IMMOLATION - Here In After - 1996 ( Metal Blade )

1. Nailed To Gold
2. Burn With Jesus
3. Here In After
4. I Feel Nothing
5. Away From God
6. Towards Earth
7. Under the Supreme
8. Christ's Cage

18/20

Pilier du death et longtemps exemple parfait du groupe injustement, voir scandaleusement, sous-estimé, Immolation nous avait fait attendre 5 longues années avant de pondre un successeur à l’étouffant « Dawn Of Possession » qui avait marqué l’année 1991. Présent des 1986 avec Rigor Mortis, ce n’est qu’en 1988 quand Ross Dolan rejoint Robet Vigna et Thomas Wilkinson que Immolation naît vraiment, se fait un nom, et après deux démos signe chez Roadrunner en 1990. S’en suit donc 5 années donc pendant lesquels le groupe n’a pas chômé, tournées, édition de « Stepping on angels…before dawn » compilation de démos, recherche d’un vrai label à la place de Roadrunner. Et ce n’est pas Metal Blade, qui n’a jamais soutenu le groupe qu’avec des stupides stickers « essential for Morbid Angel fans », qui va rattrapé le coup. La sortie de « Stepping.. » non plus car, même si c’est tout bon pour les fans, sortir des démos des 80’s dans les 90’s n’aide pas à se faire un nom quand on a qu’un seul album, certes excellent, dans sa besace.

C’est fort d’une production dense et chargée de basses qu’Immolation nous délivre son style sombre aux allures chaotiques. La personnalité d’Immolation n’est clairement plus à démontrer et ceux qui, se disant qu’étant donné que ça venait de NY, comme Cannibal Corpse ou Suffocation, et que c’était anti religion comme Deicide, pensait tenir la un n-iéme combo de death en sont largement pour leur frais. Immolation a définitivement crée son style de death, exit les plans trop bateaux de « Dawn Of Possession », c’est « Here In After » qui marque pour moi la naissance totale du style de Immolation . Que ce soit au niveau feeling, arrangements, riffs, jeu de guitare, batterie, tout est très personnel…Le seul élément conventionnel, si j’ose dire, est la voix de Ross; mais histoire de se faire pardonner, le monsieur s’avère, certes dans un style orthodoxe, un des vocalistes de death les plus efficaces, et ce encore aujourd’hui, ses grognements évoquant des soufflements rauques chargés d’une colère froide et accusatrice. Bref gros progrès de ce coté là depuis « Dawn Of Possession ». On trouve un Immolation porté par les guitares vraiment tordues de Robert et Tom. C’est gras, dissonant, quasi contre intuitif mais assez jouissif. L’intro du monstrueux « Here In After » est l’exemple simple du bon riffs qui se traîne par terre de lourdeur. Les guitares sortent des riffs de nulle part, froidement maîtrisés, mêlant l’inmélangable pour le commun de l’auditeur et des groupes de death. Le début de « Away From God » me met toujours sur le cul, démentiel tout simplement. Des breaks dans les riffs, un jeu unique…« Here In After » entérine aussi la marque de fabrique de Immolation : les énormes interconnections guitare batterie dans des plans saccadés épileptiques. Que dire de Graig Smiloski, qui a fait la batterie sur cet album avant de partir laissant les baguettes pour la tournée à Alex Hernandez (ex Fallen Christ, autre groupe tordu) ? Si il n’assure pas comme Alex a pu le faire sur un « Unholy Cult », sa prestation est impressionnante et sert parfaitement le style rythmique et les riffs aventureux du groupe.

Faite bien gaffe, ce n’est pas parce que je parle de prestation du batteur, de riffs fous des gratteux que vous devez vous dire « ok ce groupe est bon techniquement..respect » ! Oui il est bon mais tout est au service de vrais titres, de morceaux de qualité, d’un feeling sombre et unique. Les riffs les plus gras et traînant sont énormes, et de véritables baffes dans la gueule se cachent dans tous les morceaux. On parle là d’un vrai groupe et pas d’une somme de musiciens ou d’un collage de plans bien trouvés. On parle aussi, comparé à « Dawn Of Possession » de maturité ! Ce n’est pas foncièrement différent mais il y a ce plus à tout les niveaux de la prod, aux compos en passant par l’exécution qui rend « Here In After » dantesque.

« Here In After » reste dur à ingérer. A l’instar de tous les albums du groupes, au premier abord on se dit qu’un à la un bloc de death lourd, sombre, suffoquant, dissonant, tortueux et possédé. C’est vrai oui, c’est un sacré pavé à se manger…mais si le processus est dur il s’avère à la fin très addictif et comment résister à la l’efficacité d’un « Here In After » ou à la claque majestueuse de « Christ’s Cage ». De plus la mélodie n’est jamais absente de Immolation, elle est simplement sous jacente aux morceaux et parfois dissonante. Le mieux pour assimiler un album comme ça étant de jeter une oreille rapide sans bloquer sur tous les plans mais seulement sur les repères plus mémorisables. Une fois cette trame construite, vous pourrez vous lancer dans des écoutes plus attentives. Les morceaux sont en effet loin d’être linéaires et multiplient les atmosphères différentes. Enfin Immolation est brutal oui, ça c’est sur, mais pas dans le sens convenu du terme, à savoir course à la vitesse et au ridicule. Immolation est brutal au sens ou ce disque va violenter vos sens, vous en mettre plein la gueule, mais, là encore, avec classe, pas à la « m’as tu vu ?», mais au service d’un death oppressant et furieux.

En tout cas moi je me dit qu’avant que Gorguts sortent un « Obscura » monstrueux de personnalité, Immolation avait déjà fait fort, dans un style plus digeste certes, coté innovation et folie, avec « Here In After ». La légende, si elle est née avec « Dawn Of Possession », se réalise pleinement pour moi avec cet album torturé, sombre, colérique et surtout unique. Le seul problème de « Here In After », et de Immolation : il est sorti trop tard mais en terme de qualité et d’originalité il est à ranger avec les premiers Morbid Angel et autres Entombed..et oui pas moins !