MIND OVER MATTER - Automanipulation - 1995 ( Wreckage )

Tracklisting:
1. Virus
2. Automanipulation
3. Automatic Crowd
4. Suffermouth
5. Lifeloss
6. Drown the Problem
7. Self-Fulfilling Prophecy
8. Love/Obsession
9. Who Are You?

16.5/20

Certainement moins connus que leurs contemporains de Quicksand, Helmet et Orange 9 mm, Mind Over Matter est pourtant l’un de ces obscurs groupes New-yorkais de la première moitié des 90’s qui aurait mérité un peu plus d’exposition. Le label Wreckage, récupéré il y a peu par Go Kart, fait figure de véritable institution et de source historique indéniable pour ce style musical tellement endémique et propre à une époque.
S’inscrivant dans la mouvance post hardcore amorcée par les groupes précédemment cités, Mind Over Matter se distingue par un travail plus fouillé sur les ambiances. Les structures sont ici bien alambiquées, entraînant l’auditeur dans tout un panel d’émotions, diverses et variées. Stress est évidemment le maître mot vu le style pratiqué mais pas que. Un sentiment de solitude et d’isolement nous submerge à l’écoute de cet album ambitieux qui s’écoute encore avec plaisir 10 ans après. Cette sensation étrange correspond certainement à ce que l’on doit ressentir dans une cité tentaculaire comme peut l’être New York. Un peu comme un état dépressif post stress, comme si une fois passé à travers la tension urbaine, on se laissait complètement aller, comme si la foule grouillante n’existait plus et qu’on pouvait crever la gueule ouverte sans que personne ne s’aperçoive de rien. Crever jusqu’à se sentir ressusciter, galvanisé par la colère qui ne nous a pas quitté, qui survit et nous donne un peu de force pour faire quelques pas de plus. Quelques pas de plus face à un désespoir omniprésent.
Non, Automanipulation ne transpire pas la joie de vivre. Au contraire. Et si c’était seulement la musique qui donnait cette impression. Même pas… Rien qu’à la lecture des titres de cet album, on s’aperçoit vite fait que Mind Over Matter est confronté à quelques démons intérieurs des plus coriaces. Impression confortée par un artwork et un livret pas franchement beau mais très naïf et touchant, illustrant parfaitement le mal-être évoqué précédemment.
Ces New-yorkais livrent avec Automanipulation un disque d’une grande maturité et sensibilité, véritable témoignage d’un lieu, d’une époque et d’un état d’esprit particulier. Incontournable pour qui s’intéresse à ce style. Incontournable pour qui les prémisses de l’emocore actuel, l’authenticité et l’honnêteté en prime.