NEUROSIS - Through silver in blood - 1996 ( Relapse )

Tracklisting:
1 – Through Silver In Blood
2 – Rehumanize
3 – Eye
4 – Purify
5 – Locust Star
6 – Strength Of Fates
7 – Become The Ocean
8 – Aeon
9 – Enclosure In Flame

20/20

Cinquième album pour Neurosis. Enemy Of The Sun nous avait laissé dans un état de traumatisme avancé, laissé pour mort sur le parvis. La descente a cessé mais un nouveau monde, terrifiant, s’ouvre à nous. Through Silver In Blood en est la bande-son, avec toujours Billy Anderson derrière la console. Bruits industriels, boucles répétitives, rythmes tribaux, lourdeur écrasante, atmosphère suffocante. Le côté chaotique d’Enemy Of The Sun s’est effacé pour laisser plus de places aux ambiances plombées et entêtantes. Le côté hypnotique de Neurosis gagne ici en force. Le morceau-titre, qui ouvre l’album, nous aspire littéralement dans une véritable tourmente, suffisamment lente pour comprendre ce qui nous arrive mais suffisamment lourde et prenante pour nous empêcher de fuir. Les morceaux se font encore plus longs, encore plus incantatoires, terrifiants et angoissants. Et à la lecture des paroles, tourmentées et résolument tournées vers les profondeurs de l’âme, on comprend qu’on va passer une grosse heure très éprouvante. Le sentiment de trouble instauré par Enemy Of The Sun laisse place à une forme de peur, la peur de s’affronter et de se connaître soi-même. L’artwork, laissant deviner des icônes païennes, des arbres cérébraux, un oiseau mort dans son œuf et autres créatures effrayantes, conforte cette idée.
Musicalement, Through Silver In Blood regorge de morceaux fabuleux. Des titres comme Through Silver In Blood, Locust Star, le monstrueux Aeon et son passage instrumental épique ou encore Enclosure In Flame, morceau de fin d’une lourdeur à faire saliver de jalousie n’importe quel groupe de funeral doom sont de véritables joyaux provocant un véritable état second chez l’auditeur. A écouter seul, allongé, les yeux dans le vide. Steve Von Till et Scott Kelly redoublent d’intensité dans leurs joutes vocales, faisant transpirer tout le désespoir d’un monde. La voix monstrueuse de Dave Edwarson rajoute une couche de brutalité à cet ensemble.
Neurosis signe là son album le plus terrifiant, le plus sombre et le plus éprouvant. A cette même époque, le groupe enchaîne les tournées et les avis sont unanimes. Live, Neurosis est monstrueux, physique, organique. Un gars m’avait même dit que les voir en concert tenait davantage d’une expérience à laquelle le spectateur réagit plus ou moins bien, selon son état mental du moment. J’ai entendu dire ça de certaines drogues aussi.
Bienvenu dans les recoins les plus sombres de notre esprit.