OBITUARY - Cause of Death - 1990 ( Roadrunner )

Tracklisting :
1. Infected
2. Body Bag
3. Chopped In Half
4. Circle Of The Tyrants
5. Dying
6. Find The Arise
7. Cause Of Death
8. Memories Remain
9. Turned Inside Out

17/20

Le death metal, c’est littéralement le metal de la mort. Beaucoup de groupes parlent de la mort, s’acharnant à la décrire comme une chose horrible, horrible de par l’état de tristesse qu’elle induit, ou bien la violence impitoyable devant laquelle on ne peut être qu’impuissant, ou encore de par l’aspect dégoûtant d’un corps mutilé ou pourrissant…

Autant de façons d’évoquer la mort quoi. Mais Obituary n’évoque pas la mort. Obituary ne porte pas de jugement de valeur sur la mort. Obituary est parvenu, sur cet album, à rien de moins que personnifier la mort. Comment ? Il y a d’abord le son : il est tellement massif, compact, précis et agressif qu’il se suffit à lui même. Une des particularités de cet album est qu’il est parsemé de longs passages instrumentaux où il se passe…rien. Juste des riffs, nus, sans solo, sans voix. Ce n’est plus de la musique, mais un squelette de musique, aussi sec et dépouillé que les représentations de la Faucheuse dans les gravures anciennes. Pile au moment où on commence à être hypnotisé par ce dénuement qui met si bien valeur le son aussi pur et limpide qu’un os parfaitement nettoyé de sa chair, il se passe quelque chose d’indescriptible, une poussée incroyable d’adrénaline qui matérialise dans le pauvre esprit de l’auditeur, qui ne se sent déjà plus exister, une rage déchirante : il s’agit en fait de la voix de John Tardy, une voix d’une intensité telle qu’elle est n’est supportable que dans le cadre d’une utilisation ponctuelle. Ce ne sont pas des lignes de chant, ce sont de pures décharges d’énergie, parcimonieusement réparties sur les morceaux comme pour en économiser l’effet (et nos capacités auditives par la même occasion) et donc les rendre précieuses. Une voix qui donne littéralement la chair de poule, qui fait froid dans le dos, on ne peut pas parler de timbre pour une voix comme celle là, il faut parler de grain, comme pour les power chords des guitares sur-heavy de Trevor Peres. La seule once d’humanité, voire de vie présente ici vient des soli mélodieux d’un James Murphy à la limite du hors sujet mais dont les interventions contrastées permettent au reste du groupe d’échapper à la caricature de la surenchère de morbidité à laquelle s’adonnent de nombreux groupes actuels en mal d’inspiration.

La mort donc. Elle prend forme, se matérialise au gré des moments les plus intenses d’un disque déjà anormalement intense, comme sur ‘Body Bag’, le final de ‘Dying’, ou encore le refrain de ‘Memories Remain’. Même la reprise de Celtic Frost, influence avouée mais digérée, est épuisante. Peu d’albums de death metal sont à ce point physiques à écouter, on en ressort crevé. La remasterisation aura vraiment apporté un plus à ce disque qu’on a rapidement classé dans le death basique old school, qui visait soi disant un public adolescent à cause du caractère basique et répétitif du style d’Obituary. L’adolescent que j’étais moi-même dans les années 90 ne pouvait pourtant pas encaisser un groupe comme Obituary. C’était trop lent, pas assez technique, pas assez flashy. La notion de désespoir n’est en réalité saisissable dans toute sa profondeur que par un sujet adulte. Alors que les autres groupes de death metal s’acharnaient à faire de la mort le décor de leur fantasmes soit mythologiques, soit larmoyants ou gores, mais dans tous les cas imaginaires, romancés, grandiloquents, Obituary tentait à l’inverse de décrire la mort dans ce qu’elle a de plus banal, réel et évident. En ce sens, et en dépit de la linéarité de sa musique qui confine au monolithisme, Obituary fut et demeure unique.

‘We’re dying for our souls to learn’ - Nous mourrons pour que nos âmes puissent apprendre.