NEUROSIS - Times of grace - 1999 ( Relapse )

Tracklisting:
1/ Suspended in light
2/ The doorway
3/ Under the surface
4/ The last you'll know
5/ Belief
6/ Exist
7/ End of the harvest
8/ Descent
9/ Away
10/ Times of grace
11/ The road to sovereignty

20/20

Comment donner suite à un monument tel que Through Silver In Blood ? Neurosis peut-il aller encore plus loin dans la tension et la violence tout en préservant son style ? Peu avant la sortie de Times Of Grace, les spéculations vont bon train. Comment cela va-t-il sonner. Déjà, on peut s’attendre à un changement de taille dans le son car Billy Anderson (Melvins, Eyehategod, Buzzoven), responsable d’une production dantesque sur les précédents albums, laisse sa place à Steve Albini (Nirvana, Shellac, Zeni Geva). Ça joue gros ! Comment Albini va traiter le son du groupe ?
Finalement Times Of Grace arrive sur nos platines. Le son a certes changé mais ne dessert en rien la puissance de Neurosis. Albini donne plus d’air, modifie quelque peu le grain des guitares, leur conférant plus d’espace tout en maintenant ce côté terriblement heavy qui est la marque de fabrique du groupe. C’est toujours très organique mais ça respire plus, c’est davantage lisible et clair.
Suspended In Light ouvre l’album. Intro instrumentale à la fois plombée et aérienne. Neurosis navigue entre deux eaux, le ton est donné. Les pieds embourbés dans l’univers terrifiant de Through Silver In Blood mais les bras levés vers le ciel, Neurosis ouvre véritablement les hostilités avec un The Doorway massif et teigneux, rappelant par moment les ambiances chaotiques d’Enemy Of The Sun. Sauf que ce coup-ci, le groupe ne plonge plus vers le fond mais cherche le passage vers un autre univers, moins sombre et froid que celui découvert sur Through Silver In Blood. La remontée se fait longue et difficile. Under The Surface emboîte le pas sur un fond de percussions et des cris plaintifs de Steve Von Till, jusqu’à que Scott Kelly reprenne sa guitare et le micro, secondant son acolyte démontrant la puissance dont peut faire preuve Neurosis. Et là c’est le tourbillon. On se retrouve entraîné par une force monumentale qui ne se calmera que le temps d’une pause orchestrée par des violoncelles avant de repartir de plus belle dans ce tourbillon. Vers la surface ? Peut être. En tout cas elle semble difficile à atteindre. Il faudra d’abord passer par l’épreuve qu’est The Last You’ll Know, bloc monolithique de lourdeur et de puissance, fantastiquement prenant et lancinant. Peut être le meilleur morceau de l’album. Les morceaux suivant continuent cette remontée, ou plutôt cette échappée du monde des angoisses mais l’ambiance générale reste sombre. On sent que Neurosis a passé un certain cap mais garde quelques séquelles de ses voyages passés. La surprise arrive avec Away, dont la première moitié acoustique avec Steve Von Till chantant de sa voix grave et claire nous fait passer quelques minutes d’un calme absolu avant que Scott Kelly ne rentre avec un riff très dépouillé, appuyé par une batterie elle-même éparse, tout en hurlant dans le lointain. Away, c’est le calme avant la tempête, c’est la période de gestation avant la (re)naissance, c’est le sourd grondement de la terre avant l’explosion qu’est Times Of Grace, énorme morceau titre laminant tout sur son passage, loup cracheur de feu en conquête d’un nouveau territoire. Ça y est, Neurosis passe franchement le cap, est quasiment arrivé en haut de la pente qu’il remontait laborieusement. Hymne à la vie ? A la manière de Neurosis, oui. Cet album est quand même spécialement dédié aux enfants des musiciens.
Times Of Grace aurait pu très bien conclure ce disque mais c’est mal connaître les San Franciscains qui se font un malin plaisir à laisser entrevoir des perspectives avec ce Road To Sovereignty, réponse au Suspended In Light du début. Affaire à suivre.