PARAMAECIUM - Within the ancient forest - 1996 ( Autoproduction )

Track List

1 In exordium
2 Song of the ancient
3 I am not alive
4 The grave, my soul
5 Gone is my former resolve
6 Of my darkest hour
7 Darkness dies

14/20

Trois notes de piano trop mignones et surtout trop pieuses pour être honnêtes introduisent un chant clair parfaitement en accord avec elle. C'est fou ce qu'il a l'air gentil et sympa ce gars quand il chante ! On est en plein Bisounours Land ! C'est le premier titre "In Exordium" qui tourne. Bizarre quand on se souvient de l'intro de l'album précédent (une des meilleures et des plus mémorables intros du metal tout simplement) Mais attendez... "In exordium" va rester joli tout plein jusqu'à la fin ? Oui. Quand l'électricité arrive, c'est juste pour prendre le relai du piano du début dans le même registre, le chant atteint des sommets de bisounourserie sur les refrains, surtout le dernier qui, évidemment, est supposé faire mieux que les autres. Entendons-nous bien, cette chanson est réussie, et en plus, ce que tu ne sais pas encore forcément cher lecteur, elle s'intègre parfaitement à la logique de l'album, qui est un des ensembles les mieux construits et les plus cohérents qu'il m'ait été donné d'entendre. C'est sans doute ce qui lui vaut de concurrencer l'album précédent "Exhumed of the earth" pour le titre de meilleur album de Paramaecium dans le coeur des fans. Mais le deuxième titre va commencer...

Ah ! Voilà la grosse voix ! Un broarglurgh death ultra profond et presque compréhensible sur un fond de guitares qu'on connait bien introduit "Song of the ancient". Ce fond de guitares rappelle celui de Exhumed of the earth : le son est ultra ample, il sent bon la verdure, la pierre, la forêt, le grand air et un doom metal qu'ont aurait débarrassé de ses mauvaises graisses sans pour autant l'avoir forcé à suivre un régime. Mais cela ne dure pas plus de vingt secondes, le morceau continue et se termine, enfin il continue dans un premier temps puis il se termine beaucoup plus tard parce qu'il est long le bougre, dans un style très doom mélo, avec un chant féminin, beaucoup de mélodie, et une lourdeur purement formelle dans les grattes. C'est déjà nettement moins niais que "In Exordium" mais je ne reconnais toujours pas MON Paramaecium. Puis pourquoi c'est si long ? En ouvrant le livret on comprend. L'album va de paire avec une nouvelle écrite par le vocaliste du groupe, qui n'est pas donnée avec le disque (faut pas rêver), et vu les pavés qui figurent dans la section "paroles", on a l'impression, à tort ou à raison, que ceux-ci sont tout simplement des extraits de la nouvelle ! Les pistes sont donc très chargées en chant, et allongées un peu artificiellement pour tout caser. En fait c'est dommage, car cela explique que les musiciens ne s'éclatent pas autant sur leurs instruments que dans Exhumed of the earth, et vu ce qu'ils sont capables de faire quand ils s'éclatent... m'enfin tant pis.

"I am not alive"... l'intro au clavecin fait vraiment craindre le pire, l'arrivée de la voix féminine, sur un passage vraiment magnifique au demeurant, produisant un effet comparable à l'explosion du début de Exhumed of the earth, avec un petit côté "Dieu est dans ce disque" en plus, enfonce encore le clou. Mais d'un autre côté ça sonne super bien. Seulement ce passage de chant féminin est en fait un attrape couillon ! A peine arrivé est-il déjà reparti, et revoilà alors le bon doom / death des familles, limite pataud en comparaison de ce qui précède mais on ne va pas se plaindre, car on n'y croyait plus. C'est qu'on a eu peur quand même. Ca sent toujours la forêt et le grand air, mais cette fois vu sous un angle plus sombre. Ca parlerait de trahison, de doute, de malheur, de tentation que ça ne m'étonnerait pas. En tout cas le riffing est bien viril, le rythme presque entêtant à certains moments, la voix death chargée d'impuretés (oh les mauvais chrétiens !) et la voix claire, un peu précieuse et gauche, semble bien dégoutée. Là je reconnais MON Paramaecium, mais le titre est trop long. Pavés de paroles à la con ! C'est un choix qu'a fait le groupe, un choix qui a engendré un album très particulier, très intéressant, mais je n'arrive pas à y adhérer autant qu'à Exhumed of the earth.

"The grave, my soul", Voilà une intro bien sombre, cédant la place à des riffs non pas simplement rampants mais développant vraiment bien dans la durée la sensation du mal rampant et diffu, ou encore celle d'une quête (spirituelle ?) difficile et de longue haleine. Ce titre en plusieurs parties nous entraîne successivement dans différents états mentaux de plus en plus compliqués, peut-être de plus en plus épuisés aussi, et on a l'impression de toucher enfin à une sorte de vérité quand l'outro interminable commence. Cette outro au violon sur squelettes de guitares est d'ailleurs aussi mélodieuse que profonde et sombre.

Oui mais l'intro de "Gone is my former resolve" est encore plus sombre. Quoique moins tourmentée aussi. Mélancolique tout au plus. Pleine de sons de guitares en bois qui scintillent dans le noir aussi... et de vocaux clairs ultra graves qui semblent venir de la terre... c'est presque berçant mais sinistre quand même. S'en suit alors un beau et long moment d'énervement général, introduit par deux notes de chant féminin inutile et grossier. Tout le monde s'emballe, à commencer par le rythme, et il faut un peu s'accrocher car c'est très différent du reste de l'album. Ca sent la lutte, mais la lutte bien chaude, avec beaucoup d'action, des décisons rapides à prendre, un adversaire coriace, etc. La conclusion de la chanson sera donc logiquement très calme et tragique, pleine de mélodie, avec un duo mÔle / femelle ma foi assez réussi, c'est à dire qui évite à peu près le ridicule quasi obligatoire en la matière.

"Of my darkest hour" porte bien son nom, le début est le plus plombé et le plus noir de tout le disque, l'intro bien chargée met à genoux, et ensuite le chant et la rythmique nous malmènent de concert, puis on entend un solo de flute flippant et mystérieux (tiens ça nous rappelle des souvenirs au passage), puis c'est déjà le moment d'annoncer le dénouement et la conclusion, qui ont des faux airs du morceau précédent, mais avec quelques passages plus heureux accompagnés d'un chant clair un peu niais (encore !) La lumière réapparaît peu à peu. Il faut dire que depuis le début du disque, et modulo quelques petites variations à contre-courant, la musique des Australiens n'avait fait que devenir de plus en plus sombre et de plus en plus chargée en fréquences appréciées des doomsters. Il faut dire aussi que, depuis l'intervention féminine quasi miraculeuse du début du troisième titre, véritable étoile filante (attrape couillon), cet assombrissement avait pris une tournure bien sévère.

Ce n'est donc pas un hasard si "Darkness dies" (bon titre pour un groupe chrétien), le dernier morceau qui ressemble à une outro géante, est une peinture remarquable mélangeant clarté et obscurité, bourrée de petites interventions qui tirent dans un sens ou dans l'autre, mais qui concourrent au final à une sorte d'équilibre bouleversant de justesse. Ce n'est pas un hasard non plus si "Darkness dies" est introduit par une chouette partie de chant féminin attrape couillon. Saleté d'album ! Pendant deux fois trente secondes on tutoie le paradis, et le reste du temps on regarde, impuissant, la terre s'assombrir.