Godflesh - Slavetaste - 1991 - ( Earache)

Tracklisting:
Slavestate
Perfect Skin
Someone Somewhere Scorned
Meltdown
Slavestate (Radio Slave)
Slavestate Total State Mix
Perfect Skin Dub
Slateman
Wound '91

16/20



Après le choc Streetcleaner et lassés d'être assimilés au grindcore, les deux de Birmingham reviennent avec un EP longue durée qui va faire couler de l'encre. Bien que toujours aussi agressif, Godflesh est devenu plus sophistiqué, les machines ne se cantonnent plus au rôle de délivreurs de beats. Les samples ne sont plus des effets additionnels mais complètent désormais les percussions, donnant une nouvelle dimension à la notion de rythme. Ce rythme, lancinant comme à son habitude sur les morceaux "normaux" (les 4 premiers), se fait dansant (blasphème !) sur les 2 remixes du morceau titre dont l'esprit rappelle le très hypnotique 'Wounds' sur le mini album éponyme. Les vocaux, moins gutturaux, rappellent aussi un peu le mini. Un autre changement vient du côté des guitares, moins noise, plus condensées sous forme de vrais riffs, plus en avant dans le mix aussi, c'est en quelque sorte la transition logique entre Streetcleaner et Pure.

Ce release est un des plus étranges du groupe, non seulement pour son contenu qui a radicalement changé la fanbase du duo britannique, mais aussi pour son dualisme. Il y a d'un côté ces remixes à la violence glaciale, à la rythmique vaguement technoïde et aux guitares et samples très indus, et d'autre part il y a ce titre, 'Slateman', avec son riff 3 accords, sorte d'AC/DC maniaco-dépressif et cette voix claire poignante, terriblement mélancolique dans sa sobriété, véritable fantôme dans la machine. Voix qui déclame des textes haïku-esques plus énigmatiques que jamais. Slavestate ressemble un peu à une BO, en en ce qu'il donne une impression de décousu. On passe comme par différents stades émotionnels, une sorte de tryptique colère/aliénation/résignation (je n'ose pas parler de rédemption vu la noirceur de l'ensemble).

Quoi qu'on pense de son évolution, Godflesh semble se réinventer à chaque nouveau release, et évite ici le piège de la capitalisation sur le "succès" de son prédécesseur. Slavestate est une curiosité délicieusement addictive.