OPETH - Blackwater Park - 2001 ( Music for Nations )

Tracklisting:
1- The leper affinity
2- Bleak
3- Harvest
4- The drapery falls
5- Dirge for November
6- The funeral portrait
7- Patterns in the ivy
8- Blackwater park

10/20

Que se serait-il passé si ce disque avait été enregistré par un autre groupe qu'Opeth, peu de temps après la sortie de l'album Morningrise en 1995? Mikael Akerfeldt et ses acolytes d'alors auraient sans doute crié au plagiat. Mais oublions un instant ce scénario de fiction pour revenir à une réalité décidément bien difficile à comprendre. Car Blackwater park n'est pas l'oeuvre d'un groupe de troisième zone qui aurait trop écouté Opeth mais bel et bien un bébé d'Opeth lui-même, donc d'un groupe de seconde zone seulement. Bien difficile à comprendre donc que ce cinquième album souffre autant de la comparaison avec ses aînés. On n'y trouvera nullement la fougue d'un "April ethereal" (de l'album My arms your hearse) par exemple.

On peut comme suggéré plus haut remonter le temps jusqu'à Morningrise. La démonstration n'en est alors que plus cinglante. Le deuxième album de la formation occupe en effet une place privilégiée dans le ciel metal, bien que les adeptes d'un metal strictement métallique passeront leur tour. Ses ambiances forestières ou lacustres, ses intérieurs de vieilles maisons d'artisants habitées, ainsi que ses guitares acoustiques aux sons de bois naturel ou travaillé, distinguent un metal discrètement pastoral des tentatives souvent grotesques échaffaudées par d'autres groupes. Morningrise n'est cependant pas une réussite stylistique parfaite. A cause de longueurs et d'un niveau d'inspiration inégal, il reste difficile à ingurgiter à la fois attentivement et entièrement. Par ailleurs, le chant clair, en dépit des qualités de son timbre, ne peut faire oublier ses limites. Quant aux vocaux death, ils m'ont toujours semblé trop lisses pour accomplir leur mission, même si cette propreté, cette absence de défaut, pouvant être prise pour de la beauté, plait logiquement au plus grand nombre. Opeth, trop propre? Cela aurait dû nous mettre la puce à l'oreille. Le Opeth cuvée 2001 qui nous intéresse ici a fini par arriver, séduisant plus de fans que jamais. Mais des fans aux goûts souvent infects, de véritables groupies qui, avec le temps, restent des incultes auxquels on ne peut confier, au mieux, que les régions du ciel déjà largement explorées. Cela aussi aurait dû nous mettre la puce à l'oreille.

A l'écoute de Blackwater park, le constat est en effet mitigé. Le son? On dirait Porcupine tree. Il faut dire que c'est Steven Wilson (leader de) lui-même qui a assuré la production. Elle est donc très propre, trop propre, excessivement propre, propre comme si, très malade, elle faisait l'objet de soins intensifs. Les passages calmes? Otez-leur les traces encore visibles de l'ancien Opeth, et il reste quelque chose qui ressemble trop à... ben... Porcupine tree. Ou trop à Flower Kings. Marrant que personne n'ait à ma connaissance fait ce dernier rapprochement. Quelques passages pourraient pourtant être collés quasi tels quels dans la prochaine livraison des auteurs de "Stardust we are". "Et alors quoi? Ils sont pas bien ces groupes?" Certes, ils figurent sans doute parmi les plus intéressants de toute cette vague de prog populaire édulcoré qui cartonne depuis la fin des années 90. Mais cela ne fait pas d'eux les 8ème et 9ème merveilles du monde pour autant. Alors quand Opeth se met à sonner comme une métallisation sans conviction de ce même prog populaire, je dis non. Métallisation sans conviction... c'est exactement cela! On a l'impression que Opeth n'avait plus envie de garder des éléments metal dans sa musique, mais qu'il s'est forcé à en mettre quand même, par habitude, ou par manque de courage, voire par manque d'intégrité artistique, et qui plus est sous une forme qui rappelle fortement ce style justement controversé qu'est le "death" mélodique. Et qu'est-ce que le "death" mélodique, si ce n'est un metal sans conviction, trompeur, proposé par des individus fatigués de jouer du metal, ou qui n'en ont jamais joué? Blackwater park réunit certaines tares du style: sophistication inutile et superficielle, compos mijotant dans leur mauvaise graisse, par-terre d'émotions sans texture tapissé grossièrement de cette même mauvaise graisse, etc.

Attention cependant car ce n'est même pas mauvais. Opeth reste Opeth. Leur musique a juste perdu autant en inspiration - inspiration au sens de refus du terne et du concensuel, ou d'écart avec l'air du temps - qu'elle a gagné en artifices qui tiennent de l'erreur de goût. Une phrase de conclusion qui résume tout, et qui en même temps dévoile les clés du succès actuel d'Opeth, s'impose d'elle-même. Elle est ici livrée dans l'espoir qu'un lecteur inculte qui se serait égaré sur notre site, après l'avoir lue et relue une bonne cinquantaine de fois, commence à enfin comprendre quelque chose à quelque chose:

"Blackwater park est une métallisation sans conviction du prog édulcoré d'aujourd'hui." (x50)