GOD FORSAKEN - The Tide Has Turned - 1995 ( Adipocere )

Track Listing :

1 November/Forsaking the world
2 Until death joins us again
3 Jupiter
4 Astral voyager 69
5 The tide has turned
6 Nowhere to be found
7 Giving it all away
8 It's all the same in the end
9 She dies
10 Goodbye

15/20

Ha ha ha! Z'avez maté les titres? "Until death joins us again", "She dies", "Goodbye". Z'avez maté le visuel! Ha ha ha! Z'aiment bien la nature ces gars-là! Et les photos bizarres aussi, celles dont on se demande "mais bon sang! Pourquoi ils ont photographié ça?". Et ce logo style "dark black gogoth mélodique" dessiné dans une couleur douteuse! Ha ha ha! Vous vous dites alors que God forsaken doit être un de ces groupes qui, dans les années 90, ont transformé le metal extrême en musique tristouniaise et contemplative. Est-ce du black metal atmosphérique, ce rejeton indigne qui ne garde de ses parents que les voix hurlées et des guitares réduites à jouer les seconds rôles? Est-ce du doom death d'amoureux déçu, ce
style initié par My dying bride, qui croit pertinent d'assaisonner sa musique -- naturellement voulue noire comme du pétrôle -- d'une louche ("Trinity") ou d'un baril ("The angel and the dark river") de poésie grossière pleine de petites fleurs? Hé bien ni l'un ni l'autre!

En fait God forsaken a bien donné dans le doom death, mais cela remonte à 1992, avec l'album "Dismal gleams of desolation", et un style plutôt viril dans l'ensemble. En trois ans le propos a pas mal changé. Du doom death, le groupe a gardé la voix rocailleuse, une certaine esthétique du rampant ("The tide has turned"), le mal diffu ou tapi dans l'ombre ("Until death joins us again", "The tide has turned" encore), la noirceur non pas du pétrôle mais plutôt des abysses ("Astral voyager 69"). Bref, pour les petites fleurs on repassera. Quoique... attendez! Y'en a quand même des petites fleurs! Et de l'herbe, et des arbres, et des rochers, et des senteurs de ballades champêtres ("Jupiter"). Que la nature est belle! Et que c'est bon de se promener dans la pampa pour oublier le dernier rateau qu'on s'est pris au lycée! Ben oui en fait y'a de la niaiserie dans cet album, mais elle est tout le temps contrebalancée, par une voix qui inspire la méfiance, par l'odeur de moisissure qui flotte, par les fiers arbres d'antant devenus vieilles souches pourrissantes, par la pluie qui alourdit les feuilles mortes et la terre, et, surprise!, par une bonne grosse dose de rock'n'roll ("November...", "Nowhere to be found"). Du rock qui dépote, sexy et cool, du rock aux riffs gras, du rythme qui donne envie de secouer son gros cul, gros cul guetté par l'obesité à force de digérer préférentiellement, dans le doom, des oeuvres plus monolithiques.

Après s'être inscrit, avec son premier album, dans un courant très clairement identifié (en tout cas vu d'aujourd'hui), et y avoir réussi, God forsaken ne s'est pas reposé sur ses lauriers. Il a développé et personnalisé un style, identifiable en tout point des dix titres de ce deuxième album riche et mature. Le tiercé de tête est vraiment parfait parfait: "November..." pour secouer son gros cul, "Until death..." pour la face sombre, et "Jupiter", pièce instrumentale dont la sénérité paresseuse explose finalement en une myriade de couleurs tournoyantes, pour la ballade dans la pampa. Dans les titres suivants, plus mélangés stylistiquement parlant et (mais?) moins réussis, on n'est plus à pareille fête, mais l'album se laisse quand même dévorer jusqu'à son terme.