GORGUTS - The Erosion of Sanity - 1993 ( Roadrunner )

Track List :

1-With Their Flesh He'll Create
2-Condemned To Obscurity
3-The Erosion Of Sanity
4-Orphans Of Sickness
5-Hideous Infirmity
6-A Path Beyond Redemption
7-Odors Of Existence
8-Dormant Misery

16/20

Voici un album passé trop inaperçu, trop vite oublié, rejeté par beaucoup d'auditeurs incapables (et je les comprend) de digérer correctement cette imposante mixture death metallique, un album trop plein pour certains, et surtout tristement éclipsé lorsqu'il sorti par le racolage visuel de Cannibal Corpse ou le Satanisme de supermarché de la bande à Benton. Dommage.

Dans la droite lignée de l'énorme "Effigy Of The Forgotten", cet album célèbre un death metal englué dans un épais magma de guitares dont on étouffe les cordes pour mieux assommer l'auditeur, pour mieux le perdre dans un riffing complexe, nerveux, changeant, anesthésiant si l'on se déconcentre quelques secondes. Mais alors que le monstre sus cité s'étalait principalement rythmiquement, Gorguts sait se faire plus "mélodique" et n'hésite pas à s'étaler sur de longues mesures plus pesantes, parfois pachydermiques avant de retomber dans ce laminage sourd et dense.
Vous l'aurez compris , il est n'est pas aisé de pénétrer dans cet amas de riffs "palm-mutés". "The Erosion Of Sanity" est un album difficile d'accés, il ne s'offre qu'après de nombreuses écoutes qui permettront d'élaguer, de mémoriser pour faire ressortir les parties plus mélodiques. Quand ce travail d'approche aura été effectué avec succès, il ne restera alors qu'à se laisser molester avec plaisir à l'écoute de ce petit bijou et se délecter des plans géniaux qu'il contient, de tous ces breaks brutaux, se laisser écraser par tant d'intensité, et se laisser dominer par cette voix, imposante… La voix de Lemay, bestial et guttural mélange des organes déjà caverneux de Van Drunen et Schuldiner . Rien, il n'y a plus rien d'humain dans ces borborygmes d'outre tombe !

Comme si le travail des six cordes ne suffisait pas, 4 autres plus épaisses viennent ajouter leurs voix. (écoutez le rôle étrangement déstabilisateur de l'instrument sur "A Path Beyond Redemption"). La basse, en effet, parvient à se sortir avec brio du mix très réussi dans lequel chaque instrument se fait parfaitement entendre, son roulis grave et opportun accentue sensiblement la difficulté d'accroche et participe joyeusement à ce chaos parfaitement organisé, labyrinthe sonore dans lequel ces Québéquois ne sont jamais perdus.

Cet album qui ne laisse que peut de répit est éprouvant et ne s'écoute pas en boucle. Vous ressortez fatigués après ces 8 pièces de death metal suffocant, technique et terriblement complexe, et à jamais reconnaissant envers la paire de guitaristes pour vous avoir permis de reprendre sereinement votre respiration durant le magnifique duo de guitares classiques qui précède "Dormant Misery". Au rang des petites douceurs gracieusement offertes, signalons
les quelques notes de pianos désabusées, emplies d'une profonde mélancolie au début de "Condemned To Obscurity" dont les premières mesures, et le riff principal, douloureusement torturés, résonnent déjà comme un délicieux avant goût du chef d'œuvre "Obscura ». Quelques écoutes attentives permettront d'ailleurs d'entendre "de ci-de là" les prémices du chef d'œuvre qui suivra.

Consacrons quelques lignes tout de même à l'énorme travail de Stephane Provencher qui se démène derrière ses fûts et gère trop facilement ces compositions. Il en rajoute, surjoue même pour notre plus grand plaisir, il brode, emplit les petits blancs et enjolive chaque mesure de fioritures et fantaisies rythmiques bienvenues dans cet univers sonore d'une densité extrême. En bref, une partition de batterie aussi riche que celles des guitares, du grand Art !

Un album (et un groupe) sous-estimé qui mérite une réhabilitation rapide. Repoussant de prime abord, faites l'effort de vous faire mal, acceptez la douleur, le plaisir n'en sera que plus grand.
(…pour les plus faibles : Efferalgan Paracetamol 1g après chaque écoute)