EBONY LAKE - On the Eve of the Grimly Inventive - 1999 ( Cacophonous Records )

Tracklisting:
1 The author of the burning flock
2 The wanderings of Ophelia through the untamed countryside
3 On the eve of the grimly inventive
4 Within deepest red (the opening of...)
5 An autumn to cripple children
6 A voice in the piano
7 The music and woe between horse thieves

5/20

Mais c'est insupportable! Otez-moi cette pédante cacophonie des oreilles! Bon d'accord je me calme. Soyons politiquement correct. Fermons les yeux sur les photos du livret, pré(ten)cieuses ridicules, et sur les filles bien nichonnées en costume d'époque. D'ailleurs le livret est trompeur. On croirait se taper un album de gogoth mielleux avec des touches horrifiques. Mais en fait non. Horrifique, ça oui. Au plus haut point. Mais pas du tout gogoth mielleux. Malheureusement suis-je tenté d'écrire. Ici, on est plutôt dans la tentative ratée de dark metal barré et fracassé, ou l'étrangeté instrumentale étouffe les tentatives de musicalité, et sert de prétexte à une insuffisance artistique qui manque de bon sens pendant facilement les deux tiers de la présente galette.

Tenez, prenons les premières secondes de l'album. C'est quoi ça? Du martelage. Avec un son original certes mais bon. Avec par-dessus une parodie de voix black qui collerait bien à une parodie de film d'horreur, pénible, et d'un goût douteux. Et c'est tout. C'est bien calé rythmiquement, mais impossible d'y déceler une forme un tant soit peu parlante, et encore moins articulée. L'ennui c'est que les passages comme cela, souvent accompagnés en arrière fond d'un semblant de mélodie ou de bruitages, sont plus nombreux que les moments où les musiciens font enfin parler une musique qui, il est vrai, est de temps en temps bien étrangement habitée et troublante. Le morceau "A voice in the piano" est d'ailleurs moins mauvais que les autres. On peut l'écouter du début à la fin sans lâcher de juron. Dans les autres titres il y a beaucoup d'améliorations souhaitables, et quelques bonnes idées entre lesquelles des passages horripilants jouent le rôle de jonctions.

Bien sûr tous les cuistres du web trouveront la démarche du groupe très originale, quasiment avant-gardiste, osée. Ils feront remarquer à tous les mécontents que, en fait, il n'y a point de cacophonie ici, mais une musique carrément savante, aux partitions tordues et inhabituelles. On connait bien le discours selon lequel toute "innovation" est bonne à prendre. Le début du disque c'est du martelage? Oui, mais du martelage so-phis-ti-qué, du martelage tra-vail-lé, donc ce n'est plus du martelage du tout. Ce n'est plus vraiment mauvais. C'est un art anti-conformiste et singulier, difficile à saisir pour le non initié. Je suis donc de mauvaise foi, ou carrément incompétent, et "On the eve of the grimly inventive" est évidemment un album d'élite. N'empêche que l'album d'élite vient de se terminer dans ma platine et que je suis content de n'entendre plus que le ventilateur et les touches de mon clavier.