IMMOLATION - Harnessing Ruin - 2005 ( Listenable )

Track Listing :

1. Swarm of Terror
2. Our Savior Sleeps
3. Challenge the Storm
4. Harnessing Ruin
5. Dead to Me
6. Son of Iniquity
7. My Own Enemy
8. Crown the Liar
9. At Mourning's Twilight

13/20

Deuxième changement de line up en 2 albums, c’est Steve Shalaty de Odious Sanction (un pauvre groupe de chez le pauvre label Unique Leader) qui prend la suite de l’excellent Alex Hernandez, ce dernier ayant entre autres des problèmes de dos. On avait déjà eu droit au départ de Tom Wilkinson remplacé par Bill Taylor de Angel Corpse sur Unholy Cult. Ce départ là n’a pas eu grand impact sur Immolation car Bill est plutôt carré et à ce que j’ai compris, vivant loin il ne participe pas à la composition des morceaux du groupe, bref Immolation = Vigna + Dolan. Le départ de Alex, lui, n’est pas sans dommages collatéraux. Alors que ce disque est heavy, ça manque un peu de patate et les breaks manquent de dynamiques. On ne trouve pas l’impact rythmique habituel et cela rend le tout plus rond, plus lisse. Steve doit encore s’adapter à Immolation. Le mec est bon mais bon…le son un peu « collant » du kit doit aussi jouer !

Coté prod, on note un léger retour vers « Failures For Gods » et son son « boueux ». Pour autant, j’en ai entendu pleuré sur cette prod et je leur conseille d’aller écouter « Failures…. » pour voir ce que c’est une prod qui chie un album. La prod de « Harnessing… » passe en fait pas mal, et sied à cet album plus mid tempo que les autres, même si elle contribue un peu à donner un coté pataud au groupe quand il se traîne sur les 3 derniers titres de l’album. Il y a quand même une perte de dynamique.

Un changement vraiment notable coté lyrics, où le groupe se sépare enfin des ses diatribes anti-chretienne de base, certes réussies, mais sur 5 albums ça fait beaucoup. C’est plus véhément, pas de doutes à l’écoute de l’excellent « Swarm Of Terror » et clairement raccrochable au 11 septembre 2001 et à ses conséquences en terme de politiques jouant sur la peur aux USA. Associé à cela un vrai artwork, réussi, cassant avec le sempiternel Andreas Marshall, mais assez dans l’air du temps si vous voyez ce que je veux dire, et vous obtenez un changement chez Immolation dans le bon sens.

Quelques chuchotements, plutôt clichés sur « Dead To Me » et son intro bateau, viennent casser la linéarité de Ross Dolan mais dans le mauvais sens (« Dead To Me » et cet intro me reste toujours en travers de facilité). En effet, tout linéaire qu’il soit Ross est monstrueux et sa voix, son flow (yo), servent de ciment et de guide aux titres de Immolation. Mais tout ça c’est mineure, 2 utilisations de voix chuchotées, une bonne un mauvaise pas de quoi pondre un roman.

Le truc notable, c’est que le disque a toujours un coté sombre mais d’une manière différente, ce n’est plus diabolique, mais pessimiste voir parfois mélancolique ou apocalyptique comme sur le title track. On sent le groupe comme désabusé au long d’un album plus « atmosphérique » que d’habitude même si paradoxalement plus porté vers les plans heavy mais quasi sans blast. Immolation a donc légèrement changer son style de par un coté plus direct et un impact plus rapide. Par contre je trouve un petit recours à la facilité, « Dead To Me » ou « Challenging The Storm » en attestent, qui ne favorise pas la durée de vie de l’album. Un peu comme si Immolation se basait sur une recette simple avec gros refrain, partie atmo à la fin…Le coté pessimiste/mélancolique est très réussi, je ne dit pas le contraire, il se dégage une cohésion sombre du disque mais, sincèrement, passé les premiers titres on décroche gentiment. Le disque vit moins de temps que les autres, genre on l’écoute 10 fois et c’est fini sauf pour quelques titres. A l’extrême les 3 derniers titres, même si ils contiennent bien sur des bonnes choses (bon final de « My Own… »), me sont passé par dessus la tête. Les 2 derniers sont même à oublier…Immolation est plus…disons… « rock » dans l’esprit et la forme. Forme..formaté même je dirais, à l’image de l’artwork, réussi et efficace à première vue, on le zappe assez vite car c’est plutôt commun.

C’est dommage pour Immolation qui nous avait habitué à mieux. C’est toujours un problème de se renouveler quand on a inventé son style. Attention, là ce n’est pas comme Slayer non plus, le coté plus urgent et pessimiste de « Harnessing Ruin » est pas mal. Gageons que plus simple d’accès et direct il convertira de nouveaux fans à cet excellent groupe, qui change sans changer avec cet album…qui tape dans la simplicité. Et oui, là, pour être clair, Immolation ne se prive pas de taper dans la simplicité, presque facilité, en tout cas au moins dans la trivialité. Plus j’écoute, plus je suis déçu en fait par cet album assez lisse et se rapprochant de standard de composition/gimmick pas très personnel. Je dirais même que c’est en ce sens, de facilité, que cet album a quelque chose de nu (néo). Avec « Dead To Me » par exemple, au lieu de lâcher un sentiment de puissante colère, a quelque chose de foireux, d’enervé certes mais énervant aussi. Pareil pour l’utilisation d’harmonique, très ponctuellement ok mais quand même, alors que Immolation est maître dans cet art, on sent cette utilisation neo foireuse que Machine Head a institutionnalisé. De plus, je trouve que les apports des guitares se rapprochent parfois plus de gimmicks que de véritables composantes des morceaux.

