HIS HERO IS GONE - Fifteen Counts of Arson - 1996 ( Prank )

Tracklisting:
1. Professional Minafckers
2. ...And We Burn
3. Unleash
4. Leash
5. Sterile Fortress
6. Goodsamarizan
7. Hand that Feeds
8. Raindance
9. Voluntary Amputation
10. Anotherof the Undersirables
11. Scabor
12. Concrete
13. Abandoned
14. Thieves
15. The End Resulit
16. Epidemic
17. Headcount
18. Tminus Zero
19. Unvisited
20. Internally Bleeding
21. Richter
22. Marry and Reproducer
23. The End Resulit of Months I
24. Skinteast

14/20

Memphis n’est pas que la ville du King. D’ailleurs, la musique d’His Hero Is Gone est loin de prêter au déhanchement lascif et à la couche de gomina sur les cheveux. Non, on est vraiment loin des clichés du Tennessee qu’on peut se faire à travers les chansons d’Elvis, de Johnny et d’Eddy Mitchell. Troquons les Santiags contre une paire de vieilles rangers ou de baskets trouées et la coupe impeccable contre une toison hirsute éventuellement parsemée de vieilles dreads bien crusties. Et le lacet de cow-boy ? Un bon vieux patch Discharge fera l’affaire. Vous l’aurez compris, en jouant sur ces quelques clichés, la musique d’His Hero Is Gone tire plus vers le crust que le wock’n’woll. « Tchoum pac, Tchoum pac, Tchoutchoum pac, death to cops !!! » me diriez vous. Hum… pas vraiment. HHIG joue plus finement que ça. Quoique je ne sais pas si l’adverbe finement est le plus approprié pour définir la musique de ces quatre furieux. Vu qu’on a affaire à un groupe culte, je vais essayer une approche quelque peu basique. HHIG joue une sorte de crust lourd, très lourd, qu’on pourrait affilier au sludge par moment. Mais il n’y a pas ce côté bayou marécageux transpirant le vieux Black Sabbath, au contraire d’Eyehategod ou Grief. Non, ça pue davantage le stress urbain, l’odeur du travail à la chaîne dans les usines, les cellules de détention. Il y a définitivement dans HHIG ce côté urgent et sauvage du punk. Difficile à décrire techniquement mais tellement évident à l’écoute de leur musique. A ce punk crust bien lourd, rajoutez une pincée de disbeat (vous savez, les rythmes à la Discharge, Disfear, Disrupt, Disbeer…), quelques blast beats bien fumiers et une grosse touche de metal bien gras pour le son, lourd, crade, viscéral. Les morceaux sont relativement courts, tournant autour des 2 minutes, noyés sous les larsens et les vocaux gutturaux et bestiaux des deux gratteux, particulièrement ceux de Todd Burdette, renvoyant 90% des chanteurs de death metal à leurs cours de brutalité pris à la Metal Academy.
Si on veut s’amuser au petit jeu des comparaisons, j’avais lu une fois sur une liste de distro qu’HHIG, c’est ce qu’aurait fait Neurosis s’ils avaient fait d’autres choix artistiques. Et à y réfléchir, on retrouve quelques ambiances de Souls At Zero ou Enemy Of The Sun, épurées de tout clavier et condensées sur des morceaux 4 à 5 fois plus courts. Pour info, Noah Landis, des mêmes Neurosis, devait les sortir sur son label mais ça ne s’est jamais fait. Côté paroles, His Hero Is Gone a définitivement les pieds ancrés dans une réalité déprimante, faite de désillusions et de rancœur envers un système socio-économique dans lequel ils n’ont pas confiance. Les textes sont courts, directs, brutaux mais ne versent jamais dans la machine à slogans, ce qui est réellement appréciable. Ils font même preuve d’une lucidité effrayante de simplicité qui n’est pas sans me rappeler les textes des vieux Napalm Death. « they don’t even have to break down our doors blindfold / gag us with their force / install mind control devices in our homes. We buy them on our own.” Il semblerait aussi que certains membres d’HHIG aient goûté à la prison et à l’internement psychiatrique, histoire de rajouter une petite touché de fraîcheur à un disque déjà très léger (The end result of 11 months in the mental hospital).
Côté artwork et layout, c’est tout aussi engagé que les paroles. Tout est fait à base de peintures, de collages, de photocopies et de textes écrits à la main, donnant un aspect vraiment rugueux à ce disque. La version CD est agrémentée des morceaux du 7’’ The Dead Of Night In Eight Movements sorti à la même époque et enregistré par Noah Landis.