NAKED CITY - Torture Garden - 1990 ( Earache ) / Radio - 1993 ( Avant )

TORTURE GARDEN : 1. Blood is Thin 2. Demon Sanctuary . 3. Thrash Jazz Assassin . 4. Dead Spot . 5. Bonehead . 6. Speedball . 7. Blood Duster . 8. Pile Driver . 9. Shangkuan Ling.Feng . 10. Numbskull . 11. Perfume Of A Critic's Burning Flesh . 12. Jazz Snob Eat Shit . 13. The Prestidigitator . 14. No Reason To Believe . 15. Hellraiser . 16. Torture Garden . 17. Slan . 18. Hammerhead . 19. The Ways Of Pain . 20. The Noose . 21. Sack Of Shit . 22. Blunt Instrument . 23. Osaka Bondage . 24. Igneous Ejaculation . 25. Shallow Grave . 26. Ujaku . 27. Kaoru . 28. Dead Dread . 29. Billy Liar . 30. Victims Of Torture . 31. Speedfreaks . 32. New Jersey Scum Swamp . 33. S & M Sniper . 34. Pigfucker . 35. Cairo Chop Shop . 36. Fuck The Facts . 37. Obeah Man . 38. Facelifter . 39. N.Y. Flat Top Box . 40. Whiplash . 41. The Blade . 42. Gob Of Spit

19/20

RADIO : 1. Asylum 2. Sunset Surfer 3. Party Girl 4. The Outsider 5. Triggerfingers 6. Terkmani Teepee 7. Sex Fiend 8. Razorwire 9. The Bitter And The Sweet 10. Krazy Kat 11. The Vault 12. Metaltov 13. Poisonhead 14. Bone Orchard 15. I Die Screaming 16. Pistol Whipping 17. Skatekey 18. Shock Corridor 19. American Psycho

18/20

Naked City est un projet monté par John Zorn, saxophoniste New Yorkais de son état et fondateur du label Tzadik, label que je connais pas trop mais à fonds dans la musique contemporaine/expérimentale plutôt tendance jazz/free. Les releases de ce label ont de quoi rebuter tout le monde sauf les plus fous ou alors ceux qui aiment se pignoler les méninges pour se parer de l’aura d’esthète pédant et incompris si utile pour briller en société. Tzadik est l’occasion pour Zorn de sortir un peu tout, et n’importe quoi parfois pour être franc, comme par exemple des groupes underground tarés Japonais, notamment Merzbow. Zorn n’a donc pas peur du bruit et du chaos, je dirais même qu’il aime ça. Zorn aime aussi faire du collage musical piquant à droite à gauche des idées, thèmes et inspirations et ce depuis ses premiers releases de la fin des années 1970.

En 1989 Zorn regroupe des musiciens fous comme lui, à savoir Bill Frisell à la guitare, Fred Frith à la basse, Wayne Horvitz aux claviers, John Baron à la batterie et parfois un hurleur débile Japonais (le « chanteur » des Boredoms hum hum) et monte Naked City se produisant live dans des débauches d’improvisation avant de passer aux albums pour une carrière courte mais productive, contrepartie logique de l’approche improvisation du groupe. Une idée des premiers forfaits live est donnée par le premier album éponyme. 26 titres en 55 minutes, 19 compos, des reprises de Ennio Morricone etc. Le délire est de mise tout comme l’éclate des limites et les mix détonant. Par contre c’est dans un carcan Jazz que s’exprime le groupe ici comme si ils se cherchaient encore pour ce qui concerne l’extrême pur et dur. Pour autant, le disque est de qualité et présente ce qui est pour moi une des composantes phare de de Naked City : le fun, le délire, le coté ludique. Coté qui contraste d’ailleurs pas mal avec les artwork dérangeant du groupe.

