EVOKEN - Antithesis of Light - 2005 ( Avantgarde Music )

Tracklisting:
1. Intro
2. In Solitary Ruin
3. Accursed Premonition
4. The Mournful Refusal
5. Pavor Nocturnus
6. Antithesis Of Light
7. The Last Of Vitality

16/20

Enfin ont pu s’exprimer les amateurs comme moi de doom à tendance funeral quand ce 4eme album de Evoken est sorti. Plus rien à se mettre dans les esgourdes depuis Quietus en 2001, un bon release, enfonçant le clou de la direction, enfin personnelle, pris sur Embrace The Emptiness en 1998. Coté personnalité ce n’était en effet pas gagné quand on jetait une oreille au mini de 94, Shades Of Night Descending, que j’aime beaucoup mais qui soyons clair est un tribut à Disembowelment avec trop peu de touches perso pour avoir pu parier à l’époque sur un Evoken tête de fil du mouvement confidentiel funeral doom, reprenant le flambeau d’un Disembowlement, qui reste quand même l’influence majeure de Evoken (-1 sur la note et je suis gentil).

Confidentiel oui le funeral doom l’est sûrement, tout comme le doom (le vrai, pas le metal mélo à la Within Temptation)…confidentiel quoique devenant à la mode depuis quelques années ;..et oui il faut bien trouver de styles plus underground que le black pour se rebeller contre la société et ses parents. Je note ça et là l’apparition du « true doom » et des ses ardents défenseurs aussi jeunes qu’écervelés et porteurs de la vérité absolue. Et ce, que l’on parle de funeral ou de doom plus « traditionnel » (avec nos amis plus obtus tu meurs de Reverend Bizarre, un groupe quand même bien surfait au passage, par exemple), c’est bien dommage et j’espère que ce style de musique ne connaîtra pas les dérives stupides dont la plus grave est que chacun croyant avoir quelque chose à dire finit par monter son groupe participant au meurtre de la qualité et de la créativité mais arrêtons là les radotages de vieux cons…

Je l’ai déjà dit je ne sais plus où pour Quietus mais l à encore Evoken sort un disque qui surclasse ses releases précédents et se place au top du style i.e. les amateurs seront comblés et les autres pourraient y trouver une porte d’entrée au doom le plus lent, funéraire et incantatoire. Le style, s’il réclame attention (c’est pas le disque que vous écouterez dans votre bagnole le matin), peut s’avérer indigeste, doit s’aborder un peu comme de la musique d’ambiance voir, pour faire un analogie, comme une sorte de papier peint sonore noir et profond aux dégradés dans les noirs légers mais après que vos yeux se soient habitués se dessine en fait un tableau fin et hypnotique.

Contrairement à certains groupes se cachant derrière une attitude « no compromise/defend the true style », si « moutonne », pour justifier une musique mono-dimensionelle que ce soit de par les éléments utilisés et surtout au niveau des feelings exprimés, Evoken est clairement un groupe de nuance. Derrière le triptyque classique guitares ultra lourdes, batterie « reverbée » aussi rapide que le sens critique du webzine d'en face est affûté et growl du tréfonds de la terre se cachent des éléments externes et un sens certain de l’ambiance.

Coté ajout, on a un clavier, qui loin de d’être, comme c’est souvent, un cheveu sur la soupe est presque au cœur de son de Evoken tant il densifie le mur de guitares. D’autres ajouts viennent compléter avec force mais discrétion la toile peinte par les riffs de guitares. Bref ça c’est de l’utilisation de clavier naturel et complètement intégré, un vrai instrument, comme chez Neurosis dans un registre différent. On note l’utilisation, merci Disembowelment, de guitare en son clair assez régulièrement.

Coté ambiance, le groupe arrive à exprimer plusieurs feelings tout au long des ses (longues) compositions : désolation, colère parfois, tristesse et mélancolie. Pas de dogme chez Evoken qui n’hésite pas à faire du mid tempo (à la funeral doom, ça reste lent) voir à coller un blast à la double sur deux titres. De même l’apparition d’un solo, simple mais efficace sur « The Mournful Refusal », un titre fleuve, et très réussi, traversé de quelques notes de piano, et l’utilisation de chorus (sur l’excellent, profond et léger à la fois, « Accursed Premonition »). On retrouve aussi le coté éthéré, presque mélodique de Quietus ou Embrace The Emptiness.
Pour finir, on connaît l’amour de Vince pour le death old school (cf Funebrarum), et on retrouve avec joie quelques riffs heavy death metal tonitruant empruntant au feeling des groupes de death un peu doomy de la scène nordique du début des 90’s.

Je ne comprends pas les réactions qui semblent préférer Quietus à cet album. Je trouve que Evoken a mûri et sur Quietus certains titres étaient à ranger dans le « sympathique mais sans plus », d’autres pêchaient par des transitions un peu trop sèches et décalées à mon goût. Sur Antithesis Of Light je trouve que Evoken est plus fin (le comble pour du doom ultra lourd mais c’est exactement ça) dans ses choix…les morceaux sont plus languissants et plus fluides. Soyons clairs, Evoken ne se réinvente pas ici, et vu les membres du groupes je n’attends pas de changements majeurs chez eux, Evoken ne réinvente pas le style, non Evoken se bonifie tout simplement…c’est vous qui voyez mais moi ça me va pour l’instant...après qui sait si ils résisteront à un 5 ème album...là j’ai du mal à voir…mais je doute un peu.