MORGION - Among Majestic Ruin - 1996 ( Relapse )

Tracklisting

1 Relic of a darkened past
2 In ashen tears (thus I cry)
3 Travesty
4 Basking under a blacksun dawning
5 Invalid prodigy

17/20

Ce n'est pas forcément l'idée du siècle que de découvrir cet album après leur chef d'oeuvre Solinari (1999). C'est un coup à mettre trop longtemps pour cerner toute la qualité de Among majestic ruin, alors qu'il est pourtant moins labyrinthique que son successeur. C'est même un coup à laisser l'album de 1996 de côté pendant quelques années avant de se rendre compte, à l'occasion d'une poignée d'écoutes de routine, que BON SANG IL TUE! On n'affirmera pas qu'il surpasse Solinari, mais il est clair que certains trucs qui manquent éventuellement à ce dernier se trouvent ici, et seulement ici, sur un Among majestic ruin qu'on a trop vite enterré comme "album sympa de doom death". Le son déjà. Froid. Glacial. Ample. Vaste. Astral. Massif. Clair mais gardant une empreinte d'agressivité. Les guitares... putain les guitares... en gros vous avez deux catégories: d'un côté des harmonies amères, tragiques ou contemplatives, dans un style depuis longtemps prisé des formations doom death, mais juste magnifiques, parfaitement trouvées et dosées, et, d'un autre côté, des bombardements sourds d'éléments déchaînés, plus rapides, qui nous feraient presque craindre la colère des dieux. Le batteur passe alors pour un COLOSSE qu'on aurait envoyé en renfort à défaut de faire preuve d'une inventivité spectaculaire. Les claviers interviennent parfois discrètement pour nuancer les guitares, mais ils prennent souvent une place de choix, celle du moteur d'un rendu cosmologico-spirituel plus ou moins planant des plus bluffants. Dans Among majestic ruin, on trouve aussi un certain nombre de passages très mélodieux et plus dynamiques que le ton général bien doomy, qui font parfois penser dans l'esprit à ce que des groupes de black metal tendance "nostalgie du Moyen-Âge" peuvent mettre en intro ou en interlude. Mais chez Morgion, ces passages ne servent pas qu'à ornementer l'album, leurs mélodies riches en nuances peuvant devenir centrales, comme dans l'instrumental "Travesty", superbement inspiré et qui n'aurait pu trouver sa place sur Solinari ne serait-ce qu'en raison de son style.

Certes tout cela peut sembler très classique, même s'il n'y a pas grand monde dans la scène metal pour proposer quelque chose de comparable, quelque chose d'aussi bien pensé et exécuté, et même, osons le dire, quelque chose d'aussi savant. En fait il serait peut-être temps de réhabiliter Morgion et cet album-ci en particulier. Morgion a eu son heure de gloire au début du revival doom des années 2000, puis le public s'en est un peu désintéressé lorsqu'il a pris conscience qu'il existait beaucoup plus "original" ou plus extrême et/ou lorsqu'il a redécouvert le classic doom. Mais il n'est pas certain que les apprentis-doomsters qui viennent de débarquer en cette année 2006 aient seulement entendu parler de Solinari. Ce n'est donc pas tout de suite qu'ils vont tenter l'expérience Among majestic ruin sous un crépuscule rougissant et s'en retrouver bouche bée.