EMPEROR - Anthems to the Welkin at Dusk - 1997 ( Candlelight Records )

Tracklisting

1 Alsvastr (the oath)
2 Ye entrancemperium
3 Thus spake the nightspirit
4 Ensorcelled by Khaos
5 The loss and curse of reverence
6 The acclamation of bonds
7 With strength I burn
8 The wanderer

17/20

Pour nombre d'adeptes du black metal symphonique, complexe ou atmosphérique (ne rayer aucune mention), "Anthems" est LE chef d'oeuvre. On sent dès les premières secondes que le disque est exceptionnel. Une guitare claire au son légèrement crémeux et tout simplement parfait joue un passage très calme avant, non pas la tempête, mais du moins un assombrissement brutal du ciel. Un assombrissement du ciel alors qu'il est peut-être midi, comme si les deux armées qui se préparaient à s'affronter allaient soulever assez de poussière pour faire passer n'importe quelle tempête pour une sympathique petite brise. Je sais que cela semble un peu cliché quand on écoute du black moderne de visualiser ce genre de scène (une bataille) mais il est pourtant difficile de passer à côté. C'est difficile en tout cas le long des six titres, joués à fond la caisse, compris entre "Ye Entrancemperium" et "With strength I burn", c'est à dire tout l'album hormis les excellents prologues et épilogues. On peut en effet parler de prologue et d'épilogue plutôt que d'intro et d'outro tant l'écriture d'"Anthems..." paraît "scénarisée".

Les six titres joués à fond la caisse sont vraiment joués à fond la caisse. Bon d'accord, pas tout le temps. Les passages plus lents parfois avec choeurs, lourds de sentiments nobles mais bien noirs, sont représentés à raison d'un ou deux par titre. Il y a aussi jeu sur un contraste évident lorsque, dans "With strength I burn", des chants parmi les plus mélodieux de l'album survolent un long bombardement rythmique. Autrement dit, même lorsque ça ne rue pas purement dans les brancards, Emperor reste extrême. On a peut-être tendance à l'oublier tellement le groupe est devenu fréquentable car jouant dans la division du BM à synthés. Mais Emperor n'est pas responsable des cohortes de copieurs mous qui se sont engouffrés dans le BM pompeux et joli. Déjà, rien que niveau rythme, ça canarde sévère comme on l'a déja dit. Et pas seulement la batterie attention: tous les instruments y compris la voix parviennent à suivre les cadences infernales. Ensuite, la musique est d'une ampleur démesurée mais pas exagérée, le rendu des émotions énorme sans être théâtral. D'un peu plus près, d'un point de vue harmonique, on ne fait justement pas que dans l'harmonie. L'accord couinant, agressif pour les oreilles, la note énervante à la limite du hors sujet, sont ici monnaie courante. Les musiciens en usent largement, sans en abuser, avec un impressionnant sens de la mélodie paradoxale. Mais toute cette mélodie, parfois évidente, en plus de rester la plupart du temps "à fond la caisse", est également noyée dans un déferlement de fureur constant. C'est là que cet abominable son de batterie en plastoque fait parfois mal aux oreilles. On aurait préféré un meilleur rendu de cet instrument car, maltraité de la sorte, il n'aide vraiment pas, la lisibilité de l'album étant ce qu'elle est. En effet, souvent, un pas de plus vers la surcharge ferait tout basculer dans la cacophonie. Il y a d'ailleurs des auditeurs pour trouver le disque trop fouilli. Ils n'ont pas complètement tort. "Anthems..." demande une attention soutenue car il faut percer sa densité pour visiter l'oeuvre et constater sa beauté.

Maintenant, abordons la question qui fâche. Qu'apporte "Anthems to the welkin at dusk", par-rapport à son prédécesseur "In the nightside eclipse", invariablement cité partout comme l'un des albums les plus importants de l'histoire du black metal? Les musiciens eux-mêmes proposent une réponse aux journalistes de Hard rock magazine, à la page 26 du hors série metal extrême de septembre 1997. "Anthems" serait "beaucoup plus rapide, mature et agressif". Puis, plus loin: "c'est un album qui demande plusieurs écoutes parce qu'il est dense. Plein de choses se passent en même temps". Personnellement je suis tout à fait d'accord, mais il ne faudrait pas non plus oublier que l'ambiance de "Nightside" est nettement plus maléfique que celle de "Anthems", et que ce point est essentiel pour une partie du public. Que chacun choisisse son camp!