PARAMAECIUM - Exhumed of the Earth - 1993 ( Autoproduction )

Track List

1 The unnatural conception in two parts -- the birth and the massacre of the innocents
2 Injudicial
3 The killing
4 Untombed
5 The voyage of the severed
6 Haemorrhage of hatred
7 Removed of the grave

16/20

Ca commence comme une intro de metal triste se prenant au sérieux, avec notamment une voix féminine lyrique qui ne dit pas grand chose, puis très vite une section rythmique à mi-chemin entre doom death sans fioriture et hypnose sévère occupe la place, prend son temps de prendre toute la place, et revoilà la voix féminine du début, et cette fois elle chante, pas longtemps mais avec une intensité rare, le contraste avec les guitares lourdes et rugueuses qui poursuivent leur travail de laminage du cortex explosant comme une évidence, comme un truc que, inconsciemment, on espérait entendre un jour... il faut cinq bonnes minutes avant que la chanson ne démarre vraiment, peu avant l'arrivée d'une voix death ultra profonde mais très audible. C'est le premier titre du premier album de Paramaecium, cette chanson est une magnifique pièce épique de doom death. Le morceau est très audacieux, les guitares alternent intelligemment entre agression, grandeur, mélodies résiduelles, harmoniques légèrement amères. On est transporté loin, très loin, en d'autres temps, d'autres lieux, sans doute dans une communauté chrétienne ancienne (ouais Paramaecium est un groupe chrétien, si ça t'emmerde passe ton chemin) et l'intermède mélodieux au milieu, avec un violon rassembleur et plein d'énergie plutôt que misérabiliste et grinçant, nous montre qu'on n'est pas ici dans un terrain déjà largement exploré. Par exemple comparer les parties les plus atmosphériques de Paramaecium, chargées autant que leurs grosses guitares d'un esprit imposant et conquérant, à des groupes cul-cul gogoth mielleux, serait... inapproprié. Bref. "The unnatural conception...", c'est seize minutes et cinquante-neuf secondes de découverte et de jouissance totale!

Deuxième titre, "Injudical": c'est beaucoup plus court, plus rapide. Bizarrement construit aussi. Honnêtement ce titre n'est pas terrible, Paramaecium est plus à l'aise dans un style allongé (non pas un style à la Type-O bande de petites vicieuses!) Ce morceau semble fait pour donner tout le temps une sensation d'agression, et ce alors même qu'un fond chargé en mélodies plus positives que sur le reste du disque (pour ne pas dire carrément enjouées) ne s'arrête que lors du passage central plus lent, passage central banal qui semble n'être là que pour nous laisser respirer. Peut-être le groupe a-t-il voulu mettre tout le monde sur le cul grâce au contraste agression / mélodie, mais le résultat est moyen car les deux ne se mélangent pas bien et car il est difficile de se focaliser sur l'un ou sur l'autre sans perdre le fil de la chanson.

Troisième titre, "The Killing": on sent dès les premières mesures qu'une morosité et un vide abyssal vont s'installer... et on ne se trompe pas... les grognements gardent leur force mais semblent lassés de tout, résignés. Le tempo est celui d'une marche funèbre par une nuit d'orage, les note s'étirent déraisonnablement à chaque fin de phrase, suffisamment pour qu'on se demande où on va, puis la chanson gagne progressivment en simplicité et en cohérence en même temps qu'elle devient de plus en plus noire. Les vraies abysses musicales sont là. Même la flute malsaine qui scintille dans le noir fait office de lune lointaine et ne joue que pour nous faire réaliser à quel point on a sombré dans la nuit.

Quatrième titre, "Untombed": une intro en pierre grossièrement taillée, avec du riff bien ombrageux, et voilà qu'on imagine qu'on va avoir droit à un morceau de doom death quasiment atmosphérique quoique bien lourd, mais en fait pas du tout: avant une conclusion qui ressemble en effet un peu à ça, la chanson alterne agressions speed meurtrières de très haut niveau et passages plus lents presque headbangatoires, finalement metal avant tout, c'est à dire avant d'être doom ou death. D'ailleurs Paramaecium a bien fabriqué son (propre) style à partir de références purement métalliques. A l'écoute de chacun des quatre albums sortis à ce jour ainsi que du mini CD "Repentance" on ne pourrait en douter. C'est peut-être pour cela que sa production n'a pas encore vraiment atteint les fans de "post-hardcore" ou ceux de My Dying Bride, groupe à qui on les compare parfois pour la simple raison discutable qu'ils ont un violon et qu'ils mettent de la mélodie dans leur goudron. Remarquez cependant que pour la mélodie il vaut mieux écouter un des albums suivants, en particulier "A time to mourn" qui a tout pour séduire un public très large.

Cinquième titre, "The voyage of the severed": L'intro dure quatre minutes. C'est un assemblage de riffs, lourdement répétitif mais également bourré de petites subtilités, de sonorités justes et de la progression juste, qui fait la différence entre une vraie leçon de grand doom death épique et de la branlette minimaliste de gamin dépressif et conceptuel. Le passage qui suit est juste hallucinant. C'est rapide, couinant, le chant s'emporte, on ne comprend plus rien puis tout ralentit dans une sorte de gros break d'anthologie et la conclusion logique, j'ai bien dit logique, de tout cela, est une échappée soudaine, un moment de libération à rester bouche bée. Mais ce n'est pas fini car, avant de se terminer, "The voyage of the severed" passe par un dégradé de grisaille aboutissant à une fin pleine de regrets et de larmes, dont la guitare lead se montre éloquente comme ce n'est pas permis. Et là franchement on se dit que c'est toujours bon pour des musiciens de bien maîtriser leurs instruments, que c'est important quand on s'autoproduit d'arriver à obtenir un son aussi bon et aussi PUISSANT que ça, et qu'il n'y a pas de raison pour que le doom fasse exception à ces règles de simple bon sens (amateurs suivistes si vous passez par là...)

Sixième titre, "Haemorrhage of hatred": une chanson chargée de souffrance, de guerre, de mort, d'esprit vengeur, et comportant quelques sons pas très catholiques (désolé j'étais obligé de la faire celle-là) J'aime l'atmosphère ultime de "Haemorrage of hatred", les choeurs désincarnés à la fin des couplets, les accélérations de cimetière (tiens c'est marrant, on aurait plutôt employé cette expression pour des ralentissements), et les moments bien embrasés sous un ciel rougeoyant.

Dernier titre, "Removed of the grave": l'intro de ce morceau est juste géniale. C'est dingue à quel point ces sons de guitare en bois peuvent pleurer et ensorceler à la fois, surtout quand la flute s'en mêle et atteint des sommets dans tout un tas de sensations déjà évoquées le long de cette chronique. Mais une fois de plus on n'était pas au bout de nos surprises. Les couplets mélangent le chant death à des vocaux féminins cette fois pas lyriques du tout, plutôt fantômatiques et incantatoires en fait. Toute la chanson est une suite de délires inquiétants, où en entend pêle-mêle des harmoniques folles, des riffs à rebrousse poil, des vocaux semblant contempler et juger le reste du dessus, etc, mais ce n'est pas non plus un seul instant de la branlette pour cuistres. Et là aussi il s'agit de simple bon sens.