Mais tout ça ne vous dit quel genre de musique le groupe produit et je filerais une médaille à celui qui expliquera ça clairement. Bon…je tente…mais vous pas taper moi si moi pas clair…alors, pour moi Naked City c’est un surtout jazz explosif, hautement volatil, protéiforme et parfois brutal selon les albums. Naked City c’est aussi un sacré coté collage. Si vous regardez la pochette de « Radio », Zorn y liste ses inspirations pour chacun des titres de l’album que je m’empresse de les copier ici pour illustrer mon propos :

1. Asylum : Charles Mingus on Candid, Eric Dolphy, Paul Bley
2. Sunset Surfer : Bob Demmon + The Astronauts
3. Party Girl : Little Feat
4. The Outsider : Ruins, Booker T. and the M.G.'s, Colin Wilson
5. Triggerfingers : Ennio Morricone, Albert King, Chuck Brown
6. Terkmani Teepee : Orchestra Baobab, Terauchi Takeshi, E.M. Elanka
7. Sex Fiend : The Accused, The Meters, Yakuza Zankoku Hiroku
8. Razorwire : Tony Williams' Lifetime, Old
9. The Bitter and the Sweet : Anthony Braxton, Anton Webern's Six Bagatelles, Frank Sinatra, Morton Feldman
10. Krazy Kat : Carl Stalling, Igor Stravinsky
11. The Vault : The Melvin's, The Beatmasters, Septic Death, Hellfire, Leather Folk (the book)
12. Metaltov : Abe Scharz, Ivo Papasov, Naftule Brandwien
13. Poisonhead : Repulsion
14. Bone Orchard : Led Zeppelin, Akemi and Jagatara, Bernard Hermann
15. I Die Screaming : Santana, Extreme Noise Terror, Conway Twitty
16. Pistol Whipping : Agnostic Front, Seige
17. Skatekey : Ornette Coleman, Corrosion of Conformity, Massacre, Quincy Jones
18. Shock Corridor : Sam Fuller, Funkadelic, Carcass
19. American Pyscho : Liberace, Jan Hammer, Napalm Death, Eddie Blackwell, Charlie Haden, Mick Harris, Carole King, Red Garland, The Boredoms, Jerry Reed, SPK, Roger Williams

Et encore, « Radio », avec ses 50 minutes en 19 titres est moins taré que « Torture Garden » contrairement à ce que les juxtapositions de Sam Fuller et Carcass pourraient laisser croire. Sur « Torture Garden », Naked City c’est ce que serait le grind si il était joué par des jazzmen. « Torture Garden » est un album très très extrême, 42 titres en 25 minutes. Le groupe passe du coq à l’âne avec une facilité déconcertante ou des barrages de blast à la batterie et de hurlements Japoniais-ant, tout y passe : jazz plus ou moins free, rockabilly, country, rock tendances surf, petite musique de chambre, un coup de musique juive, Zorn rendant souvent hommage à ses origines, etc etc le tout dans des blitz dignes du grindcore !

Le groupe cultive quand même plusieurs aspects, notamment sur « Absinthe », plus ambient. Naked City a aussi su pondre un « Leng T’che » composé d‘un unique titre faisant lentement monté la sauce soit une approche complètement à l’envers de « Torture Garden » blitz hardcore Jazz hallucinant sur tous les sens de l’auditeur. Moults aspects, c’est sur, on en trouve aussi sur « Radio », légèrement moins déjanté et plus construit, mais en tout cas sur « Torture Garden », c’est flagrant : plus de 40 titres tous plus déments les uns que les autres dans ta gueule ! L’intensité est clairement de mise ! Le coté jazz, on l’a de par le saxo, les claviers, la basse et le timbre des instruments, quasi pas de saturation, le coté rock vient de la guitare légèrement saturée. Malgré ce qui pourrait donc semblait un handicap par rapport à des formations brutal grind classique, à savoir le manque de gros son, Naked City renvoie pas mal de groupes dans les cordes grâce à la folie et à l’intensité des ses compositions et interprétations. Des Jazzmens tour à tour possédés par des primates fans de grindcore, des cowboys, des surfeurs, des rabbins, des musiciens de club feutrés, des rockeurs, des métalleux, des accrocs de bruit, des amateurs d’orgues le tout rarement plus de 5 secondes d’affilée au long de 42 titres souvent très brutaux excédant rarement la minute

Attention, sous des dehors bordéliques, tous nos amis sont très carrés, compétents et disciplinés et Naked City tient généralement debout, c’est sa grande force. Après je pense évidemment et je ne les blâmerais pas que certains crieront au n’importe quoi ou au gratuit mais pour moi Naked City réalise là un truc de haut vol au delà duquel ne se trouve que le chaos et la folie. Quoique que crier au gratuit vu le niveau des musiciens et la tenue de l’ensemble…Tout les zicos ont de la place pour se lâcher et ils le font avec grand plaisir. Moi c’est le gratteux, vraiment classe qui me fait tripper, le batteur est assez monstrueux et quand on y pense les interventions du clavier sont toutes bien senties…bref, bien qu’estampillé John Zorn, ce n’est pas son show mais un véritable groupe bourré de talents qui s’exprime ici.

