NEUROSIS - The Eye of Every Storm - 2004 ( Relapse )

Tracklisting:
1. Burn
2. No River To Take Me Home
3. The Eye Of Every Storm
4. Left To Wander
5. Shelter
6. A Season In The Sky
7. Bridges
8. I Can See You

20/20

Neurosis obéit à une logique implacable. Sa logique. The Eye Of Every Storm, sa dernière offrande, ne me fera pas mentir. Cet album est celui auquel on pouvait s’attendre si on avait capté la démarche ascendante du groupe mise en branle dès Times Of Grace et confirmée par A Sun That Never Sets. Oui, cet album est d’une logique implacable dans la carrière des barbus mais Neurosis est bien plus fort et fin que ça, car The Eye Of Every Storm, malgré tous ses clins d’œil aux disques précédents et aux projets solos de Steve Von Till et Scott Kelly, parvient encore à surprendre son auditeur, et avec brio en plus.
Ouverture de l’album, les Californiens dérogent à la tradition de l’intro instrumentale. Démarrage sur les chapeaux de roue avec un Burn très rock dans le son (toujours signé Steve Albini) et le tempo. On n’en est pas encore à danser le yéyé mais on se prend à taper du pied et hocher de la tête. Evidemment, du rock joué par Neurosis, ça reste… neurosien. A savoir que même si le morceau reste très entraînant, on retrouve cette mélancolie propre au groupe et surtout ce savoir-faire du riff de fin de bâtard, imparable, diablement efficace. Et puis les voix… plus chantées que criées. Les projets solos se font sentir. La rage d’antan n’est plus là mais l’énergie perdure.
La suite de l’album se fait beaucoup plus calme et plus lourde. Neurosis fait ici un énorme travail sur les ambiances. Les riffs sont épurés, le clavier prend de plus en plus de place, la batterie disparaît même pendant des passages entiers (The Eye Of Every Storm, Bridges). Et puis il y a ces quelques riffs de fin, d’une simplicité outrageante, mais d’une telle beauté comme sur No River To Take Me Home ou Bridges. A les écouter, on en serait presque à penser que Dieu existe (j’ai bien dit presque à penser, faut pas déconner non plus) tellement c’est beau. C’est le genre de riff qui justifie la touche retour rapide et une multiplication des écoutes.
Neurosis s’essaye aussi à quelques passages drone du meilleur effet (Bridges) sans pour autant plagier les ténors du genre. Ces passages drone sont les passages les plus sombres et les plus tendus de l’album. Et quand je dis sombre, c’est sombre. L’œil du cyclone est certes l’endroit le plus calme de la tempête mais les turbulences se font sentir tout autour. Oui, Neurosis s’est assagit, vieillit, c’est indéniable. Que ceux qui attendent un Enemy Of The Sun II rentrent chez eux. Mais n’oublions pas cependant d’où ils viennent, ou reviennent. Rappelez-vous toute la période antérieure à Times Of Grace. Vous comprendrez pourquoi on sent toujours cette tension sous-jacente dans leur musique, même si maintenant elle se fait très aérienne, à l’image de leur artwork, épuré au possible (la version vinyle chez Neurot est d’ailleurs très belle).
Oui, l’évolution de Neurosis paraît logique, sans aucun doute. Nul groupe n’aurait survécu aussi longtemps à tant de tensions et de ténèbres sans s’y perdre. Bien que cet album soit très controversé, c’est cette lucidité qui me plait dans ce groupe. Cette capacité à se renouveler sans cesse tout en gardant son style, ses racines, mais de manière subtile. Cet album est grand, cet album est beau et mérite à mon sens la note maximale, que ce soit pour le disque dans son unité ou pour sa place dans une discographie quasi parfaite. Maintenant, on peut se demander quelle sera la prochaine sphère visitée par les 6 de San Francisco. En attendant, merci messieurs, 1000 fois merci.