FALL OF BECAUSE - Life is Easy - 1999 ( Invisible Records )

Track Listing :

1- Devastator
2- Life is easy
3- Middle amerika
4- Grind
5- Ecstasy of hate
6- Malewhoreslag
7- Lifefucker-shitsucker
8- Merciless
9- Survive
10- “Fight show” (Empire of lies / Whiterock-blackdeath / Christian motherfucker / Ecastasy of hate)
11- “Xmas special” (Life is easy / Calling / Submit-supress)

16/20

De tous les side-projects pré-Godflesh de J. Broadrick, Fall Of Because fut l’un des plus significatifs dans le sens où on peut ici établir une filiation directe entre les deux entités. Ce que nous avons là est une compilation de sessions « studio » et live, enregistrées entre 1986 et 87, soit immédiatement avant la formation de Godflesh. Le line up est d’ailleurs le même (Broadrick/Green/Neville), à la différence près que Broadrick est ici batteur/hurleur. Pas encore de boîte à rythme ici donc, mais déjà une grosse présence des samples (sur bande, en ces temps primitifs), des larsens (parfois en surnombre), et des pulsations tribales et hypnotiques (avec des accélérations punkisantes entre les deux) de la batterie, quasiment utilisée comme une percussion et solidement secondée par une basse légèrement distordue mais très présente, soit une base rythmique parfaite pour donner du corps aux déchirements samples/voix/guitare. Aucune trace d’overdubs, pas de noise-gate, ne parlons pas de triggs…Une approche musicale et esthétique radicalement moderne, à tel point qu’on a du mal à croire que ça a été enregistré il y a 20 ans !!! Enfin, certains aspects de la production (comme le son de la batterie) ne permettront pas l’auditeur de croire à une production (underground, hein) récente, mais quand même, c’est à des années lumières des canons de l’époque, qu’on parle de metal (même le plus aventureux des 80s), de new wave, d’indus ou même du rap encore naissant. Dans une certaine mesure, et plus pour l’esprit que pour le son, on peut rapprocher l’attitude de Fall Of Because de celle du Napalm Death de Scum, pas seulement parce que les deux sont de Birmingham et que Broadrick a un temps joué dans le groupuscule à géométrie variable qu’était ND en ce temps là, mais surtout parce qu’on sent (plus que ça, ça saute à la gueule) la même envie de hurler sa différence, son anti-conformisme, son aliénation et son dégoût d’un environnement de grisaille et d’économie agonisante qui n’a rien à offrir à la jeunesse issue du milieu ouvrier : une réalité, à l’époque du régime de Thatcher, pionnière en matière de fermeture d’usines et autres sites industriels qui avaient fait survivre des générations de banlieusards. Industriel, industriel…un terme qui revient à l’esprit à l’écoute de ce Life Is Easy, pourtant peu mécanisé mais qui porte les germes d’un son nouveau ou ces instruments autrefois normaux se mettent à imiter des machines, pour sortir des sons finalement cent fois plus passionnants parce que moins prévisibles. Souvent dérangeants, ces sons se font parfois carrément déroutants (‘Grind’, ‘Malewhoreslag’), plus rarement mélodiques, encore plus rarement humains (‘Merciless’), avant de terminer sur un délire tellement halluciné qu’il en devient presque trisomique (‘Survive’).

Voilà donc ce qu’on peut dire sur les 9 premières plages de ce skeud. Mieux vaut en rester là car la suite ne présente aucun intérêt autre qu’historique, soit deux concerts assez bêtement bruyants et chaotiques, avec des musiciens visiblement sous influence. Si la remastérisation effectuée sur la partie studio apporte très probablement un plus par rapport à la version originale (que j’avoue ne pas connaître mais ça se devine), elle n’est d’aucun secours sur ce conglomérat de beats et de larsens réverbérés qui devient vite saoulant. On mettra ça sur le compte de la jeunesse : la démo studio est assez mature, solide et moderne dans son propos pour être plus que digne d’intérêt aujourd’hui, absolument ‘relevant’ comme disent les anglo-saxons.