« Torture Garden » est clairement dur à ingérer et très dense. Il va vous filer un sacré mal de crâne ou gravement vous horripiler mais si vous êtes en conditions c’est très prenant, parfois vraiment marrant et clairement unique en son genre. Au final, c’est un album résolument ludique et à prendre en tant que tel. Pas la peine de se la jouer en intellectualisant sous prétexte que John Zorn est de la partie ou que cet album transcende le grind ou je ne sais pas quoi, c’est juste un énorme délire schizophrène plus ou moins sérieux et brillamment exécuté. J’aime beaucoup mais j’avoue ne pas l’écouter souvent et ne pas avoir prolonger mon expérience Naked City au delà d’un « Radio » un peu moins fou, mais tout aussi bon, à mes yeux.

Attention, « Radio » est tout de même très appréciable de par son coté plus jazz et plus calme au début de l’album, ne serait-ce que par la quasi absence du vocaliste. Vocaliste complètement déjanté qui en rebutera plus d’un je le mentionne au passage. « Radio » s’ingère donc un peu plus facilement, sans être facile non plus, et en appelle moins à la furia grind au cours de ces titres plus longs et moins dispersés. « Radio » est bâti sur un sorte de crescendo démarrant plutôt jazz, groovant/rockant même à mort au début, et retombant lentement dans la violence et là est la réussite de cet album pour moi qui vous emmène loin. « Radio » est donc pour certains le bon point d’entrée dans Naked City et pour d’autres son summun car plus soigné, chacun sa paroisse et les deux sont acceptables. En tout cas, « Torture Garden » s’avère tellement fou que quand j’ai l’envie et le temps de me consacrer à Naked City, cet album suffit à occuper mon cerveau. Il exerce une certaine attirance chez moi et paradoxalement si je préfère « Radio », ça doit être mes pulsions masochistes, c’est vers « Torture Garden » que je me tourne plus facilement. Mais alors que j’écris ces lignes en me payant du « Radio » et du « Torture Garden », je réalise le génie d’improvisation de Zorn et consorts et me demande si je ne rate pas quelques perles en ne touchant pas plus sérieusement aux autres releases.

A noter que dans la foulée de Naked City, l’ami Zorn s’est allié, sur le label Earache, avec Mick Harris alors en train de monter Scorn, autre groupe bien à part, après son départ de Napalm Death, Bill Laswell et parfois Justin Broadrick pour créer Painkiller, autre groupe assez dément ; le saxo torturé de Zorn se posant sur les blasts de Harris ou les parties plus pesantes et dub de Laswell. Painkiller était lui aussi basé sur l’improvisation, son premier album enregistré en un nuit en atteste. Bref Painkiller s’avère à l’usage moins jazz, plus lourd, sombre et moins délirant que Naked City. Le saxo de Zorn par exemple, ne s’adonnant plus qu’à ses délires arracheurs d’oreilles. Je dois encore creuser Painkiller, qui m’avait quand même paru plus facile que Naked City, mais je ne sais quand j’aurais le temps de le faire tant Naked City suffit à m’occuper !

En tout cas, tout ceux en quête de folie et de brutalité trouveront leur compte dans Naked City, qui s’est réapproprié ces adjectifs dévoyés en ces temps de surenchères productivistes et mercantiles de soit-disantes sensation fortes à consommer avec son téléphone mobile qui fait télé, ses zolies baskets séries limitées dans sa belle voiture ou sur le ouaibe. Après, je vous préviens, vu la prolixité de Mister Zorn, ce qu’il pond peut être parfois imbuvable et il faut se cogner Yamatsuka Eye ce qui n’est pas toujours gagné selon votre état d’esprit. En tout cas, un peu comme pour la chronique des Swans, humilité est le mot pour parler de John Zorn à la carrière monstrueuse ou tout simplement de Naked City. Notez aussi que novice complet en la matière je ne peux juger de l’impact de Naked City sur le jazz mais ça sent le groupe unique !