MESHUGGAH - Nothing - 2002 ( Nuclear Blast )

Tracklisting:
01. Stengah
02. Rational Gaze
03. Perpetual Black Second
04. Closed Eye Visuals
05. Glints Collide
06. Organic Shadows
07. Straws Pulled at Random
08. Spasm
09. Nebulous
10. Obsidian

16/20

Première écoute et grosse déception. Meshuggah a ralenti le tempo et semble devenu plus accessible, moins violent et moins hargneux, plus simple et moins hermétique…en bref tout ce que je redoutais. Malgré tout je tente une seconde écoute et je m'aperçois au bout de quelques minutes que mon pied droit refuse de battre la mesure, je le regarde droit dans les yeux ( ! ! !) et il semble perdu, je décide de l'aider…impossible, je ne parviens pas à retomber dans la mesure, à retrouver le début des riffs. Je me retrouve totalement perdu dans un labyrinthe de plans saccadés qui sous leur apparence trompeuse sont d'une rare complexité. Plusieurs écoutes plus tard, je dois l'avouer, je me suis trompé. Si Meshuggah a considérablement ralenti sa musique, lui donnant ainsi un aspect plus accessible, il l'a paraxodalement énormément compléxifié, et ce au point de bannir toute forme de structure (pourquoi s'ennuyer avec des couplets et des refrains ? ? ?). Inutile de tenter de compter combien de fois les riffs sont joués, de comprendre leur forme ou de deviner leur point de départ, tous les plans semblent mouvants et évoluent constamment pour devenir de petits patterns (poly)rythmiques obsédants animés par d'énormes guitares 8 cordes et une énorme basse fonctionnant constamment sur le principe du start/stop cher au groupe. Tout est ici d'une précision chirugicale et le batteur devient une sorte de machine programmée pour se placer de façon hallucinante dans cette mangrove métallique de plans mécaniques. Meshuggah ne s'est pas vendu et est resté fidèle à cet hermétisme unique que lui seul semble aujourd'hui capable de développer à ce point. Tout va bien alors ? Hé bien non ! " Nothing " ne s'offre pas, même après des dizaines d'écoutes, l'album reste presque impossible à digérer. Pire, plus on l'ecoute plus il est complexe, plus on l'ecoute et plus on comprend qu'il sera difficile de tout comprendre. Cet album est une paroi lisse que l'on doit escalader, les seules prises, trop espacées les une des autres, étant les interventions somptueuses du génial Mr Thordendal dont les solos à forte consonance jazz/acid jazz offrent de véritables bouffées d'air frais salvatrices dans cet univers suffocant et claustrophobique. Mais même dans ces moments de légère accalmie la rythmique surpuissante ne s'arrête jamais, continuant inlassablement son pilonnage frénétique. Courageux, l'auditeur tente de se concentrer sur les riffs épileptiques qui procurent vite chez lui la sensation étrange que son cerveau droit et son cerveau gauche se percutent violemment, il cherche désesperement la mélodie, le repère qui lui évitera de se perdre pour la énième fois dans ce jeu de construction musical lourd, pesant et intense puis il sourit, devient hystérique et s'avoue encore vaincu par ces Suédois pas vraiment humains. Meshuggah sort là un album ultime, dangereux pour les neuronnes , incroyablement et originallement complexe. Le groupe maitrise parfaitement son sujet et son univers futuriste, presque industriel . Son auditoire, quant à lui, doit ramer pour les suivre dans cette voie torturée du cyber ultra metal épileptico-claustrophobique (… c'est bon je peux aller bosser cher Holy Records.)