MORTICIAN - Zombie Apocalypse - 1998 ( Relapse )

Track Listing :

1 Devoured alive
2 Incinerated
3 Zombie apocalypse
4 Slaughterhouse
5 Hell on earth
6 F.O.D. (fuck of death)
7 Horrified
8 Charred corpses
9 Dissected
10 Blood harvest

16/20

J'ai un pote qui aime bien le metal, mais à condition qu'il ne soit pas trop extrême. Enfin s'il supporte du metal "extrême", c'est celui de In flames ou d'Opeth. Même les premiers Anathema, c'était pas assez "civilisé" pour lui au départ, bien qu'il a finalement réussi à en venir à bout. Un jour, j'ai eu l'idée saugrenue de lui prêter ce mini-CD de Mortician, en croyant sincèrement que, peut-être, il aurait alors une sorte de "révélation", comme j'en avais eu une moi-même. Quelques années plus tôt, j'avais choppé une rondelle de plastique vendue avec un numéro d'un celèbre magazine de metal national, rondelle sur laquelle le hit "Zombie apocalypse" étalait sa vase et sa bave au milieu d'autres titres un peu plus musicalement corrects. Je n'y avais rien compris. "Oh putain c'est quoi cette merde? Le riff des couplets est connissime, la voix à peine audible, le passage rapide en bouillie merdique...!". Voilà en effet comment je "ressentais" l'un des titres les plus mémorables de Mortician, avec ses couplets simplistes et efficaces, presque chantables (?), et son pont au faux air de grind, capable simultanément de vous transformer en improbable saucisson et de
trancher entièrement ce dernier. Ce morceau me trottait dans la tête de mois en mois, même si je continuais à le trouver pourri, jusqu'à ce que, convaincu qu'un titre capable de me rester dans le cortex aussi longtemps ne pouvait être vraiment mauvais, j'achetai finalement ce disque.

Et là... non seulement j'ai adoré mais en plus j'ai eu le sentiment que Mortician avait créé une mixture unique, une sorte de chaînon manquant entre la relative sobriété du death metal gore (Death, Cannibal Corpse et ses clones) et les recettes de cuisine puantes du gore grind (Par exemple Last Days of humanity, qui, fait exceptionnel, a su pousser son rendu sonore de tube digestif à son paroxysme tout en gardant une musicalité certaine). Du coup, les compos de Mortician réunissent un peu le meilleur des deux mondes. Elles peuvent aussi bien évoquer des décors ou des scènes d'action (évidemment très violentes) qu'instaurer des "atmosphères" gluantes et viscérales, sans non plus se rapprocher du dégueulasse absurde et quasi-abstrait qui nait parfois de la pratique du gore grind -- si vous avez déjà écouté Dead infection ou Malignant tumour vous voyez sûrement ce que je veux dire, sinon essayez ces groupes!

Tout ça c'est bien gentil mais on peut aussi penser que cette "mixture unique" n'est pas forcément géniale du seul fait qu'elle est unique (n'est-ce pas, les zélés de l'originalité?), et que, même, l'auteur de cette chronique peut aller se rhabiller vu que, franchement, difficile de trouver des qualités absolument objectives à la musique de Mortician, simplissime et peu variée comme elle est. Et on n'aurait pas forcément tort.
Du moins jusqu'à l'année 1998 et à Zombie Apocalypse: Mortician a fait un tel bon en avant dans le choix de ses riffs, dans la façon de les assembler, et même dans l'enchaînement de titres plus aisés à différencier... en un mot on pourrait dire que les compositions ressemblent enfin à de vraies chansons au lieu de tendre vers un simple rendu sonore orienté gore, même si ce dernier est toujours aussi présent (manquerait plus que ça). En fait une chronique "piste-à-piste" du mini CD serait tout à fait envisageable, ce qui n'est pas le cas des disques précédents. Les reprises de Slaughter et de Repulsion sont géniales et très extrêmes -- d'ailleurs si vous ne connaissez pas les originales et les albums dont elles sont extraites, je vous incite à vous les envoyer dans les oreilles entre un album d'In flames et un d'Opeth -- mais les compos de Mortician ne font cette fois pas pâle figure à côté des reprises.

Quoi? Vous vous dites que ce n'est pas très objectif non plus? Ah... ben... non, finalement, entre un In flames et un Opeth, envoyez-vous donc un bon gros Nevermore mal dégraissé! Tiens, Nevermore. Je me demande si mon pote connait Nevermore. En attendant, demandons-lui ce qu'il a pensé de Zombie Apocalypse: "Euh... ton disque de Mortician là... euh... j'espère que tu vas pas m'en vouloir mais... je l'ai emmené à un repas chez des amis... on a fait une petite fête et on a écouté ton disque... on pensait qu'on allait se poiler... et c'est vrai qu'on s'est bien marrés... tu m'en veux pas hein?"