KISS IT GOODBYE - She Loves Me, She Loves Me Not - 1998 ( Revelation Records )

Tracklisting:
1-Helvetica
2-Hartley
3-Fire Drill
4 -What If
5-We'll Burn That Bridge When We Get To It
6-Ammunition
7-Man Thing
8-Sick Day
9-Put Your Head Down and Run

18/20

L’aventure Deadguy ne pouvait pas se terminer si brutalement. Surtout l’épisode ‘‘Fixation On A Co-Worker’’. Keith et Tim ont déménagé à Seattle mais n’ont pas perdu le contact. De ces rescapés de Deadguy naîtra KISS IT GOODBYE, suite à la fois logique de leur groupe précédent mais lorgnant davantage sur le passé de Keith dans RORSCHACH, tout en gardant une approche résolument moderne dans leur musique.
Le post hardcore de KISS IT GOODBYE est lourd, crade, viscéral. Ici, pas de démonstration technique à gogo (même si les musiciens sont loin d’être manchots), pas de structures tarabiscotées façon suite de chiffres incompréhensible, pas de cassures de rythmes hasardeuses, pas de riffs-solo inaudibles. Non, ici, il n’y a que la puissance et l’honnêteté de quatre gars qui dégueulent leurs frustrations à travers une musique certes torturée, mais jamais calculée ou à la recherche du chaos pour le chaos comme peuvent l’être de nombreux groupes affiliés à cette scène. KISS IT GOODBYE prend tout le monde à contre-pied et préfère miser sur une certaine simplicité et jouer sur les ambiances si nécessaire. Les riffs de guitare sont lourds, écrasants, dissonants mais terriblement efficaces, secondés par une basse imposante, avec ce son à la fois crade et distinguable qui contribue fortement à cette impression de malaise. Quitte à faire le tour des instruments, on ne peut que féliciter le batteur pour son jeu très chaud et organique, parfois tribal mais plus à la Vinnie Signorelli (Swans, Unsane) qu’à la Igor Cavalera, en parfaite adéquation avec la basse. Et que dire de Tim Singer. Je ne le répéterai jamais assez, ce gars est LE chanteur hardcore des 90’s. Vocaux à la fois baveux et tranchants, timbre unqiue, grande facilité de modulation, jouant sur des phrasés parlés à l’émotion à fleur de peau avant de littéralement exploser à la gueule de l’auditeur. Tout cela au service d’une poésie ô combien troublante.
La production générale, signée Billy Anderson (Melvins, Neurosis, Eyehategod), colle parfaitement à la musique de KISS IT GOODBYE. Ça transpire le malaise, la frustration et la colère, sans jamais douter de l’honnêteté du groupe.
L’artwork est à l’image de la musique, à la fois crade et tranchant, beau et dérangeant. Chaque page du livret CD est agrémenté de petits dessins représentant des petits soldats se faisant dégommer, des rasoirs coupe-choux, des personnages bizarres… Bref, difficile à décrire mais c’est une vraie réussite graphique. A noter que pour une fois, je préfère la version CD que LP où sur cette dernière, tous les dessins sont réunis sur un même insert, leur faisant perdre en efficacité.
Si, en plus de Deadguy, vous cherchez le disque symbolisant le mieux l’urgence et la frustration, vous ne pouvez pas passer à côté de cet unique album de KISS IT GOODBYE et pièce maîtresse du hardcore actuel.