PESTILENCE - Spheres - 1993 ( Roadrunner )

Tracklisting :

1.Mind Reflections
2.Multiple Beings
3.The Level Of Perception
4.Aurian Eyes
5.Soul Search
6.Personal Energy
7.Voices From Within
8.Spheres
9.Changing Perspectives
10.Phileas
11.Demise Of Time

8/20

On savait déjà que monsieur Mameli entretenait une relation bizarre avec le death. Notre homme n’y était pas à l’aise, trop réducteur pour lui. Pour autant il s’y exercerait depuis un bout de temps, faut bien commencer par quelque chose messieurs dames. Exerçait dis-je ? converti aurais-je du dire, en effet si l’on suit le groupe entre Malleus Malleficarum jusqu’à Testimony Of The Ancient, le death n’était pas omniprésent ab initio chez nos bataves d’obédiences plutôt thrashisantes. Mais passons ces détails pédants et inutiles, toujours est-il qu’on sentait que plus ça allait, plus monsieur avait honte de jouer du death, tout en en jouant (un cas psychologique de masochisme ? Non, c’est plutôt un manque de moyen ).

Monsieur Mameli aimait en fait la guitare, les soli, les parties atmosphériques ou que la guitare et ben elle peut s’exprimer et surtout le jazz moderne/fusion/masturbatoires où les musiciens sont fiers de leur classe, de leur professeur et leur technique lorsqu’ils reprennent des classiques des maîtres. Notre ami aimait aussi le bontempi, sa sonorité riche et émotionifiante lui rappelant sans doute ses premiers émois collégiens sur les plus mauvais titres de Depeche Mode.

On sentait bien tout ça affleurer sur Testimony Of The Ancients sanctifié, à la limite pourquoi pas, par certains. Pourtant, si on gratte maintenant qu’on a un peu de recul, certains titres étaient un peu limite en composition et semble servir de mauvais alibis à des soli, parfois tout aussi mauvais que seuls Mameli pouvait aimer…expérimentation diront certains…poudre au yeux je vous dis…ce mec rêvait de sortir un album de jazz moderne/progressif avec moult sonorités incongrues…mais il était trop limité par son passé, sa technique et son songwriting death metal.

Sur Spheres, plus de doute, il nous sert carrément une soupe oscillante entre ces 2 styles sans jamais savoir sur quel pied danser et ne manipulant pour seul art que celui, si tant que cela en soit un, du cheveu sur la soupe. Et oui, ce ne sont pas des interventions que font les claviers (je sais je sais ce sont des guitares MIDI, aucun clavier n’a été utilisé sur Spheres) et les guitares en se lançant parfois dans des petits, vraiment petits, trips jazz fusion mais de véritable interruption. Dur à dire mais le jazz a un format et essayer de le faire rentrer dans un carcan rock (refrain couplet break) n’est pas aisé et là c’est un échec cuisant, horripilant et d’une suffisance rarement atteinte auparavant. Mais en fait plus que Jazz, Spheres est surtout truffés de guitare MIDI et d’effet vraiment foirés. La base, metal, des compositions est assez pauvre et basique, souffrant d’un cruel manque de dynamique, de personnalité et sentant le bâclage. La base metal donc sert d’excuse a des pignoles guitaristiques (pas trop en fait et pas de quoi éjaculer au plafond) et surtout claviéristiques (je sais ce ne sont pas des claviers) foirés et foireuses. Rejetant clairement le metal mais obligé d’en pratiquer, par manque de technique et parce qu’il faut bien une base rythmique pour faire de beau soli et utiliser surtout sa jolie guitare MIDI et ses effets, messieurs Mameli et Uterwijk ont oublié que le metal se devait d’être intense, captivant et dynamique. Et pas la peine de brandir un « Spheres », un « Personnal Energy » ou un « Mind Reflections » qui s’avèrent à la première écoute presque attirant mais dont un déshabillage met à jour le coté bateau et finalement trop frileux (paradoxe) de Pestilence…

