INSANE - Mechanical Revolt - 2003 ( Thundering Records )

Tracklisting

1 Intro
2 Scarves of war
3 Only angry
4 Down in my hand
5 Born from remains
6 All or nothing
7 Illusions
8 Caused by pain
9 Mechanical revolt
10 Against
11 Out of the depth

8/20

J'ai reçu ce CD d'Insane comme "cadeau bonus" en passant une assez grosse commande à un petit distributeur. Il semble bien que c'est un exemplaire promo. Ce qui explique qu'il voyage. Tout le monde se le refile. Moyen de découvrir un nouveau groupe excellent? Pas vraiment. En fait, Insane est l'archétype du groupe médiocre d'aujourd'hui. Et Mechanical revolt est l'archétype de l'album générique qui, contrairement à ses homologues médicaments, n'a pas la même molécule active que ses modèles. Mais asseyez-vous et prenons notre temps, car, comme je ne compte écrire qu'une seule chronique d'archétype d'album générique, je vais le faire en m'éclatant un max. Je sens que ça va être long. Mais commençons par le commencement...

Il y a environ vint-cinq ans, le petit Pierre Xavier Louis n'écoutait pas de musique. Jamais. Il faut dire que ses parents, devenus trop occupés (trop vieux) pour continuer à écouter leurs vinyles des années soixante-dix, n'écoutaient plus que des poperies bien sucrées de la radio. Et ça, les poperies sucrées, Pixel Xavier Louis, il y était insensible, sauf si elles étaient calibrées pour ses petites oreilles et interprétées par Chantal Goya. Ah! Chantal Goya! Que de souvenirs pour Pierre Xavier Louis! Culte! Et puis un jour, le choc, la révélation! Pierre Xavier Louis, devenu adolescent, surnommé d'abord P-X-L puis Pixel par ses amis gars, un bande d'acnéens fans de jeux vidéo, de jeux de rôle, de cartes Magic, et par-dessus tout allergiques aux filles, entendit par hasard en rendant visite à l'un d'eux un titre de Chaos AD. Pixel venait de découvrir le sens de sa vie! Le M-E-T-A-L! C'était ça la vraie musique, et même, c'était la seule musique! Pixel était tout fou! Un jour il aurait son groupe! Un jour il partagerait l'affiche d'un grand festival avec ses idoles de Pantera et de Slayer! Par chance, les amis gars furent vite tous conquis par cette musique trop cool qu'était le Metal. Pixel trouva ainsi rapidement quelques comparses pour monter son premier groupe, baptisé Beer Factory en l'honneur de qui vous savez. "Beer" c'était pour montrer à quel point ils étaient trop cool! Cool comme la bonne musique, cool comme le metal! Beer Factory! Ha ha ha! Beer Factory! C'est drôle non? Pixel avait juste un tout petit problème. La médiocrité de sa culture musicale. Peu favorisée depuis l'enfance, et peu aidée ensuite car trop facilement confortée par ses entourages immédiat et virtuel, celle-ci ne pouvait que rester au ras des pâquerettes. Il faut dire que passer presque directement de Chantal Goya à Sepultura n'a jamais vraiment éduqué l'oreille, c'est à dire n'a jamais à la fois ouvert l'esprit et formé à la critique, de qui que ce soit. Pixel n'a jamais entendu la musique que de manière partielle et partiale, l'étudiant et la cloisonnant selon des critères trop grossiers pour être pertinents à eux seuls, comme par exemple la technicité, la modernité du son, l'usage de retouches ou d'effets en tous genres, la densité en riffs ravageurs qui donnent envie de se bouger le fion, les intentions les plus immédiatement visibles des musiciens, la proximité stylistique évidente avec tel "classique", etc, etc.

Les années ont passé. Pixel est maintenant le batteur chanteur moulin à café d'un nouveau groupe, plus sérieux que les précédents, qui compte bien conquérir le monde! Ce groupe devrait bientôt changer de nom pour "Blood money" ou pour "Shadow of the beast", en souvenir de la grande période de la boîte Psygnosis et de quelques jeux marquants des années quatre-vingt-dix. Il faut dire que la culture vidéo ludique est bien la seule culture à laquelle Pixel a jamais accédé. Il en est tout nostalgique. Cela fait d'ailleurs des lustres qu'il ne voit plus ses anciens amis gars, qu'il ne voit plus ses potes de Beer Factory, et en particulier son grand complice de l'époque, Fred, un atariste comme il y en a eu peu, capable de siffler de mémoire n'importe quelle musique de Jochen Hippel. Ce que Pixel ignore, c'est qu'aujourd'hui, Fred bosse, sous un pseudo qui le rend non identifiable, pour un webzine tenu par des gars comme eux, pour des groupes comme les leurs, et pour des lecteurs comme eux. Il est tout à fait possible qu'un jour le groupe actuel de Pixel ponde un album comparable au disque d'Insane dont il est question ici (?), un album comme des webzines tels que celui de Fred en chroniquent plusieurs par semaine, sans hésiter à leur distribuer des notes allant de 12/20 à 16/20. Peu importe le sous-style exact, l'originalité éventuelle (très éventuelle), le centre d'intérêt des paroles, la logique musicale adoptée par le groupe, car tous ces albums sonnent à peu près pareil. Le tout est qu'on arrive un minimum à suivre les morceaux, que les compositions ne ressemblent pas totalement à rien, que l'interprétation soit correcte, et qu'on ne soit pas trop surpris.


Dans le cas d'Insane, on nage dans un metal d'appelation power (dans l'acceptation américaine, c'est à dire plus proche des premiers Machine head que du happy metal), avec de temps en temps une petite poussée de fièvre ou une intrusion d'éléments mélodiques aussi banals que le reste. Comme vous devez vous en douter compte tenu de la note et de ma très longue "intro", le résultat est un joyeux foutoir, artistiquement médiocre mais moderne et bien produit. Ce n'est pas ce qu'il y a de plus mauvais dans le style "banal de maintenant", d'où la note "élevée" de 8/20. Il y a même quelques passages auxquels j'adhère, mais l'album reste bien bof. C'est bien d'arriver aux niveaux technique et technologique qui permettent d'enregistrer un album qui vaudrait bien 15/20 selon les critères du zine de Fred. Ce serait mieux de dépasser ces niveaux assez largement, de reléguer les longs apprentissages qu'ils impliquent au rang de souvenirs, afin de pouvoir concentrer ses efforts là où il y en a le plus besoin. Par ailleurs, le travail de sa créativité et de sa sensibilité, et celui de son expression artistique personnelle, ne s'improvisent pas. Tout commence par l'acquisition d'une culture musicale solide, sans laquelle le bagage technicien n'est qu'un savoir faire gaspillé sur du vide. Mieux vaut tard que jamais, même si "tard" implique forcément une part d'irrécupérable.

Désolé d'avoir été aussi long et aussi intransigeant, mais, si je bossais pour le webzine de Fred, les deux tiers de mes chroniques seraient en fait des liens pointant vers celle-ci, tellement il y a de similitudes entre deux groupes peu inspirés d'aujourd'hui! Les membres de Insane, qui ne sont pas moins méritants que les autres (c'est à dire pas moins méritants
que les autres groupes médiocres), et qui sont probablement des gens très gentils par ailleurs, ont pris pour tout le monde. Puisse cette injustice leur faire un peu de pub! Ha ha ha ha!