NEUROSIS - Enemy of the sun - 1993 ( Alternative Tentacles )

Tracklisting:
1 -lost
2 - raze the stray
3 - burning flesh in year of pig
4 - cold ascending
5 - lexicon
6 - enemy of the sun
7 - the time of the beasts
8 - cleanse

18/20

Souls At Zero annonçait la couleur, ou plutôt l’absence de couleur. Enemy Of The Sun, un an après, enfonce le clou. Cet album est un condensé de colère et de frustration. Jamais un disque n’aura dégagé autant de tension. Pourtant, les premières notes de Lost laissent à penser que Neurosis calme légèrement le jeu. Mais le chant plaintif de Steve Von Till n’est qu’une invitation à poursuivre la descente aux abysses. S’éloigner à tout prix du soleil afin de mieux pouvoir l’embrasser quand le temps sera venu. En attendant, il faut descendre et laisser échapper sa rage. Neurosis poursuit sa marche en alourdissant encore plus le tempo, en simplifiant ses riffs quitte à des fois les réduire à de simples larsens ou harmoniques, laissant la basse et les percussions diriger la musique. Les riffs s’étirent et se répètent, se complaisant dans un certain systématisme, appelant l’auditeur à un état de transe, à ne faire qu’un avec la musique. La production, brut de décoffrage, signée Billy Anderson, retranscrit à la perfection le côté organique et crade du groupe. Cette descente n’en demeure pas moins tumultueuse même si Lost (cultissime morceau et véritable hymne) la débutait relativement calmement, malgré quelques coups de tonnerre à réveiller les morts. Le chant féminin de Raze The Stray laisse espérer une relative accalmie mais on est vite rappelé à la réalité, brutale, dérangeante, oppressante. La descente s’associe en voyage intérieur (Cold Ascending), lent et tourmenté. Neurosis se détache momentanément des questions relatives à notre environnement pour se tourner vers l’humain, ou plutôt plonger dedans. Enemy Of The Sun se vit alors comme une expérience mystique et traumatisante dont on ne ressort pas indemne, d’où notre perception de la musique se retrouve radicalement changée. Le voyage prend fin avec Cleanse, sorte de cérémonie rituelle s’étalant sur près d’une demi-heure de percussions hypnotiques et cris répétitifs. Serions-nous arrivés au centre de la Terre ? Serions-nous arrivés aux portes de notre conscience ?