JESU - Infinity - 2009 ( Avalanche inc)

Tracklisting :
1. Infinity (49.32)
2. Infinity [Reinterpretation] (17.31)

Après des débuts exceptionnels puis une série d'albums et EP's inspirés mais plus inégaux, Justin Broadrick revient à un son plus intense avec cet Infinity qui est en fait composé d'un seul long titre de 50 minutes. Option qui rappelle un peu le premier EP 'Heart Ache' (2004) avec ses 2 titres d'une vingtaine de minutes chacun. Une intro de cinq minutes aux relents électro/ambiants plante le décor, qui est fracassé juste derrière par un épais mur de grosses guitares et de double grosse caisse synthétique. L'ambiance lourde et étouffante renvoie directement aux premières sorties, une surprise de taille donc après les releases récents plutôt pop et très (trop ?) apaisés. Je ne vais pas m'amuser à décrire la pièce en long et en large, ce serait un peu comme raconter un film à un pote qui n'a pas encore été le voir, alors partons plutôt sur un survol global. Infinity est une commode à tiroirs, et comporte de nombreux rebondissements, tel un morceau thrash progressif à l'ancienne, pour risquer une analogie. On sent un crescendo se développer en climats successifs de plus en plus oppressants, avec un chant raréfié, qui fait presque sursauter lors de ses réapparitions. Colère. Noirceur. Orgie de dissonances contrôlées. La bombe a finalement explosé. Le chemin du retour, en flottant parmi les débris, se fait par une longue transition plutôt (ou mickey) chaotique de larsens pour repartir sur des bases plus éthérées. Plus organiques aussi. Une batterie acoustique remplace la boîte à rythme vers les ¾ du morceau. On inhale avec délice cette bouffée d'oxygène tant atmosphérique que sonique, et on retrouve l'ambiance aérienne, mais subtilement plombée de mélancolie du Jesu de Conqueror ou Lifeline, mais en plus noir. La voix de Justin donne la mesure du chemin parcouru depuis le premier EP : c'est maîtrisé dans la sobriété, le ton est on ne peut plus juste, c'est de la poésie pure, sublime tout simplement. Le voyage se termine sans douleur avec force delays, boucles et feedbacks dans la pure tradition shoegaze (Nelson Monfort, sors de ce corps !).
Ce skeud ne manque absolument pas de puissance et réconciliera certainement ceux qui avaient quelque peu baissé les bras devant l'orientation prise par Jesu. Il n'y a pas grand chose à dire dessus, si ce n'est de l'écouter et de lui donner une chance ! Si on n'atteint pas l'intensité émotionnelle de Heart Ache ici (pas forcément un mal vu la douleur palpable limite dérangeante qui émanait du chef d'oeuvre) on se régalera de cette véritable invitation au décollage qui ne souffre d'aucune faute de goût, tant au niveau du songwriting que de la production, pour peu qu'on soit familier avec l'univers de Broadrick.