Bref un album qui nous fait subir le passage (l’évolution si l’on a rien compris à ce qu’il se passe vraiment) d’un style à un autre par un musicien pas à l’aise dans ses baskets et au goût douteux (sincèrement les effets MIDI sont casse bonbons les trois quart du temps). Bref ce truc est aussi utile à la musique que le new age l’a été à la philosophie. Ok Ok il y a des dissonances et des progressions typiques à Pestilence qui peuvent être sympa…et après ?…ok la guitare midi dans le death ça ne s’était jamais vu …et alors ? Au final ça donne un style clavier/ambiance futuriste le tout en plastique (pas en carton…j’ai dit que c’était futuriste les gars). Le summum sur 3 instrumentaux absolument nuls, surtout celui du bassiste, dont on attendait plus étant le seul vrai musiciens du lot (le death il connaît pas).

Qu’on n’appelle pas ce genre de bouse évolution, après si on veut jouer sur les mots, c’est sur, ce n’est plus le même groupe que sur Malleus Maleficarum. Mais bon, coller 2 ziques différentes c’est facile (d’un point de vue idée mais pas technique certes) encore faut-il fluidité et un gros travail/feeling pour unifier tout cela dans un bloc homogène et crédible. Qu’on ne me dise pas que Mameli éclate les frontières et mêle deux styles alors qu’il a le cul entre deux chaises (bancales tant il rejete la chaise death metal et tant il n’est pas non plus monstrueux coté modern jazz)…A coté d’un Cynic, vraiment ambitieux, où toutes les influences se mêlent pour faire un style musical cohérent et consistant (et encore pas tout le temps et puis vocalement il y a cet ingrédient « new age » bizarre : des voix claires trafiquotées un peu « niaisifiantes »), Pestilence et son leader complexé nous assènent un death technico progressivo gerbito qui n’a de fonction que celle d’être une thérapie pour Mameli qui a du comprendre qu’il ferait mieux de solidifier son bagage musical (théorie du modern jazz) et d’enfin pratiquer son amour musicale en se débarrassant du death. Coté jazz/fusion le monsieur n’invente rien (c’est mauvais) coté death c’est électroencéphalogramme plat. Qu’on m’explique donc alors ce que ce disque a inventé ? Il a juste permis à ceux qui allaient aimer les belles guitares MIDI, dont on fait les bande son de série de science fiction de 3eme zone, mais qui ne le savaient point (les refoulés) de le découvrir, un peu comme un séjour scout chez ce gentil curé aimant beaucoup les petits enfants éveillent aux amours backroomesque. Si cette découverte est, je n’en doute pas, marquante pour le fan, ce n’est pas pour autant que la mixture que nous sert Pestilence sur ce Spheres l’est pour la musique, ne confondez pas tout s’il vous plait messieurs les fans de Pestilence : un grand pas pour vous n’est pas forcement un grand pas pour la musique bande de mégalo…

Pour résumer et au cas ou vous n’auriez toujours pas compris, Mameli grand impatient aurait mieux fait d’arrêter de sortir des albums après Consuming Impulse (ou Testimony Of The Ancients, je ne me battrais pas sur ce point, je ne suis pas non plus de mauvaise foi) et de reconnaître que le metal n’était plus son truc. Ensuite il bosse son modern jazz pour enfin pondre un truc qu’il aime à 100% au lieu de planquer son inaptitude et un recours aux effets sans queue ni tête après un bide derrière l’intolérance, certes réelle, des fans de metal. Mais là pour le coup rien à voir avec l’intolérance quand c’est mauvais c’est mauvais et on se tait !

Et puis en fait je vois pas trop ce qu’il y a de jazzy là-dedans…Heureusement, nos amis, long à la détente ont splitté pour enfin formé des projets de jazz fusion…ouf

En tout cas Spheres est un coming out à oublier rapidement…dommage pour un groupe d’une telle qualité jusqu’ici…