un son exprimant sans doute la béatitude quasi christique devant de si beaux solis…je retombe de haut…pif pam poum ouille aïe…qu’est-ce que c’est que ce ruinage de titre ? Heureusement que ce putain de « Lost Souls » est là rageur et planant à la fois, pour me remettre d’aplomb. Un criquet suivant. Bah oui l’intermède c’est un criquet…flippant non, genre Morbid Angel et ses crapauds sur Gateways brr ça fait froid dans le dos. Land Of Tears prend le relais, du riff tranchant, un break aérien démarrant bien avec son de cloche, et là sbam, pan dans la gueule du bon goût (qui ne sait pas encore ce qui l’attend le pauvre !). Ils remettent ça, un sample de gens en train de larmoyer genre « oh non ils ont tué la maman de Bambi » plus une rythmique d’ascenseur servant de toile à une pignolade à vous pincer le cœur d’ émotion. Vous me direz, ce passage gerbant n’en rend que plus horrifique le soli et le beuglement qui suivent.

Bref..bizarre bizarre…j’avais mis ça sur le compte de l’originalité, mot brandi par tous les savants de l’époque et visiblement tabou garantissant la non criticabilité d’un album. Pour autant, j’ai écouté, ré écouté et je ne m’y suis jamais fait…ces passages sont nazes, même pas beau et cassent tout. C’est trop facile !

« Prophétic.. » reprend dans une veine « lost souls » et me met de bonne humeur. Gros refrain et tout. Ah petit soli tout fou mais qui passe. « Testimony » est OK, le soli de basse de "Soulless" est génial mais alors après accrochez vous mes amis, j’espère que vous n’avez pas mangé trop lourd sinon c’est la gerbe assurée. Ca finit gentiment en queue de poisson avec des titres peu inspirés, malgré de bons riffs, un recours plus systématique au clavier, un break bidon sur « Presence Of The Dead ». Sur « Stigmatised », tout comme sur « Présence of the Dead » Pestilence traîne ses effets avec un break à chier par terre. L’intermède clôturant le titre est annonciatrice du prochain release….au secours ! Roadrunner aurait du prendre exemple sur les compagnies aériennes livrant gentiment un sac à vomi avec leur place d’avion. Ca aurait fait des éditions collectors vendable cher sur EBAY (à condition de n’avoir jamais utilisé le sac !).

J’ai donc pas mal de reproches à faire à cet album, vous vous en doutiez encore plus si vous avez lu la chronique de Spheres que j’ai faite. P Mameli a découvert son instrument, la guitare, et le maîtrise mieux. Il s’est même ouvert à la fusion et autres pignolades guitaristiques et c’est bien là que le bas blesse. Déjà certains soli sont hors sujet en terme d’ambiance. C’est limite guilleret neuneu, le break de « Presence Of The Dead » étant le pire. Ensuite beaucoup de titre comporte une étape faire valoir ou la rythmique sort des riffs bidons histoire de nous coller une belle démo de gratte chargée de feeling. Vu la classe des gars quand ils se bougent ça fait chié d’entendre des riffs en tremolo bidon tout ça pour nous taper le solo. E ce sens ils ont raté le coche pour moi en ne voyant d’évolution que dans l’utilisation des leads et l’apport de claviers et pas dans les riffs ou le songwriting. Un autre reproche concerne les interludes, si certaines sont très bien, leur utilisation avant chaque titre confine parfois au bouche trou et donc au cassage de dynamique.

C’est justement cette audace qui a été saluée, ainsi que la technique déployée sur cet album. Les fans de death metal, genre considéré pauvre par beaucoup, avaient besoin de se raccrocher à une performance technique comme celle-ci. Cela n’en fait pour autant pas une bonne performance. Juste un alibi. Idem pour l’originalité, au final le clavier, s’il est parfois très bien intégré lorsqu’il densifie des accords plaqués, est-il un apport si saluable/salutaire ?

Au final un disque dont j’adore la voix, les riffs thrashy death typique de Pestilence, un disque qui contient des titres que j’adore « Lost Souls », allez « Land Of Tears » malgré son passage ouin ouin, « Prophetic Revelations » son intro à la Immolation et son refrain énorme (générant chez moi un réflexe petit doigt et index en l’air). Je comprends les gens qui portent au pinacle cet album mais vu d’aujourd’hui il y a selon moi un coté baudruche qu’on se doit de dégonfler. L’écoute de ce disque me laisse toujours mi-figue mi-raisin. J’adore certains de trucs mais j’ai un arrière goût systématique du à tous les éléments trop faciles au final qui annonce la déchéance du groupe. Ce disque c’est seau d’eau chaude, seau d’eau gelée dans ta gueule.

Je suis dur je sais mais vu le potentiel du groupe, son envie d’avancer bref vu où ils plaçaient la barre je remonte la mienne aussi. Les musiciens tout comme ceux qui n’écoutaient que Master apprécieront/seront surpris sans doute...mais ça n’en fait pas pour autant un bon album messieurs !

Un beau gâchis !