NILE - Annihilation of the Wicked - 2005 ( Relapse Records )

Tracklisting :

1 Dusk Falls upon the Temple of the Serpent on the Mount of Sunrise
2 Cast Down the Heretic
3 Sacrifice Unto Sebek
4 User-Maat-Re
5 The Burning Pits of the Duat
6 Chapter of Obeisance Before Giving Breath to the Inert One in the Presence of the Cresent Shaped Horns
7 Lashed to the Slave Stick
8 Spawn of Uamenti
9 Annihilation of the Wicked
10 Von Unaussprechlichen Kulten

17/20

Quatrième livraison du phénomène Nile qui dévaste depuis quelques années maintenant la scene death metal et envoie en pré retraite nos vieux, usés, visiblement dépassés par le prodige; ainsi Morbid Angel se fait dévorer, Cannibal Corpse se fait écraser, le stagnant Immolation se fait distancer et les autres regardent le train passer..

Quatrième album donc et premier constat, inquiétant peut être, les atmosphère qui firent la gloire du groupe se font beaucoup plus discrètes cette fois-ci, hormis la très suggestive intro de l'album et le court instrumental "Spawn Of Uamenti", magnifiquement évocateur, point de ces développements tout en ambiances auxquels nous avaient habitué Nile sur ces précédentes réalisations. Heureusement l'atmosphère "pharaonique", moteur du combo, n'a absolument pas disparu. Elle ne nous est simplement pas exposée de façon aussi évidente que par le passé mais s'infiltre un peu partout au fil des morceaux et fini par hanter totalement ce nouvel album. Témoin de ce travail de dissémination "Usar-Maat-Re", ses premières mesures ensorcelantes et son final berceau d'interventions guitaristiques incroyables, lead très simples mais parfaitement maîtrisées d'une profondeur ahurissante.
Ajoutez à cela quelques effets du meilleur effet (hum), nappes synthétiques, percussions, voix lointaines déclamatrices et l'ambiance est posée !

Pour le reste, pas de surprises, toujours ces riffs nerveux, tout en palm mute, diaboliquement saccadés, qui s’étirent sur plus des 4 mesures habituelles et qui demanderont afin d’être assimilés, comme c’est la cas pour chacun des albums du groupe, un grand nombre d’écoutes attentives.
Si les guitares se font extrêmement lourdes et lancinantes sur "Usar-Maat-Re", qu'elles nous terrassent, puissantes, sur le plus accessible "Lashed To The Slave Stick" destiné à devenir l'un des futurs hymnes du groupe avec son "refrain" captivant à la mélodie entêtante, elles restent les pourvoyeuses de plans étonnement complexes que ces instrumentistes décidément doués n'hésitent pas à utiliser comme supports aux solos, composant ainsi des moments d'une richesse harmonique unique et propre au groupe.
Les duels de 6 cordes prodigieux auxquels se livrent Karl Sanders et Dallas Toler laissent pantois et émerveillent sur "Cast Dawn The Heretic" au cours d’un fantastique échange de politesses virtuoses de plus de 2 minutes ( !!!)
L’utilisation bien particulière des harmoniques artificielles est également l'une des marque de fabrique du combo, gimmick efficace que l'on retrouve sur bon nombre de compos ici et qui prend tout son sens sur le morceau titre "Annihilation Of The Wicked" qui est à lui seul un condensé de tout ce que Nile peut proposer, magnifique pièce massive de plus de 8 minutes témoignant à elle seule de toute la maîtrise stylistique dont est capable le groupe.
"Détail" non négligeable, le travail guitaristique est cette fois ci rendu beaucoup plus audible par la production plus claire que sur les albums précédents, les six cordes deviennent tranchantes et plus précises que jamais, moins noyées qu'elles ne l'étaient dans la masse sonore d'un "Black Seeds Of Vengeance" par exemple.

Venons en au sujet qui fâche, qui inquiète : Georges Kollias à qui revient la très lourde tâche de remplacer l'impressionnant Tony Laureano qui éclaboussa de talent "In Their Darkend Shrines" et qui depuis semblait définitivement irremplaçable…force est de constater qu'il ne l'était pas. Soyons directs, Kollias s’impose comme le nouveau batteur de Nile et apporte un surplus de puissance en évitant de remplir tout l’espace sonore comme pouvait le faire (à merveille) son illustre prédecesseur. Il sait se faire plus discret pour permettre, par exemple, aux riffs monolithiques du magistral "Von Unaussprechlichen Kulten" (10 mn , excusez du peu) d’exploser de toute leur lourdeur, permettre au rouleau compresseur "Lashed To The Slaves Stick" d'être aussi efficace, ravageur.
Aussi à l'aise dans les moments les plus rapides, et certains le sont vraiment (!!!) que sur les tempos beaucoup plus lourds il remplit à merveille le rôle qui lui était confié et évite au groupe de subir les désagréments que peut causer le départ d'un musicien comme Lauréano.
Kollias reste lui-même et marque avec beaucoup de classe et de talent cet album.

Nous ne le dirons jamais assez, Nile fait aussi la différence dans son concept ultra maîtrisé, tout le travail fourni pour proposer quelque chose de cohérent, de complet ne peut que forcer l’admiration et ne peut qu’aider l’auditeur à s’immerger totalement dans l’œuvre du groupe. Une fois de plus l'artwork est magnifique, une fois de plus Sanders fait l'effort pour chaque composition d'expliquer son travail, celui de tout le groupe, ses textes et ses inspirations dans un somptueux livret, véritable making of écrit de cet "Annihilation Of The Wicked"

Il semble malgré tout que Nile soit arrivé au bout de quelque chose et qu’un autre album dans cette veine serait peut être celui qui pourrait nous lasser. Le groupe fier d’une discographie actuellement sans failles devra faire l’effort de se renouveler quand l’heure de la composition du prochain opus sera venue. Espérons qu’ils passeront alors ce cap difficile, quand il s’agit de se remettre en question et de surprendre agréablement son auditoire. En attendant délectons nous de ce monstre de death metal brutal, technique, épique dense et intelligent ! Rien que ça.