IMPURE WILHELMINA - I Can't Believe I Was Born In July - 2003 ( Waiting For An Angel/Space Patrol )

Tracklisting:
1-Knife
2-Ground
3-The river
4-Get away
5-Desperately closed
6-Cruel to you
7-Dark grey
8-Answer
9-Wine
10-Summer
11-The game I don't want to play

17.5/20

Derrière cet étrange patronyme se cache l’un des laissés pour compte de la dynamique Genevoise de la fin des 90’s, début 00’s. Un petit recadrage chronologique s’impose. A la fin des 90’s, Genève a vu se développer et se populariser quelques-uns de ses plus ardents représentants de la musique extrême. Difficile de passer à côté de Knut et Nostromo, sans oublier les outsiders Brazen et Shora. Ces quatre groupes ont bénéficié d’une certaine popularité et mise en avant médiatique (toute proportion gardée, nous sommes à l’échelle de la scène post hardcore underground, celle des fanzines qui grappille à la limite sur la presse nationale spécialisée). Cette exposition était plus que méritée, de part premièrement la qualité des groupes et ensuite par l’énorme travail fournit par le collectif Evil, regroupant alors Snuff records (label géré par des gens de Knut), le mailorder Evil (Snuff, Molaire (ex Waiting For An Angel), Hannibal), le fanzine du même nom ainsi qu’une activité concernant l’organisation de concerts. En légère marge de cette mouvance, se trouvait ce jeune quatuor affublé de ce nom mystérieux. Pour des raisons qui demeurent pour moi mystérieuses, Impure Wilhelmina n’a pas bénéficié de cette mise en avant de l’époque. Soit.
Un 7’’, un mini CD et sort enfin Afraid, premier album du groupe. Les influences Breach et Neurosis se font sentir, pas de doutes là-dessus, Mais IW dégage une sensibilité bien particulière, entre désespoir et rage folle. Bonne, très bonne surprise. Affaire à suivre.
En 2003, les Suisses remettent le couvert et c’est sur les labels français Waiting For An Angel (Iscariote, Envy, Amanda Woodward) et Space Patrol que ces derniers nous livrent leur deuxième long effort, intitulé I Can’t Believe I Was Born In July, référence directe au mois de naissance du Michaël (guitare, chant).
A la première écoute, j’ai un peu de mal. L’album est touffu, me semble moins lourd et direct que son prédécesseur. J’avoue ne pas trop savoir quoi en penser. Mais bon, persévérons. Impure Wilhelmina n’est à priori pas une fille facile et il va falloir la jouer fine dans les techniques d’approche. Et c’est au bout de plusieurs écoutes plus ou moins attentives (il est bon des fois de laisser la musique voguer seule et lui donner l’occasion de vous surprendre) que finalement les rôles se sont inversés et que la Genevoise a réussi à attraper mon coeur (je nierai avoir écrit ça).
Premièrement, quelle idée osée mais géniale que de commence réellement l’album dès le troisième morceau, le premier étant l’inquiétante ballade acoustique Knife, suivi d’un instrumental. L’album ne se révèle pas dès le premier morceau, ne dévoilant que très légèrement ses atours. Et c’est là qu’on se prend The River en pleine gueule et également ce qui fait la marque de fabrique d’Impure Wilhelmina. A savoir la quête DU riff. Oui, LE riff, celui qui s’incruste au plus profond du cerveau, celui qui obsède, celui qui tourne en boucle dans la caboche. Tourner est le mot qui convient parfaitement. A partir DU riff, la structure se crée, permettant à ce même riff de revenir aussi souvent que nécessaire, de faire gagner le morceau en efficacité et en puissance. Ajoutez à ça une réelle inspiration mélodique, une parfaite adéquation des guitares qui s’inspirent autant du métal traditionnel que de la noise la plus vicieuse, une basse ronde et très présente, aussi bien rythmiquement que mélodiquement, quelques bons riffs de batterie bien sentis, et vous aurez le plus gros d’Impure Wilhelmina. Pour affiner l’identité sonore du groupe, posez sur le tout la voix terriblement écorchée et puissante de Michaël et vous aurez tous les ingrédients. Voix qui sait se faire claire et mélodique quand c’est nécessaire (Answer, The game I don’t want to play), sans jamais tomber dans le piège de l’alternance voix claires, voix hurlées, tellement chère à toute la scène metalcore actuelle (qu’elle croule sous le poids de sa médiocrité).
Mais de bons morceaux ne font pas nécessairement un bon album me direz-vous. Et vous auriez tout à fait raison. Combien de groupes sont capables des morceaux qui individuellement sont des petites bombes mais qui ne tiennent pas la route le temps d’un album ? Combien sont capables de maintenir l’attention plus d’une heure ? Vous avez une idée de la réponse. Impure Wilhelmina fait partie de la seconde catégorie.
Le talent des Suisses, c’est de savoir nuancer, ne pas jouer systémiquement sur la même formule, aérer le disque au moment opportun ou au contraire renforcer la tension. Un vrai travail de composition globale. Je ne peux qu’apprécier et saluer la performance. Surtout quand celle –ci se termine par le monstrueux The Game I Don’t Want To Play, morceau de 20 minutes à la croisée des chemins entre doom pachydermique et rock progressif. Tiens, ça me fait penser que je n’ai même pas parlé du style joué par les Genevois. Finalement, est-ce bien important ? N’est-ce pas l’émotion ressentie qui prime avant toute chose plutôt que de savoir si on écoute du métal mes couilles ou du hardcore ta mère ? De toute façon, la musique d’Impure Wilhelmina est difficile à définir, les influences du groupe étant tellement vaste et bien assimilées. Ou je trouve une étiquette à rallonge ridicule, où je sors un terme générique qui veut tout et rien dire, où je me tais sur ce sujet. Troisième option. Aller, je vais être sympa, Waiting For An Angel disait que la musique du groupe se trouvait à la croisée des chemins de Breach, Steve Von Till et Opeth. Vous voilà bien avancés, hahaha ! Et histoire de brouiller les pistes, y a même une référence, pour ne pas dire un pompage direct de Stevie Wonder dans Answer. Mais il est au niveau des paroles celui-là.
Parlons-en des paroles. Elles sont à mon sens indissociables de la musique du groupe. Les textes, écrits par Michaël, ne sont pas des modèles de littérature, ne sont pas des démonstrations de maîtrise du langage et de figures de style maîtrisées et utilisées à outrance. Loin de là, très loin de là. Au contraire, le style est assez pauvre mais tout comme pour la musique, ça fait mouche. Impossible de passer à travers ces textes touchants, violents et naïfs. Des mots simples, des phrases courtes (pas comme moi), qui vont direct droit au cœur. C’est un véritable carnet intime qui nous est révélé ici. On peut parfois sourire devant cette naïveté presque adolescente d’un Get Away comme on va grincer des dents devant la violence d’un Wine. Et c’est en lisant en écoutant la musique que toute la puissance et le talent d’Impure Wilhelmina nous sont révélés. Chapeau bas, je m’incline.