KRISIUN - Black Force Domain - 1997 ( GUN/BMG )

Tracklisting :

1 Black Force Domain
2 Messiah Of The Double Cross
3 Hunter Of Souls
4 Blind Possession
5 Evil Mastermind
6 Infamous Glory
7 Rejected To Perish Below
8 Meanest Evil
9 Obsession By Evil Force
10 Sacrifice Of The Unborn

14/20

On n'a jamais manqué de souligner l'inspiration hautement Morbid Angélique du combo qui lui a d'ailleurs souvent été reprochée. Krisiun a pourtant atteint de nouvelles extrémités dans le registre du death metal haineux. Ce qui frappe d'entrée, c'est la vitesse d'exécution des compositions ainsi que le son. Ce dernier est sec, incisif, dégraissé, donnant pour le coup une impression de précision insensée, comme si chaque prise de chaque instrument avait été découpée au couteau au lieu de se fondre dans une furie rock'n'roll; une précision paradoxale étant donné que le son n'est pas hyper clair. On entend juste ce qu'il faut de crasse. Quant à la vitesse de jeu, c'est bien simple, elle tue tout. Mais attention! Point de rage explosive et incontrôlée, point de bruit ou de grind, point de sensation d'empressement! Non. La musique de Black force domain est préparée avec minutie, carrée, propre, presque posée (enfin je me comprends). On pourrait la comparer à une architecture compliquée, celle d'un gigantesque édifice, aux contours torturés, hérissés de pointes et d'autres joyeusetés, mais où tout est parfaitement en place, où tout est indestructible, et où de pauvres victimes passent sous d'implacables rouleaux compresseurs. Cet édifice est visitable par l'imagination de l'auditeur tout le long de l'album, et symbolise toute la haine et l'envie de faire mal qui ont sans doute mené Krisiun a enregistrer une telle musique.

La guitare et la basse bourdonnent bien sourdement, elles semblent évoquer un mal diffu mais omniprésent, une menace constante, une chemin unique et obligatoire vers la folie destructrice. Les solos, parfois très longs, sont si violents, si fous, si tarabiscotés, et en même temps si méchamment créatifs, qu'ils feraient passer ceux de Slayer pour la musique qui accompagne une petite bouffe entre amis. La batterie, en plus d'être invraisemblable de constance dans l'agression, n'oublie ni d'assomer, ni de massacrer dans d'impitoyables roulements, ni même d'être (relativement) variée, notamment dans l'usage de la composante "fracas". La voix n'est absolument pas là pour ajouter le moindre sentiment d'humanité à l'ensemble tant elle est "accordée" aux autres instruments. Il serait par ailleurs difficile d'occulter l'instrumental "Infamous glory" qui, en moins de trois minutes, donne, encore mieux que les autres titres, une idée de ce dont les musiciens sont capables. Cet instrumental est extrêmement ténébreux, sombrement mystique, et la guitare qui y soloïse tout le long nous emmène vers des territoires certes plus mélodieux et plus pacifiques, mais tout aussi tourmentés et "possédés". Une très belle pièce totalement renversante, une perle noire unique en son genre qui rompt un peu l'uniformité de l'album.

Black force domain est cela dit trop dense et trop répétitif. On oscille en permanence entre différents niveaux d'attention (et donc de qualité d'écoute), ce qui, dans le cas de cette musique, change radicalement la manière dont elle est reçue. Une bonne écoute bien soutenue, malheureusement difficile à tenir sur un titre entier, donne d'excellents résultats. Elle permet de bien se plonger dans le jeu des guitares et d'apprécier la profondeur abyssale de noirceur qu'elles donnent à ce qui pourrait ne ressembler qu'à un déferlement de fureur. Elle permet aussi d'admirer les détails du jeu du batteur. Une écoute un peu moins poussée sert essentiellement à cerner la manière dont sont construits les titres. Elle n'a rien de bien révolutionnaire, mais elle demeure assez bien foutue pour ne pas risquer d'écorcher une paire d'oreilles averties. Mais gare cependant au risque d'écoute trop légère, voire "dans les vappes". Dans ce dernier cas on a l'impression d'un martèlement incessant et hypnotique de la part de la batterie, parasitant le reste des instruments qui paraissent soudainement lointains. L'effet est certes positivement insupportable (positivement parce qu'on peut aimer ça) et a de l'intérêt en soi, mais ce serait dommage de prendre Krisiun pour un groupe bêtement bourrin.