NOCTURNUS - The Key - 1990 ( Earache )

Tracklisting

1.Lake Of Fire
2.Standing In Blood
3.Visions From Beyond The Grave
4.Neolithic
5.Undead Journey
6.Before Christ / After Death
7.Andromeda Strain
8.Droid Sector
9.Destroying The Manger
10.Empire Of The Sands

19/20

En 1990, alors que le death metal est en pleine effervescence, (Morbid Angel, dominateur, prépare son "Blessed Are The Sick", Death, revanchard, concocte "Human", Pestilence, ambitieux, peaufine son "Testimony Of The Ancients", Atheist, endeuillé, enregistre l'immense "Unquestionable Presence", etc…), Nocturnus fait une entrée fracassante au cœur de la scène extrême en faisant voler en éclat tous les préjugés et toutes les limites du style. En effet, le combo est le premier du genre à bousculer les conventions et à oser utiliser un clavier à temps plein. L'instrument était alors rejeté en bloc par les thrasheurs de l'époque pour qui le synthé était l'accessoire de fiottes réservé aux groupes pour (et de) midinettes échaudées comme Whitesnake ou Europe.
"The Key" devient donc très vite l'étrange attraction du moment, l'album dont tout le monde se méfie, avant de s'imposer finalement comme un monstre de death metal mettant les plus sceptiques, irréductibles puristes, à genoux.

En effet, l'instrument par lequel la polémique arrive est parfaitement incorporé aux compositions du groupe et Louis Panzer crée des atmosphères incroyablement prenantes, conférant à l'œuvre un parfum de science fiction totalement inédit, un peu comme si L'Ange Morbide copulait avec Alien. Nocturnus ne se contente pas des intros superbement évocatrices qui habillent tout l'album mais incorpore le clavier au cœur même de ses compos, le fait participer aux riffs et n'hésite pas à lui laisser le champ libre afin qu'il devienne un élément essentiel de la musique du groupe.
"The Key" est par conséquent l'un des rares albums de death metal à proposer à qui veut s'en donner la peine, la possibilité de s'immerger totalement dans un univers différent, unique, de se laisser envahir par une ambiance originale que le groupe s'évertue à développer avec brio. Fermez les yeux et évadez vous dans un monde d'anticipation malsaine au cœur duquel Ripley ne serait certainement pas dépaysé.

Non content d'avoir ouvert une brèche de taille dans le style, Nocturnus s'avère être un groupe techniquement très largement au-dessus de la moyenne comme en témoigne magistralement le travail de Mike Davis et Sean Mc Nennery, deux guitaristes hors pair qui assènent des solos incroyables, (qui le seront encore plus sur le second album du groupe), disséminés un peu partout dans les morceaux. Qu'il s'agisse de longues tirades mélodiques épiques ou d'interventions fulgurantes, les six cordes sont contrôlées par deux virtuoses et nous laissent systématiquement sur le cul.
Le song writing est également très impressionnant, aucun temps mort ne vient gêner l'écoute, chaque mesure est à sa place avec une fonction bien précise, écraser, surprendre, relancer, scotcher...La machine ne s'arrête jamais durant les dix titres et l'auditeur est littéralement emporté dans un impressionnant tourbillon de riffs abrasifs et tranchants, tout en précision. La précision justement est l'arme fatale de ces visionnaires, (dixit Kelly Schaefer de qui vous savez…non vous ne savez pas ? Bah, cultivez-vous !), Nocturnus agresse pleinement mais le fait en finesse, à l'aide de riffs diaboliquement aiguisés, d'une dextérité folle, ne souffrant aucune approximation.

Autre coquetterie, le chant est assuré par le batteur, fondateur historique du groupe, Mike Browning (qui officia également chez Morbid Angel). Cette singularité assure des lignes de "chant" très rythmiques, mécaniques, presque robotiques qui collent parfaitement à la musique futuriste du groupe. Le trait est encore accentué quand la voix est filtrée dans divers effets, et semble produite par les cordes vocales artificielles d'un être synthétique ("Droid Sector", "Empire Of The Sands").

"The Key" est l'une des pierres angulaires de l'édifice (techno) death metalique et se savoure toujours avec le même plaisir 15 ans après sa sortie. Earache ayant eu la bonne idée d'offrir à ce chef d'œuvre un remastering bienvenu, le son reste parfaitement actuel même si les plus cons, ceux qui aiment bouffer du plastique, seront déçus de ne pas entendre une de ces misérables batteries triggées à mort qui ternissent les albums déjà ternes de Behemoth et consorts.
Si vous n'êtes pas convaincu par cette chronique, achetez-le quand même, vous serez convaincu par ce disque. Ne pas passer à côté, c'est tout ce qui importe.