IMPURE WILHELMINA - L'Amour, La Mort, L'Enfance Perdue - 2005 ( (Chant Of) Cetacean / D’Ici à la Réalité / Space Patrol )

Tracklisting:
Side A : January | Tense | The black flame
Side B : Bleed alone | Seeds | The broken wing of the undying bird
Side C : Before a dream | Sunburst | Diaspora
Side D : Everything is pain but you | A man in the light

20/20

Deux ans après le coup d’éclat qu’est I Can’t Believe I Was Born In July, mes Genevois préférés reviennent avec leur troisième galette. Et une double ce coup-ci. En effet, à l’heure où j’écris ces lignes, seule la version double LP, sortie par (Chant Of) Cetacean et D’Ici à la Réalité, est disponible, la version CD devant sortir sous peu chez Space Patrol, déjà complices de l’opus précédent.
Répétition de l’Histoire ? Là aussi je mets un certain temps à rentrer dans l’album. On reconnaît aisément le style des Suisses mais des choses ont un peu changé. Evolution ? Certainement. Les influences se sont encore une fois multipliées et encore une fois, elles ont été assimilées avec brio. Les morceaux sont plus longs également, quasiment tous flirtant avec les 8 minutes. Mais ça n’empêche pas d’avoir quelques difficultés à rentrer dans le bain. Bon… je connais la musique et le processus à suivre. Je vais prendre mon temps, l’écouter attentivement comme le laisser tourner alors que je fais la vaisselle.
Et pour reprendre ces documentaires animaliers qui me sont si chers, le miracle de la vie s’accomplit. Ou plutôt celui de l’Amour, la mort, l’enfance perdue, excusez du peu. La formule est finalement assez peu différente de son prédécesseur, on retrouve encore ce culte du riff qui tue et qui tourne, ces arrangements mélodiques tellement propres à Impure Wilhelmina, cette basse ronde et lourde et la voix désespérée de Michaël. Mais en groupe intelligent, pour ne pas dire très intelligent (lu dans une interview que trois des quatre gaillards suivaient des études très poussées en mathématique et physique) qu’il est, il a su se renouveler subtilement.
Première chose marquante, l’utilisation de la voix. Certains morceaux sont chantés entièrement en voix claire (Man In The Light, Sunburst, Before A Dream), d’autres alternent les passages hurlés et chantés mais pas d’une façon binaire, surfant plutôt sur tout un panel de tonalités vocales. Le travail des voix est réellement impressionnant et première dans l’histoire du groupe, un morceau (Before A Dream) est laissé à Mathias (basse).
Deuxième point important, la prise de risques et l’assimilation d’influences encore plus diverses et variées (The Broken Wing Of The Undying Bird). On se retrouve face à du doom, du post hardcore, du punk rock, du heavy métal, du post rock, de la noise, tout ça en un seul album et sans jamais donner l’impression de s’éparpiller dans tous les sens. Impure Wilhelmina ne colle pas à un style précis. Impure Wilhelmina possède son propre style à lui. Vraiment, mais vraiment très impressionnant. La qualité d’écriture et de mise en place me fout littéralement sur le cul. Elle contribue largement à s’enquiller cet album de 70 minutes sans jamais s’ennuyer. Fait suffisamment rare pour être souligné.
L’Amour, La Mort, L’Enfance Perdue est encore tout frais dans ma tête même si je l’ai écouté des dizaines et des dizaines de fois en un laps de temps particulièrement court. J’ai honnêtement du mal à trouver les mots adéquats mais il me semble important d’en parler, et vite, tant pis pour le caractère décousu de cette chronique. Oui, c’est ça, je ne sais vraiment pas quels mots utiliser, ne sais pas si c’est utile de se pencher sur tel ou tel morceau en particulier ou encore sur les paroles, toujours égales à elles-mêmes. Ce que je sais en revanche, c’est qu’Impure Wilhelmina vient de signer un album dantesque, d’une maturité incontestable, d’une richesse folle et d’une ambition parfaitement assumée. C’est mon ressenti. C’est le genre de disque qui je pense, n’aura pas pris une ride dans 10 ans (la production, signée Serge Morattel, crue et rugueuse, correspond parfaitement au groupe) et s’écoutera toujours avec autant de plaisir. Et puis quand on nerde un peu sur le net et qu’on voit comment les gars de Relapse sont comme des dingues devant le combo Genevois, on peut se dire qu’on risque de les retrouver d’ici peu avec une distribution conséquente.
Bon, je vous laisse, je vais encore l’écouter une énième fois mais juste avant je lui mets la note maximum, fait exceptionnel pour un disque exceptionnel.