GODFLESH - Streetcleaner - 1989 ( Earache )

Tracklisting :

1. Like Rats
2. Christbait Rising
3. Pulp
4. Dream Long Dead
5. Head Dirt
6. Devastator Mighty Trust Krusher
7. Life Is Easy
8. Street Cleaner
9. Locust furnace

19/20

Godflesh passe chez Earache et décide de marquer son territoire en frappant un grand coup, en imposant son style et ce son, tous ces sons, ces dissonances "Godflesh", ce mélange de notes si particulier qu'ils sont les seuls à maîtriser (le saisissant "Dream Long Dead"), cette étrange harmonie qui décale toute la réalité en quelques secondes, et cette basse, toujours, énorme, qui sert de socle à tout l'édifice. Un édifice massif, magistral, lugubre…un champ de guitares que l'on torture, accordées trop bas mais jamais assez pour dominer les beats lourds et percutants qui rendent ce metal si dangereusement industriel.
"Streetcleaner" est l'album le plus noir du groupe, le plus glauque, celui qui déforme l'onirisme et dévoile une autre perception des choses. Godflesh ne nous invite pas au rêve mais au contraire nous connecte directement à une réalité qui dérange, que l'on veut fuir et qui prend soudainement forme quand l'hypnotique "Pulp" s'empare du cortex et dresse
progressivement le tableau du désastre urbain.

Le duo se fait pesant sur "Christbait Rising" tout en rupture, plus inquiétant encore sur "Mighty Trust Krusher" et cette boucle de guitare qui guide tout le morceau et vient doucement endormir le système nerveux parasympathique, nous laissant en proie aux émotions qui submergent, à la claustrophobie, la douleur, le stress et le masochisme qui naît.

"Streetcleaner" est peut être plus organique que son prédécesseur, en apparences peut être…en apparences car il n'est finalement qu'une lourde masse sonore qui ouvre une dernière tribune au désespoir humain trop bien exprimé sur "Life Is Easy", ses voix désabusées, incroyablement évocatrices d'un malaise omniprésent. Elles sont partout ces complaintes douloureuses, chaque morceau de cet opus en est empli, des cris, des gorges serrées qui laissent échapper le mal profond qui ronge; claires, filtrées, saturées, attrapée dans un delay qui répète chaque mot pour lui donner plus de résonance encore…c'est tout ce qui reste à l'être humain pour exister dans cette œuvre d'anticipation décadente.
Chaque seconde de cet album est lourde de sens et de conscience, aucune mesure n'est à jeter, tout s'ingurgite avec passion tant l'émotion, aussi obscure soit elle, fascine, dérange et captive. Streetcleaner est un véritable chef d'œuvre, tout simplement ! "You breed like rats …"