Au final, chaque fan a son album préféré, c’est assez marrant, en soit, vu de loin, Immolation ayant développer son propre style reconnaissable entre 1000, les albums ne sont pas si différents entre eux comme pourrait l’être le Carcass de « Heartwork » et celui de « Reek Of Putrefaction ». Pourtant chacun a son avis, notamment sur « Failures For Gods » qui est surtout pour moi un semi échec pour Immolation, même si je le répète contenant de bons tracks et toujours de bonnes idées. Pour être clair « Failures… » est quand même un album pour lequel 95% des pauvres suiveurs qui font la scène death metal devaient tuer. Pour certains (un peu trop dur) tout a été dit sur « Dawn Of Possession », point de vue radical et ultra réducteur. D’autres trouvent « Here In After » trop indigeste et préfère le Immolation du génialissime « Close To A World Below ». Notez que l’un n’empêche pas l’autre car les 2 sont à mes yeux excellents. A peu près tous sont prêts à reconnaître comme très bons tous les albums , avec ou sans « Failures For Gods », jusqu’à « Close To… ». La partie devient plus dure pour les 2 suivants, quoique j’ai vu de vieux fans indécrottables vénérer « Unholy Cult ». Attention cet album est très bon, carrément chiadé, agressif, très sombre, assez monstrueux, et Immolation quand il sort un album sort souvent le disque de l’année. Impossible de ne pas jubiler à l’écoute d’un « Of Martyrs And Men », « Sinful Nature », « Rival The Eminent », du final de « Unholy Cult » etc. Mais bon, depuis 2 albums, on se dit quand même qu’on a dans les mains un bon album même si pas ce n’est pas leur meilleur. Mais attention, l’argument est vrai, contrairement à son emploi à propos du « Heretic » de Morbid Angel par exemple. En tout cas une chose est sur, dur pour Immolation de se renouveler même si il essaie un peu avec « Harnessing Ruin ». Ils ne nous font pas un « repeat album », chacun a ses finesses, chacun est plus ou moins direct, mais vu la particularité de leur style, et le niveau qu’ils ont touché dans le passé, on est forcément moins enthousiaste qu’à l’époque riche en sensation où Immolation se découvrait lui-même. « Unholy Cult » est un redoutable album mais qui n’apporte rien de neuf…force est de le constater (cf chronique de l’album par ailleurs sur le site).

Après, on ne peut reprocher à Immolation de vivre sur son passé, ils sont à fond derrière chacun de leur album comme leurs prestations en attestent. Ils ne font pas un plan à la Slayer vivant sur leur passé en concert, non à chaque fois 50%/75% de l’album en cours y passent toujours et avec la même motivation. Les constantes de Immolation : c’est un groupe unique, sombre intense, de qualité et plutôt sincère…Mais je vois mal comment il pourrait me coucher à nouveau par terre avec un nouvel album au vu de leur historique sans toucher au génie. Mais bon, sortir de vrais bons albums c’est peut être suffisant non ? De plus ne soyons pas mauvaises langues, « Harnessing Ruin » marque quand même un changement par rapport au reste de la discographie du groupe mais un peu décevant car cédant une partie de sa personnalité. Et ça m’a gonflé d’être gonflé par les 3 derniers morceaux !

Dur de faire le deuil, j’y vais un peu fort, d’un groupe mais il faut accepter que Immolation devrait créer pour la 2eme fois un nouveau style de death metal pour avoir un impact aussi important qu’ils l’ont eu sur ma petite personne avec « Here in after » et « Close to… ». C’est chose impossible tout simplement ! Il suffit de l’accepter et de prendre les nouveaux releases de Immolation comme ce qu’ils sont : du Immolation comme on les connaît depuis maintenant un bout de temps avec quand mêmes des variantes en terme de feeling. Mais bon vous pouvez toujours y aller les yeux fermés, ç’est blindé de bonnes compositions, il y a un gros climat qui règne sur cet album qui couche, comme d’habitude avec Immolation, 90% de ce qui sort…un bon essai, un groupe qui change un peu sur ce release mais j’attend le prochain au tournant (et le batteur aussi) ! Ce « Harnessing Ruin » me rend plutôt nerveux sur la suite.

Autre hypothèse aussi, je suis un vieux con, et Immolation en collant un peu plus à l’air du temps, sans se vendre non plus, en gardant ses signatures (son, voix, riffs), en lâchant la bride coté batterie, en favorisant le simple, en formatant son style dans les standards actuels, signe là une vraie évolution et en attendre plus ne sert à rien…mouais…bof…si Mozart faisait du André Rieu, je doute qu’on appellerait ça de l’évolution..

En tout cas, pour moi aux vues de la discographie de Immolation je mets 13/20, après face aux productions actuelles, cela mérite plus évidemment, genre 17/20.